Vous aimez les fruits? En voici 9 méconnus à cultiver vous-même
Avec la surabondance de denrées à laquelle nous ont habitués nos supermarchés, il faut bien l'admettre: nous avons perdu la notion de ce qui fait d'un fruit quelque chose de remarquable. Fraises hors-saison, baies parthénocarpiques (sans pépins) et pommes Golden disponibles toute l'année nous ont, malgré leur praticité, leur profusion et leur absence de défauts, paradoxalement retiré quelque chose.
A parcourir des allées où s'entassent presque jusqu'au plafond des produits parfaits, on en vient à oublier le plaisir simple de déguster, à l'occasion par exemple d'une randonnée, quelques mûres sauvages éparpillées sur un mur ancien ou une poignée de mirabelles, pour certaines trop acides, pendantes aux branches d'un arbre rustique.
Si vous avez le sentiment, saison après saison, de graviter inlassablement autour des mêmes saveurs, alors cette liste est faite pour vous.
L'Arbousier
🥭 Arbutus unedo
Commençons par un grand classique des fruits oubliés: l'Arbousier. Aussi appelé Arbre à fraises, ce persistant est originaire du bassin méditerranéen (principalement occidental), où il pousse en plein soleil sous forme de buisson puis d'arbrisseau pour finalement devenir un arbre pouvant dépasser les 10 mètres dans des conditions favorables. Son fruit, l'arbouse, n'a cependant aucun rapport avec le faux-fruit qu'est la fraise.
En latin, son espère «unedo» fait référence à l'expression latine «unum edo», qui signifie «je n'en mange qu'un seul». En effet, bien qu'agréablement décorative, l'arbouse ne brille ni par la richesse de son goût ni par la délicatesse de sa texture. Légèrement acidulée à sucrée et farineuse, elle contient de nombreux petits pépins. Elle est néanmoins malléable et peu astringente. Elle se récolte entre octobre et décembre, ce qui en fait un sympathique et ponctuel mets d'automne.
Il est à noter que ce fruit possède une très faible toxicité. Ingéré en trop grande quantité, il peut causer vomissements et troubles gastriques.
L'Argousier
🥭 Hippophae rhamnoïdes
Second immanquable des arbres à fruits méconnus, l'Argousier, dont le nom vernaculaire ressemble à s'y méprendre à celui de l'Arbutus, est très apprécié dans nos régions pour ses qualités ornementales, notamment pour son feuillage, rappelant celui des saules et des oliviers. Ses baies ont pourtant bien plus de qualités que leur seule apparence.
Pleines de vitamines et d'une couleur remarquable rappelant celle de célèbres bonbons, les argouses se caractérisent par leur goût se rapprochant de celui de l'ananas, du fruit de la passion et du citron. Relativement acides, elles sont bien plus couramment utilisées dans la confection de confitures, gelées, sorbets, sauces, sirops et compotes que consommées crues. Elles possèdent un noyau (ou akène) et peuvent être récoltées de septembre à octobre. Elles sont également très appréciées des oiseaux et de la petite faune.
L'Aubépine
🥭 Crataegus laevigata & monogyna
Contrairement aux deux précédentes essences, la cenelle (c'est ainsi que s'appelle le fruit de l'Aubépine) ne se consomme pas directement après cueillette. Petites et peu juteuses, elles n'ont que peu à offrir fraîches. En revanche, après cuisson ou infusion, elles sont capables de rehausser délicatement un plat ou une boisson avec leur saveur rappelant celle de la pomme. L'élaboration de gelées et de confitures est tout aussi commune.
Pour ce qui est de la distinction entre les espèces laevigata et monogyna, seul le nombre de noyaux change pour les cenelles: 2 à 3 pour laevigata contre un seul pour monogyna. Pour cette dernière, le feuillage est également plus profondément ciselé.
Splendide arbuste hérissé, le Crataegus est très commun en lisière de forêt. Sa nouaison a lieu en été pour une récolte dès septembre jusqu'à fin octobre (sur fruits bien rouges).
L'Amélanchier
🥭 Amelanchier alnifolia
Beaucoup moins connues, les amélanches ont pourtant tout pour plaire; une belle coloration, un goût proche de la pomme et de la myrtille et une période de récolte estivale, entre juin et juillet. Si les espèces alnifolia et ovalis sont particulièrement appréciées pour leurs baies, il est important de souligner que tous les amélanchiers produisent des fruits comestibles.
