«Le pétrole est le baromètre du risque géopolitique mondial»
L'envolée des prix du pétrole, provoquée par la guerre au Moyen-Orient, a commencé à se répercuter sur l'économie suisse et notamment l'inflation, qui devrait nettement accélérer en mars. L'envolée des prix pourrait se répercuter sur d'autres groupes de produits et amener les banques centrales à être plus vigilantes.
Selon les économistes interrogés par l'agence AWP, l'indice des prix à la consommation (IPC) devrait s'établir entre 0,3% et 0,6% sur un an en mars, après seulement 0,1% en février et janvier. L'IPC a accéléré de 0,6% pour la dernière fois en décembre 2024. Dans tous les cas, il devrait rester nettement éloigné du pic à 3,5% atteint en août 2022, après l'éclatement de la guerre en Ukraine.
L'Office fédéral de la statistique publiera jeudi l'évolution de l'inflation au mois de mars.
La zone euro a, elle, déjà fait les frais de la guerre au Moyen-Orient, l'inflation grimpant à 2,5% sur un an en mars, après 1,9% le mois précédent.
Pour l'heure, le principal moteur de l'inflation sont les prix du pétrole qui ont décollé depuis l'attaque israélo-américaine de l'Iran fin février. La guerre est entrée dans son deuxième mois et l'or noir n'a guère donné de signes de relâchement, même s'il s'affichait en baisse mercredi matin. Vers 09h40, le baril de Brent, la référence mondiale, se négociait au-dessous des 100 dollars à 99,42 dollars, chutant de 4,4%. Reste que sur un mois, il a décollé de plus de 35%. Avant le début du conflit, les quelque 159 litres d'or noir de la mer du Nord valaient près de 72 dollars.
Le gaz naturel, essentiel au chauffage, a lui aussi décollé avec le blocage du détroit d'Ormuz et les attaques iraniennes contre les installations de production des pays du Golfe. Le prix du TTF néerlandais, qui fait référence en Europe, a bondi de 14% sur un mois à 48,40 euros le mégawattheure.
Le pétrole, baromètre du risque
John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement à la banque Cité Gestion, déclare à ce sujet:
Pour lui, le pétrole n'est plus seulement en hausse:
Selon Patrice Gautry, économiste en chef de la banque UBP, la suite dépendra de la durée du conflit et de la fermeture du détroit d'Ormuz:
Mais si la situation dure et que les prix du baril augmentent, des effets secondaires pourraient alors apparaître comme des ruptures d'approvisionnement ou les coûts du transport qui augmentent, notamment pour le fret maritime.
Pour l'expert de la banque privée, on pourrait assister à plusieurs vagues d'inflation: d'abord sur les prix de l'énergie et, si la situation perdure, sur les coûts du transport et l'approvisionnement, et ainsi sur d'autres composantes des prix.
Patrice Gautry estime:
Reste cependant à voir le temps qu'il faudra pour remettre en marche les capacités d'exportations dans la région du Golfe.
La décrue des prix des hydrocarbures étant plus lente en cas de dommages importants, selon l'expert.
Statu quo de la BNS
Face à ce qu'il identifie comme un «choc pétrolier», Patrice Gautry s'attend à ce que l'inflation en Suisse atteigne 0,6% à 0,7% en 2026, à comparer avec des attentes à 0,4% avant début de la guerre. En 2027, elle devrait se modérer entre 0,5% et 0,6%.
C'est nettement moins que les 2,8% anticipés cette année dans la zone euro par Sandro Pannagl. Pour l'analyste de la banque allemande LBBW, la Banque centrale européenne serait dès lors obligée de réagir. Elle pourrait, dès juin, relever ses taux directeurs deux fois, de respectivement 0,25 point de pourcentage. La Réserve fédérale américaine devrait elle maintenir son statu quo monétaire jusqu'au printemps 2027.
Patrice Gautry fait la même prédiction pour la Suisse:
La Suisse a jusqu'à présent profité d'une inflation très basse, notamment grâce au franc fort qui limite l'inflation importée, permettant de maintenir l'accélération des prix dans la fourchette officielle de 0% à 2% défendue par l'institut d'émission helvétique. (ats/tam)
