Voici 8 fleurs sauvages suisses à découvrir en randonnée cet automne
Alors que le terrible été caniculaire que nous avons connu tire enfin sa révérence à la faveur d'un automne qui ne s'esquisse pour l'heure qu'à la nuit tombée, une bonne partie du monde végétal se prépare à la dormance hivernale. De fait, il ne reste que peu de fleurs à admirer en pleine nature, et les yeux des randonneurs s'élèvent des sols pour s'émerveiller des canopées rouge feu dont se parent graduellement les feuillus.
Cependant, toutes les plantes n'ont pas dit leur dernier mot, et certaines d'entre elles continuent de s'épanouir en dépit des jours qui raccourcissent et de l'inexorable approche des premières gelées.
La Callune
🌼Calluna vulgaris
Les callunes fleurissent de la fin de l'été au début de l'automne, d'août à octobre. Très présentes dans les terrains acides, elles magnifient les brousses, tourbières et marécages suisses de leurs couleurs éclatantes détonnant du vert vif de leur feuillage.
Il est aisé de les confondre avec la bruyère carnée (Erica carnea), laquelle éclot généralement en début d'année, de janvier à avril. Pour être sûr de ne pas se tromper, il suffit de retenir que les callunes disposent d'un feuillage en écailles imbriquées de très petite taille, là où la bruyère est pourvue d'aiguilles distinctes pouvant atteindre un centimètre de longueur.
La callune est présente dans toutes les régions suisses. Si vous souhaitez en voir à l'occasion d'une randonnée, le sentier de la tourbière, dans le canton de Neuchâtel, est une très bonne piste.
L'Aster amelle
🌼Aster amellus
D'une couleur alliant le mauve byzantin et le bleu lilas, l'Aster amellus, aussi appelé Marguerite de la Saint-Michel, se trouve facilement en Suisse septentrionale, en Valais, dans la vallée du Rhône, et sur le pourtour du lac de Neuchâtel. Pour maximiser vos chances d'en croiser, il est bien indiqué de vous rendre dans une chênaie ou dans une prairie sèche.
Bien qu'absente de la liste rouge des espèces menacées, cette vivace est néanmoins considérée comme «potentiellement en danger» à «vulnérable» par l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN). Respecter son cadre de vie est donc particulièrement important. Sa floraison touche bientôt à sa fin, alors ne tardez pas à sortir l'admirer!
La Spiranthe d'automne
🌼Spiranthes spiralis
Son apparence ne le suggère pas, mais cette petite herbacée appartient bien à la famille des Orchidées. La Spiranthe d'automne, dont la floraison tardive devrait encore nous accompagner jusqu'en fin du mois d'octobre, sait se faire discrète dans les prés et sommières secs à marécageux qu'elle peuple, où le blanc de ses petits pétales surplombe avec élégance les graminées. Pourtant, à y regarder de plus près, on ne peut que s'étonner de la disposition en colimaçon, suspendue en bout de tige, de ses fleurs blanches légèrement parfumées.
Haute de 15 à 30 centimètres avec une foliaison au ras du sol, elle est, à l'instar de l'Aster amelle, considérée comme vulnérable en Suisse et est principalement présente sur le versant nord des Alpes, dans le Jura et à Genève.
La Gentiane d'Allemagne
🌼Gentiana germanica
Habitante délicate des pâturages et des plaines, la Gentiane d'Allemagne ne déploie ses tiges rameuses coiffées de gracieuses corolles violettes qu'en Europe occidentale et centrale. En Suisse, elle s'enracine dans tous les cantons, avec une prévalence dans la Vallée de Joux, le Jura, le versant nord des Alpes et les régions orientales.
Fragilisée par son aire de répartition purement européenne, les fauches précoces et la diminution de son habitat, cette annuelle (ou bisannuelle) doit être considérée comme particulièrement fragile.
De fait, apercevoir, lors d'une sortie en pleine nature, ses couleurs glycine se détachant du vert sombre de son feuillage, mérite pleinement que l'on s'arrête pour sortir son appareil photo.
