Si vous voyez ces plantes dans votre jardin, sortez le lance-flammes
Si vous n'êtes pas familier avec le sujet, le terme «plante envahissante» ou «néophyte envahissante» vous évoque peut-être le plantain et le trèfle, qui aiment à s'installer dans les pelouses, ou le chiendent et le liseron, véritables infortunes de tous les jardiniers et potagers.
Il n'est pourtant pas question ici d'adventices (ou mauvaises herbes), et on ne saurait vous en vouloir d'y avoir pensé. Ce que l'on comprend par «néophytes envahissantes», en revanche, sont les espèces exotiques arrivées dans nos contrées récemment, par convention après la découverte des Amériques de 1492, et dont le développement et la propagation se font au détriment de la diversité biologique locale. Comprenez: de la saleté.
🔥🔥: il va sans doute falloir prendre des mesures.
🔥🔥🔥: c'est le moment de sortir les gants et de tout arracher.
🔥🔥🔥🔥: la situation est grave, on appelle des renforts et on dégaine le rablais, la fourche et tous les outils à disposition.
☢️☢️☢️☢️☢️: C'EST LA GUERRE!
Note: le compostage de ces essences est formellement déconseillé.
Le Robinier faux-acacias
Robinia pseudoacacia
Originaire d'Amérique du Nord, le Robinier faux-acacias, dont la floraison ne saurait tarder (mai-juin), s'est largement naturalisé sur le continent européen depuis son introduction au début du 17ᵉ siècle. Apprécié dans les jardins grâce à ses feuilles composées de folioles arrondies vert tendre, il n'en est pas moins une menace pour nos espèces indigènes.
Particulièrement présent le long des cours d'eau, dont il peut monopoliser les rives, le robinier est très vigoureux (jusqu'à deux mètres de pousse par an!) et n'est la cible d'aucun ravageur notable. Il se reproduit de façon sexuée et végétative, ce qui signifie qu'il peut se suffire à lui-même pour coloniser de vastes zones via son réseau de racines. Son acolyte, le Mimosa blanchâtre (Acacia dealbata, en latin), est quant à lui surtout présent en Suisse australe, dans le Tessin, avec un foyer notable à Genève.
Si vous avez un robinier chez vous, et qu'il ne s'agit pas d'un bosquet allant grandissant d'année en année, inutile de vous inquiéter. En revanche, si ses rejetons ou drageons commencent à consteller votre gazon et les espaces verts environnants, il est temps de sortir la binette.
Indice de nuisance: 🔥🔥
L'Arbre aux papillons
Buddleja davidii
Vous le connaissez, vous l'aimez, vous en côtoyez peut-être même un, et pourtant: sa commercialisation a officiellement été interdite en Suisse par le Conseil fédéral en septembre 2024. Et pour cause: chacun de ces arbustes, originaires de Chine, est une véritable bombe à fragmentation biologique, capable de produire entre 100 000 et 3 millions de graines, lesquelles peuvent dès lors être disséminées sur de larges surfaces par le vent.
Le Buddleja étant apprécié à l'excès par les papillons (d'où son nom vernaculaire), sa pollinisation est capable d'entraver celle d'autres espèces indigènes. Si vous en avez un et que vous y tenez, pensez à couper ses inflorescences sitôt sa floraison déclinante afin de limiter les dégâts (juillet-août). A défaut: un coup de bêche et au feu! Surtout pas de compost, car nombre de ses graines y survivraient. Sale bête.
Indice de nuisance: 🔥🔥🔥🔥
Le Sumac vinaigrier et l'Ailante
Rhus typhina
D'un aspect très séduisant, le Sumac vinaigrier ne doit pourtant pas vous faire baisser la garde. A l'instar du Robinier vu plus haut, si vous en voyez un ou deux dans votre espace vert, pas de panique, une simple surveillance fera l'affaire. Si d'autres spécimens émergent un peu partout, considérez la chose avec douceur et acceptez sobrement, sur le chemin de votre cabanon de jardin, la déclaration de guerre qui vous a été soumise.
