Suisse
Théâtre

Affaire Chavrier: le conseil municipal a lâché les coups

Le conseil communal de la ville de Genève a débattu mardi soir d'un rapport sur la crise de la Comédie de Genève
Le conseil communal de la ville de Genève a débattu mardi soir d'un rapport sur la crise de la Comédie de Genève

Crise à la Comédie de Genève: le conseil municipal a lâché les coups

Le conseil municipal de la ville de Genève a débattu mardi soir d'un rapport sur la crise de la Comédie de Genève. Les échanges ont été parfois très rudes. Les élus dénoncent dans l'ensemble une gestion calamiteuse de cette affaire sans commune mesure.
20.05.2026, 12:2120.05.2026, 15:24

La séance du conseil municipal de la ville de Genève du mardi soir 19 mai s’annonçait électrique. Elle l’a été. Peut-être comme jamais, tant le dossier débattu est passionnel et peut-être scandaleux. On comprend mieux après coup pourquoi des élus socialistes souhaitaient le huis clos, qui ne leur a pas été accordé. Au menu, un rapport de 120 pages de la commission des arts et la culture (CARTS) sur la crise qui frappe la Comédie de Genève depuis sept mois.

Une crise devenue internationale, avec, au fil du temps, des pétitions de soutien à Séverine Chavrier, la dernière émanant de plus de cinquante directions de théâtre et festivals en Europe. La directrice de la Comédie, d’abord mise sur la touche en novembre dernier, a été licenciée le 15 mai par son employeur, la Fondation d’art dramatique (FAD), qui gère les 12 millions de francs d’argent public accordés chaque année à la plus grande scène de Suisse romande. Ce licenciement est l’aboutissement d’un processus qui a commencé par des accusations de «management toxique et pervers» portées contre elle par des témoignages anonymes, ce dont elle se défend.

En ouverture de séance, le président du conseil municipal (assemblée délibérative), Ahmed Jama, a rappelé à ses collègues qu’ils ne sont pas couverts par l’immunité parlementaire. Cette mise en garde n’a pas empêché des élus de dire ce qu’ils avaient sur le cœur ou, si l’on préfère, de vider leur sac. Notons que les alliances, dans cette affaire, sont des plus baroques, avec un PS allié aux populistes du MCG et la gauche radicale d’Ensemble à gauche (EAG) marchant dans la même direction que l’UDC et le PLR. Preuve que cette crise interroge d’abord les principes.

«L’étincelle»

Président de la CARTS, Christian Zaugg (EAG) a tenu à dire qu’«au départ», en novembre, lorsque le MCG a déposé une motion pour faire la lumière sur les dysfonctionnements de la Comédie, motion ayant accouché du présent rapport, il n’avait «aucune espèce d’avis» sur la question. Mais très vite, il s’est fait une idée. Il rappelle le rôle joué à son sens par l’article – «l’étincelle», dit-il – de la Tribune de Genève en date du 22 octobre, attribuant à Séverine Chavrier, à tort apprendra-t-on par la suite, la paternité de l’acronyme infamant «PPSDM», pour «Petites productions suisses de merde». Christian Zaugg l'assure:

«La plus grande partie de cet article était faux et diffamatoire, nous avons des témoignages à cet égard»

Le président de la CARTS ajoute pour faire pièces au manichéisme:

«Il n’y avait pas, d’un côté, une sorcière castratrice (Séverine Chavrier) et, de l’autre, un gentil personnel (de la Comédie)»
Christian Zaugg, président de la CARTS

Il s’élève contre des «propos terribles» parus sur les réseaux sociaux à la suite de certains articles, dont celui-ci: «La Frouze, dégage!», visant la directrice franco-suisse de la Comédie.

«Pompiers-pyromanes»

La rapporteuse du rapport de la CARTS, la PLR Michèle Roullet, prend la parole. «Vingt personnes ont été auditionnées» dans le cadre de ce rapport, un cas «unique dans les annales» du conseil municipal, souligne-t-elle. «On ne voulait pas que nous auditionnions la directrice (réd: Séverine Chavrier)», mais à force d'insistance, la commission a fini par l’entendre. «On a travaillé sous une telle pression, des pressions de partout», déclare-t-elle.

Au cours des débats, prenant plusieurs fois la parole, Michèle Roullet lâche les coups. Elle accuse la secrétaire générale du Syndicat suisse romand du spectacle (SSRS) d’avoir joué les «pompiers-pyromanes» et fait preuve de «violence» dans les démarches entreprises, empruntant, faussement, selon l’élue PLR, au stéréotype de la «lutte des classes». Michèle Roullet assène:

«ll faut que la honte change de camp»
Michèle Roullet, rapporteuse du rapport de la CARTS

«L’Europe culturelle nous regarde»

Sébastien Aeschbach, PLR lui aussi, s’attache à la chronologie de l’affaire, qu’il détaille en «six actes», attirant au préalable l’attention de ses collègues sur le fait que «l’Europe culturelle nous regarde». Le conseiller municipal tient à démontrer un effet d’emballement entre le 22 octobre, date de la parution de l’article de la Tribune de Genève, et le 17 novembre, lorsque la FAD signifie à Séverine Chavrier qu’elle n’est plus autorisée à se rendre dans les murs de la Comédie. Il pointe à son tour le rôle ambigu du SSRS pour ses appels à témoignages auprès du personnel de la Comédie, après que la FAD, réunie le 27 octobre, eut constaté une absence de mauvais traitements au sein du théâtre. La FAD finira pourtant par lâcher Séverine Chavrier.