La Comméline commune
🌼Commelina communis
On pourrait aisément penser que la Comméline commune est une essence indigène européenne, tant son aspect global s'intègre bien avec les plantes de basse altitude occidentales. Pourtant, il s'agit bien là d'une néophyte originaire de l'est et du nord de l'Asie, introduite dans nos contrées après la découverte des Amériques.
Naturalisée dans le Tessin mais extrêmement rare ailleurs en Suisse, elle n'est pas considérée comme envahissante et garnit ainsi poliment le patrimoine botanique du pays. Soutenues d'une grande spathe verte en forme de demi-lune, les fleurs, d'un bleu vif marqué du jaune franc des étamines (l'organe reproducteur mâle de la plante), font penser à la non moins belle Ephémère de Virginie (Tradescantia virginiana). La Comméline aime la compagnie des vignes et embellit volontiers haies et friches.
La Brunelle à grandes fleurs
🌼Prunella grandiflora
Quiconque se rend dans une forêt clairsemée ou une prairie située à bonne distance des zones humides a toutes ses chances de croiser le chemin d'une Brunelle à grandes fleurs. Ressemblant au Bugle de Genève (Ajuga genevensis) et arborant les couleurs de la sauge des bois (Salvia nemorosa), cette vivace est capable, dans des conditions favorables, de fleurir jusqu'aux premières gelées.
Contrairement à sa sœur la Brunelle commune (Prunella vulgaris), cette espèce est dépourvue de feuilles sous son inflorescence, laissant s'ériger cette dernière en bout de tige, solitaire. Indigène, cette petite plante complice peuple les sous-bois et les laies de tous les reliefs suisses, jusqu'à moyenne altitude.
L'Alysson blanc
🌼Berteroa incana
Principalement présent aux altitudes collinéennes, l'Alysson blanc est ce que l'on appelle une plante rudérale, c'est-à-dire qui pousse spontanément dans les zones modifiées par l'homme, comme les terrains vagues, les chemins ou les gravières. Bien que dépourvue d'un aspect rutilant à faire tourner toutes les têtes, cette bisannuelle ne manque pas d'attrait si l'on prend la peine de l'observer d'un peu plus près.
Les fleurs, blanches et réunies en bouquets, n'ont pas à rougir devant l'Achillée royale (Achillea nobilis) ou l'Alliaire officinale (Alliaria petiolata) et sont très appréciées des insectes pollinisateurs, notamment là où l'activité humaine a repoussé la majorité des espèces mellifères. L'Alysson blanc est présent, de façon éparse, sur tout le territoire suisse, avec une prévalence en Valais, dans la vallée du Rhône.
Bonus: la Stellaire intermédiaire
🌼Stellaria media
Egalement connue sous les noms de Mouron et de Morgeline, la Stellaire intermédiaire, et plus particulièrement ses graines, font le bonheur des oiseaux. Présente partout en Suisse et fleurissant presque toute l'année, il est très improbable que vous n'en ayez jamais vu. Il est en revanche plausible que vous n'y ayez pas prêté attention, l'aspect de la plante n'étant, à l'instar du prémentionné Alysson blanc, pas pavoisé d'affriolantes couleurs ni lesté de larges organes floraux aux formes exubérantes.
La Stellaire intermédiaire, avec sa simplicité désarmante, a comme pouvoir de nous rappeler que la splendeur d'une plante ne tient pas à sa seule apparence, mais avant tout à une décision; celle de s'y intéresser ou non.
Car, à y regarder de plus près, même les choses les plus banales, celles qui ne savent plus même déclencher chez nous l'envie de s'arrêter un instant pour regarder, sont empreintes de cette beauté fugace qui n'attend qu'un élan de curiosité pour être appréciée à sa juste valeur. Cette même beauté qui nous fait nous demander, une fois révélée, comment l'on a pu ignorer, durant tout ce temps, cette myriade de petites étoiles blanches qui constellent prairies et lisières pour s'appeler Stellaires.