Alors que vous arrachez et piétinez vos petits indésirables avec la quiétude qui vous caractérise si bien, ne vous laissez pas envahir par le doute. Si d'aventure, une ressemblante Ailanthe devait se trouver sur votre chemin (Ailanthus altissima, en latin), sachez qu'elle aussi se trouve sur la liste noire des néophytes envahissantes.
Originaire d'Amérique du Nord, le Rhus typhina fleurit de mai à juin. De son développement racinaire, très étendu, peuvent émerger de nombreux rejets après abattage. Il est donc important de ne pas se contenter de couper à ras ses tiges.
Indice de nuisance: 🔥🔥🔥
La Verge d'or
Solidago canadensis & gigantea
Nous voilà arrivés devant l'un des poids lourds de la nuisance végétale. La Verge d'or, elle aussi originaire d'Amérique du Nord, combine l'exceptionnelle capacité de dissémination du Buddleja avec sa production avoisinant les 10 000 graines par plante à une faculté d'extension végétative surclassant de loin celle du Robinier. Avec ses rhizomes, cette petite herbacée ne dépassant pas les 120cm de hauteur est capable de produire plus de 300 tiges au mètre carré. Une véritable marée de panicules jaune vif.
A ce degré d'indice de nuisance, la violence lors du désherbage n'est plus seulement la bienvenue, elle est même encouragée, tout comme les invectives grossières et l'adoption d'une prosodie ordurière. Faites donc regretter à cette triste mauvaise herbe d'avoir eu l'idée de faire traîner ses racines chez vous. Le Verge d'or fleurit de juillet à septembre. Sa présence doit être prise au sérieux dès la première observation.
Indice de nuisance: 🔥🔥🔥🔥
La Renouée du Japon
Reynoutria japonica
Vous l'avez forcément déjà vue, même si votre regard a certainement glissé dessus comme sur un meuble. Pourtant, cette vivace herbacée est un cataclysme pour notre biodiversité. Surtout présente le long des cours d'eau, la Renouée du Japon est capable, par sa reproduction végétative hors pair (bien plus que par voie sexuée avec sa floraison de juillet à septembre), de submerger tout ce qui vit et de recouvrir tout ce qui peut l'être en un temps record.
Sans intervention aucune, l'entièreté de ce qui fait la diversité de nos écosystèmes, faune et flore comprise, peut se résumer à la seule Renouée. De plus, ses tiges aériennes dépérissent en hiver, laissant le sol pelé et sensible aux effets d'érosion. Les berges s'en voient alors fragilisées. La prolifération de cette essence végétale, introduite au 19ᵉ siècle, est une préoccupation majeure, en Suisse comme dans les pays voisins.
Lors de votre prochaine randonnée, pensez à jeter un coup d'œil sur les abords des rivières, vous risquez d'être surpris devant l'ampleur de l'infestation. Bien entendu, si vous tombez nez à nez avec un foyer de cette affliction feuillue dans votre jardin, ne lui montrez aucune pitié. Pas de compost, car le moindre fragment est susceptible de créer un nouveau foyer.
Indice de nuisance: ☢️☢️☢️☢️☢️
Le Sicyos anguleux
Sicyos angulatus
Pour l'heure peu présent en Suisse (Tessin excepté), le Sicyos anguleux d'Amérique du Nord pourrait bien être le futur ennemi juré des agriculteurs romands, si son extension se poursuit. Même s'il préfère les climats chauds, les situations ensoleillées et les zones humides, il est présent chez tous nos voisins, où il aime déranger les cultures de maïs. Il est, à l'instar du Liseron que nous connaissons bien, une liane, laquelle peut atteindre les 8 mètres de pousse en une seule saison.
S'il ne représente actuellement pas un facteur de risque élevé en Suisse, cela peut être amené à changer par simple manque de vigilance. De fait, il existe bien des régions en Romandie où le Sycios pourrait s'épanouir, le canton de Genève en tête, avec ses sols riches en argile. La plante fleurit de juillet à septembre.