Le débat de mardi aura surtout souligné l’«échec de gestion de crise», selon les mots de l’UDC Alexandre Chevalier, membre de la CARTS, qui regrette la « télénovela médiatique» autour de cette affaire. «Ce qui se passe à la Comédie ne doit jamais pouvoir se répéter», lance-t-il.

De son côté, l'élue PS Vanessa Klein s'interroge, à propos du cas Chavrier:

«Il y a question que ce débat ne peut pas esquiver: une femme de pouvoir, exigeante, en position d'autorité, est-elle jugée comme un homme, dans les mêmes fonctions?»
Vanessa Klein, PS

Reprenant la parole, la rapporteuse Michèle Roullet clame: «On a montré qu’au XXe siècle, on pouvait faire une chasse aux sorcières.» A ses yeux, on assiste à la «destruction de la réputation de la plus grande scène de Suisse romande». Mais c’est la conseillère administrative Joëlle Bertossa (PS), cheffe de la culture de la ville de Genève, membre de droit de la FAD, qui prend le plus cher. Michèle Roullet:

«Elle a inauguré son mandat en saccageant ce que son prédécesseur, Sami Kanaan, avait construit patiemment. (…) Elle fout la pagaille comme le capitaine du Costa Concordia qui avait échoué son bateau.»
Michèle Roullet, PLR

Bien que les accusateurs de la FAD et de Joëlle Bertossa assurent qu’il ne s’agit pas, dans cette crise, d’être «pro ou anti-Chavrier», c’est ainsi que le tableau apparaît, de part et d’autre, tant la directrice de la Comédie en est l’enjeu visible.

«Les grands oubliés»

Sur une ligne plutôt pro-FAD et pro-Bertossa, l’élue PS Paule Mangeat affirme que les «grands oubliés» du rapport de la CARTS et du présent débat, sont «le personnel de la Comédie et les artistes locaux», ceux-ci, qui vivent parfois dans des conditions précaires, s’étant plaints de n'être pas suffisamment suffisamment programmés au théâtre de la Comédie. Sans citer Séverine Chavrier, Paule Mangeat dénonce le «mauvais traitement des employés» de la Comédie.

«Faillite politique» et «pressions extérieures»

Fustigeant la CARTS et son président Christian Zaugg, qui «fait n’importe quoi», Paule Mangeat parle d’une «faillite politique». Cris dans l'assemblée. Christian Zaugg proteste. Il rappelle qu’il a été «le premier» à demander un audit de la cour des comptes du canton de Genève sur la crise de la Comédie (l’audit est en cours).

L’élu du MCG Amar Madani se rapproche de la position de Paule Mangeat. Il regrette les «pressions extérieures» (les pétitions de soutien à Séverine Chavrier) qui ont «discrédité le personnel» de la Comédie, alors qu’il devrait bénéficier d’une «protection».

Laurence Corpataux pour les Verts, regrette qu'une majorité des CARTS ait décidé «d'y aller au galop» avec l'actuel débat sur son rapport, sans attendre les rapports des deux autres audits, celui de la cour des comptes et celui sur le climat de travail, dit RH, du cabinet indépendant Sharpmania mandaté par la FAD – ce dernier a été remis à la FAD, qui l'a transmis à la RTS comme à la Tribune de Genève, mais l'avocat de Séverine Chavrier en a obtenu le gel tant que sa cliente n'aura pas pu en prendre connaissance.

Laurence Corpataux demande à la CARTS qu'elle ne se substitue pas à l'employeur de la directrice de la Comédie, la FAD, ni au conseil administratif, l'exécutif de la ville de Genève.

«Quelque chose de sale»

Quant à Danièle Magnin, du MCG, une avocate, elle dit avoir eu «l’impression d’entendre quelque chose de sale» au cours des derniers mois, évoquant des «témoignages écrits, mais jamais signés» à l’encontre de Séverine Chavrier, regrettant que cette dernière n’ait «pas eu accès au dossier» la concernant, contrairement à ce que prévoit «la Constitution fédérale», a-t-elle dit.

Les débats ont été interrompus mardi à 23 heures. Ils reprendront ce mercredi à 17h30. Le conseil communal est appelé à voter pour ou contre la motion contenant les conclusions du rapport de la CARTS. Dans une première version, celui-ci demandait la réintégration à son poste de Séverine Chavrier. Une requête jugée excessive, au vu de la séparation des pouvoirs. On s’achemine donc vers un compromis sous la forme d’un amendement.

Un robot essaie d'imiter Michael Jackson, mais se plante
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Le parti de Valérie Dittli a un nouveau président
Giancarlo Sergi reprend les rênes du Centre Vaud en pleine affaire Dittli. C'est le cinquième président de la formation en trois ans.
Le Centre Vaud a un nouveau président, le cinquième en trois ans. Giancarlo Sergi a été élu mardi soir lors de l'assemblée générale du parti centriste à la Tour-de-Peilz. Il succède à Michele Mossi qui assurait l'intérim depuis le retrait de Mario-Charles Pertusio.
L’article