Crues, en gelée ou en confiture, les amélanches conviennent à toutes les envies. L'Amélanchier, lui, est apprécié en pépinière, pour l'esthétique de son port (en tige ou sous forme buissonnante) et de son feuillage, dont l'ovale et la nervuration rappellent les majestueux Aulnes. Si vous n'en avez pas déjà un dans votre jardin, foncez!
L’Airelle et la Canneberge
🥭 Vaccinium vitis-idaea & macrocarpon
Appartenant au même genre, les airelles et les canneberges ont de nombreux points communs visuels, mais tout autant d'éléments distinctifs lorsqu'il s'agit de les manger. Les premières sont acides, les secondes deux fois plus grosses et largement plus portées sur l'astringence, à la façon de la groseille. Les airelles se récoltent d'août et octobre selon l'altitude et la variété et les canneberges, légèrement plus tardives, de septembre à octobre.
Côté cuisine, toutes les déclinaisons sont aussi possibles que communes, même si, en Europe, on connaît surtout la canneberge pour sa présence dans de nombreux jus de fruits. En cultiver dans son jardin nécessitera toutefois quelques précautions. Ces sous-arbrisseaux nécessitant de la mi-ombre et un sol acide, humide et bien drainé, une mise en pot ou en bac avec de la tourbe constitue sans doute la meilleure approche.
L'Eglantier
🥭 Rosa canina
C'est le moment d'être attentif, car l'églantine (plus communément appelée «gratte-cul» ou cynorhodon), ne se consomme pas n'importe comment. Crue et sans précaution, elle peut vous faire passer un sale quart d'heure avec de sévères démangeaisons anales (aussi appelées prurit).
En cause: une myriade de poils urticants entourant les graines (ou akènes, qui sont en réalité les vrais fruits de l'Eglantier). Les enlever minutieusement relève donc d'une nécessité absolue, pour ne garder au final que la chair.
Pour ceux qui estiment que le risque n'en vaut pas la chandelle (et on vous comprend, surtout quand on sait que les poils d'églantines sont très efficaces aussi sur la peau des doigts), vous serez heureux d'apprendre que cuire ce fruit neutralise son potentiel de nuisance. Ensuite, en avant les confitures, les tisanes et les sirops! Les églantines se récoltent principalement entre octobre et novembre.
Le Cornouiller mâle
🥭 Cornus mas
Si votre espace vert comporte une haie vive ou un coin d'espace forestier, il y a de grandes chances pour que vous soyez l'heureux propriétaire d'un cornouiller mâle, surtout sur l'arc lémanique, où cet arbre est très commun. Ses fruits, appelés cornes ou cornouilles, se consomment blettes (ou fraîchement tombées sur le sol), et se rapprochent, en termes de saveurs, de la griotte du cerisier acide. Attention, il y a un noyau. Les cornes murissent d'août à septembre.
Outre ses fruits, cette essence brille par sa floraison hivernale jaune pâle et son feuillage caractéristique.
Le Cormier
🥭 Sorbus domestica
La corme (ou sorbe), qui ressemble à une petite pomme jaune de 3 centimètres à maturité, peut se cueillir entre septembre et octobre. Elle peut notamment se manger blette après être tombée de l'arbre. Son goût fait écho à celui de la nèfle. Le Sorbus domestica est utilisé pour la confection d'une ancienne et désormais rare boisson gazeuse faiblement alcoolisée, le cormé.
Si la corme est spécifique au domestica, l'espèce aucuparia, aussi appelée «Sorbier des oiseleurs», possède elle aussi des fruits comestibles. Rassemblés en grappes denses et appréciés des oiseaux à l'instar du Pyracantha (qui ne se mange pas), ils peuvent être consommés sans danger cuits, ou crus en petite quantité. Ils sont en effet faiblement toxiques et peuvent occasionner des troubles du système digestif.
Bonus: le Leycesteria
🥭 Leycesteria formosa
Pour cette dernière entrée bonus, autorisons-nous une petite entorse à la règle des essences indigènes pour nous intéresser à un arbuste caduc et fruitier himalayen. L'Arbre aux faisans, comme on l'appelle également, ne peuple certes pas nos sous-bois, mais il n'est cependant pas rare d'en croiser en garden center. De fait, nous avons à tort pour habitude de ne le trouver attrayant que pour ses qualités ornementales. Et pourtant…
Son fruit, adoré des oiseaux, est très sucré et convient parfaitement à l'élaboration de desserts. De quoi surprendre vos convives avec un mets qu'ils n'auront sans doute jamais goûté! La récolte a lieu de juillet à octobre.