Indice de nuisance: 🔥
La Vergerette annuelle
Erigeron annuus
Contrairement au discret Sycios, la Vergerette annuelle est présente partout en Suisse et ne brille par son absence qu'en haute altitude. Ce que beaucoup qualifieraient de pâquerette érigée ou en bouquet est en réalité un problème pour nos prairies, où la Vergerette concurrence sans merci la flore indigène. Elle fleurit de juin à octobre.
Sa reproduction, principalement asexuée, est favorisée par l'activité humaine, notamment par le transport de foin, la dispersion de terre contaminée et les dépôts de déchets verts. En cas de détection, l'arrachage avant l'apparition des fleurs est la meilleure approche. L'objectif principal d'une intervention réside dans le fait de préserver les prés jusqu'ici dépourvus de pullulement.
Indice de nuisance: 🔥🔥🔥
L'Ambroisie à feuilles d'armoise
Ambrosia artemisiifolia
Inaccusable d'un quelconque méfait de prime abord, l'Ambroisie à feuilles d'armoise a pourtant droit à un point de nuisance bonus pour son incroyable aptitude allergisante et ses racines pivotantes difficiles à déloger. Si vous cherchez la coupable de votre rhume des foins tardif, c'est sous doute vers cette annuelle fleurissant d'août à octobre qu'il faut vous tourner.
Chaque plant d'Ambroisie produit des milliers de graines, lesquelles sont ensuite éparpillées par le vent et les oiseaux sur de vastes étendues. Sa densité de population peut atteindre les 500 spécimens au mètre carré. Si vous en voyez, considérez-y comme un déchet incinérable. Pas de compost, et pas de pitié non plus.
Indice de nuisance: 🔥🔥🔥(+1🔥)
Le Cotonéaster horizontal
Cotoneaster horizontalis
Apprécié pour ses qualités ornementales et son attrait pour les zones semi-ombragées que l'on peine parfois à agrémenter dans un jardin, le Cotonéaster horizontal, originaire de Chine, est pourtant bien une néophyte envahissante. Naturalisé en Suisse, il attire les oiseaux avec ses fruits et disperse ainsi ses nombreuses graines sur des kilomètres. De plus, le persistant peut produire des arbustes indépendants par marcottage, via des tiges rampantes, appelées stolons.
Mais alors, pourquoi le point de nuisance bonus? Parce que le Cotonéaster est un illustre vecteur du feu bactérien, une violente maladie aux conséquences désastreuses pour les vergers (principalement les pommiers, poiriers et cognassiers). Un foyer de feu bactérien est l'un des pires cauchemars pour les horticulteurs, et implique notamment une signalisation aux autorités cantonales, une incinération du matériel végétal affecté, une désinfection minutieuse des outils et une vigilance extrêmement élevée.
Il va sans dire que toute essence végétale, qui plus est exotique, capable de faciliter la propagation de la maladie mérite, par extension, une certaine sévérité. Si votre jardin se situe non loin de zones d'exploitation fruitière, je recommande un bon coup de sécateur.
Indice de nuisance: 🔥🔥(+1🔥)
Le Bambou doré
Phyllostachys aurea
Bien que les peuplements de bambous soient plus rares en forêt et au bord des cours d'eau que la plupart des autres espèces de cette liste, c'est bien la popularité de l'essence dans les jardins, notamment comme brise-vue, qui lui vaut la présente mention. Les robustes rhizomes traçants et interconnectés (tiges souterraines vivaces) de cette graminée ligneuse peuvent facilement s'échapper des jardins et s'étendre sur plusieurs mètres chaque année.
En pleine terre, même l'installation d'une robuste barrière anti-rhizomes ne peut prévenir de façon sûre, à terme, une éruption de pousses dans la pelouse du voisinage, ou en pleine nature. Une fois établi, un bosquet de Bambou doré est très difficile à déloger durablement. Si vous en avez, gardez un œil attentif sur son développement!
Indice de nuisance: 🔥🔥🔥
