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Montage, Conseil fédéral, sécurité, gardes du corps, photo officielle

Image: Keystone/Shutterstock

Face aux tensions du virus, la Suisse sécurise ses chefs

Les menaces de mort à l'encontre du Conseil fédéral ont explosé depuis plusieurs mois. Logiquement renforcé, le dispositif de sécurité entourant les Sept sages est tenu secret par les autorités mais des experts nous ont dévoilé quelques indices.



Depuis plusieurs mois, le Conseil fédéral a une nouvelle fonction. Servir de défouloir à tous les insatisfaits de la pandémie. «Nous sommes face à un climat particulier, les gens ressentent le besoin d'exprimer leur mécontentement contre les personnes que nous protégeons. En 2020, nous avons constaté une nette augmentation du nombre de lettres de menaces reçues et un ton plus virulent, allant parfois jusqu'à l'appel au meurtre», confirme Cathy Maret, porte-parole de la police fédérale (Fedpol).

Des menaces à la pelle

Fin février, la SonntagsZeitung rapportait que le Ministère public de la Confédération avait ouvert cinq enquêtes pour des insultes ou des menaces envers les conseillers fédéraux. La Fedpol est, elle, intervenue dans plusieurs dizaines de cas. Samedi, le Tages-Anzeiger dévoilait l'existence du groupe Facebook «Schweizer Erwache!!» (le réveil suisse), comptant 1500 membres et où les politiciens sont régulièrement pris pour cible. Simonetta Sommaruga y a notamment été menacée de mort. Une situation qui interroge sur la sécurité entourant les Sept sages.

Interpellé à ce sujet en conférence de presse par la RTS, André Simonazzi, porte-parole du Conseil fédéral, répond de manière laconique: «Les dispositifs sont régulièrement adaptés à l'évolution de la situation. Cela ne vous a pas échappé que celle-ci a pu un peu se dégrader ces derniers temps. On ne donne pas d'informations précises pour des raisons de sécurité.»

«On ne fournit pas du tout volontiers des renseignements là-dessus», appuie Cathy Maret. Elle confirme tout de même un renforcement des dispositifs de sécurité depuis plusieurs semaines, tant autour des Conseillers fédéraux, des magistrats et des parlementaires qu'autour des bâtiments officiels.

Les autorités comme exutoire

Directeur de l'observatoire de la sécurité à Genève, Frédéric Esposito n'est pas surpris par cette montée des tensions. «Certains jouent leur vie par le maintien ou la disparition de leur commerce et tout cela est lié à une décision politique, on peut comprendre que ce soit difficile à accepter et qu'il y ait une sorte d'exutoire auprès des autorités», analyse le politologue. Selon lui, il était donc logique de renforcer les dispositifs de sécurité. «Il s'agit de prévention. Face à un courrier fâché, il est difficile de savoir quelle est la part réelle de menace.»

Selon vous, doit-on renforcer la sécurité autour des élus?

Concernant les conseillers fédéraux, le spécialiste souligne que le risque n'est pas le même pour chacun: «Pas sûr qu'ils aient tous le même degré de protection. Alain Berset, en particulier, doit bénéficier d'une garde rapprochée.» Une situation que Patrick Carruzzo, fondateur de l'Académie suisse de sécurité, connaît bien, lui qui a assuré la protection de plusieurs personnalités et notamment celle de Didier Burkhalter, alors président de la Confédération, lors d'une inauguration en 2014.

Protection permanente

«Au total, nous étions sept agents et trois policiers pour sécuriser les lieux. Notre rôle, c'était de le suivre, d'analyser tout ce qui se passait et de filtrer les personnes qui s'approchaient», se souvient-il. S'il reconnaît ignorer ce qui a été mis en place par la police fédérale dans le contexte actuel, Patrick Carruzzo affirme qu'il recommanderait d'avoir plusieurs agents assurant la protection permanente d'Alain Berset. «Vu la situation, cela me parait tout à fait logique. Il est conseiller fédéral même quand il dort.»

Frédéric Esposito va dans le même sens. «On peut imaginer qu'il y a un attaché de sécurité qui suit les conseillers fédéraux jour et nuit, même dans leurs déplacements privés.»

En ce qui concerne la situation générale, le directeur de l'observatoire de la sécurité pointe la particularité du contexte helvétique: «Nous n'avons pas une violence organisée antisystème comme aux Etats-Unis. C'est une agrégation de menaces individuelles.»

Ainsi, il est compliqué d'identifier précisément d'où vient le danger. Le politologue pronostique donc que le durcissement du dispositif de sécurité ne se traduit pas seulement par davantage de policiers devant le Palais fédéral et autour des élus. «Il y a sans doute aussi un renforcement de l'analyse du courrier et des renseignements.»

La Suisse n'est pas à l'abri

Rédacteur en chef de la revue militaire francophone suisse, Alexandre Vautravers abonde. «À l'ère du numérique, on ne parle pas uniquement de moyens humains, il y a toute une série de techniques plus discrètes pour faire de la surveillance.»

Et s'il reconnaît que la Suisse est très sûre en comparaison internationale, il met en garde contre le risque de se croire trop naïvement à l'abri. «Avant la fusillade de Zoug en 2001 (réd: qui avait fait quinze morts dans le parlement cantonal), rien ne laissait présumer le jour précédent qu'un événement de ce type pouvait se produire chez nous», rappelle-t-il tout en précisant que ce drame a vraiment changé les mentalités de la police et des autorités dans le domaine.

Une première en
cinquante ans

Alexandre Vautravers souligne que les adaptations du dispositif de sécurité se font en permanence: «Aujourd'hui, nous connaissons une situation exceptionnelle qui nécessite de se remettre en question, notamment dans le domaine de la sécurité.» Des propos qui trouvent écho auprès de Frédéric Esposito: «Avec cette pandémie, nous sommes hors des cadres d'analyse habituels. Je n'ai pas souvenir, ces 50 dernières années, d'un renforcement des mesures annoncé publiquement.»

Mais cette annonce a peut-être une autre motivation à en croire Patrick Carruzzo. «Ils le disent aussi pour faire passer un message, montrer qu'ils prennent les menaces au sérieux et dissuader une partie des gens, ceux qui pourraient penser que c'est facile d'approcher un conseiller fédéral parce qu'on est en Suisse.»

«Un bon garde du corps sait être présent sans être visible»

Patrick Carruzzo, fondateur de l'académie suisse de sécurité

«Notre métier est extrêmement complexe et parfois un peu ingrat parce que nous sommes des hommes de l'ombre. Un bon garde du corps sait être présent sans être visible et sans créer de perturbation dans la vie de la personne qu'il protège. On met toujours beaucoup de choses en place pour ne pas en avoir besoin. Le but, c'est qu'il ne se passe rien. Malgré tout, il faut être prêt à donner sa vie pour la personne dont on assure la sécurité donc il faut bien réfléchir à qui est-ce qu'on protège.»





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