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Economie

Des fonds russes auraient transité par cette société suisse

La société zurichoise Swiss Remit est au cœur d'enquêtes internationales.
La société zurichoise Swiss Remit est au cœur d'enquêtes internationales.Urs Füeler/Keystone

Voici comment des fonds russes auraient transité par une société suisse

De nouvelles investigations dans l’affaire Swiss Remit font apparaître des liens présumés avec des banques pirates russes, sur fond d’enquête internationale pour blanchiment.
05.07.2026, 16:0505.07.2026, 16:05
Christian Mensch / ch media

German Gorbuntsov a échappé de peu à la mort. En 2012, ce banquier russe a été touché par six balles alors qu'il vivait en exil à Londres. Il a sombré dans le coma. Il aurait été victime d'un règlement de comptes. Surnommé le «banquier noir», Gorbuntsov s'était attiré de nombreux ennemis.

On associe principalement son nom à un vaste scandale de corruption au sein des chemins de fer russes. Des contrats de plusieurs milliards auraient été conclus avec des sociétés-écrans. Le réseau bancaire de Gorbuntsov aurait servi à blanchir les fonds. Dans le cadre de cette affaire, le Ministère public de la Confédération a d'ailleurs bloqué, au début de cette année, 130 millions de dollars appartenant à Andrei Krapivin sur un compte bancaire en Suisse.

En tant que banquier de l'ombre, Gorbuntsov a également joué un rôle majeur en Moldavie. Après s'être brouillé avec un associé aussi influent que puissant, il a fait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Gorbuntsov s'est mis à dos tout son entourage, tout en proposant parallèlement sa collaboration aux autorités en qualité de témoin clé afin de témoigner contre ses anciens partenaires.

Des liens avec Swiss Remit

Comme de nombreux Russes, Gorbuntsov a trouvé refuge à Londres. Il est dans le collimateur non seulement de la Russie et de la Moldavie, mais aussi de l'Ukraine. En septembre dernier, plusieurs plateformes ukrainiennes ont appelé à son inscription sur la liste des sanctions. Une accusation qui n'a toutefois jamais été étayée: il serait simplement l'un des principaux rouages d'un réseau de flux financiers illégaux.

German Gorbuntsov aurait détourné des fonds via Swiss Remit.
German Gorbuntsov aurait détourné des fonds via Swiss Remit.image: imago

On ignore précisément pourquoi l'homme fait reparler de lui aujourd'hui. Le résultat peut-être d'une campagne de discrédit orchestrée par la Russie. Mais plusieurs sites racontent la même version: quand les banques suisses ont commencé à fermer les comptes de contribuables russes après l'invasion de l'Ukraine, Gorbuntsov leur aurait proposé un transfert sécurisé de fonds vers l'étranger. L'argent aurait transité par sa société zurichoise Swiss Remit...avant de s'évanouir dans la nature.

Ce qui est établi, en revanche, c'est qu'une enquête internationale pour blanchiment d'argent à grande échelle vise Swiss Remit depuis le printemps. Le Ministère public zurichois a perquisitionné plusieurs locaux de cette société de transfert et arrêté plusieurs dirigeants. Les autorités ont fermé ses succursales suisses et ont désactivé son site internet, qui permettait encore d'effectuer des transferts.

Similitudes entre Gorbuntsov et Salpanov

Le nom de Gorbuntsov n'apparaît toutefois dans aucun document de Swiss Remit. Jusqu'en 2020, celle-ci s'appelait J.C. Three Sixty Monex. Elle a ensuite été d'abord partiellement, puis entièrement rachetée par Sergey Salpanov et Irina Crocket, qui l'ont rebaptisée Swiss Remit. Aucun lien documenté ne relie Gorbuntsov à ces deux personnes. Tous trois ont toutefois séjourné à Londres avant la création de Swiss Remit. Mais les parallèles entre Gorbuntsov et Salpanov, qui a finalement repris l'ensemble des actions de Swiss Remit, ne s'arrêtent pas là.

Le second a étudié le droit à Saint-Pétersbourg avant de se lancer dans le secteur du transfert international. Il a été placé sur liste noire en Ukraine, accusé d'avoir instauré un système bancaire parallèle dans le Donbass occupé pour assurer le financement des forces prorusses. Comme Gorbuntsov, Salpanov s'est ensuite attiré les foudres des autorités russes. Selon un tribunal, il n'aurait pas remboursé un prêt contracté auprès d'une banque.

Il a trouvé refuge en Hongrie, où il s'est officiellement établi. Selon le registre du commerce, il aurait ensuite renoncé à sa nationalité russe pour devenir roumain. Avec un faux passeport, a indiqué le Ministère public à la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), confirmant ainsi des informations publiées précédemment par l'Aargauer Zeitung.

Zürich, Athènes, Paris et le Nigéria

L'ampleur du réseau présumé de blanchiment d'argent autour de Swiss Remit reste difficile à mesurer. On sait toutefois que l'entreprise aurait fourni des services à différentes organisations criminelles et participé à des activités illégales. Des fonds auraient été déplacés, blanchis au moyen de fausses factures et dissimulés grâce à des cryptomonnaies.

La société zurichoise Swiss Remit semble avoir servi de holding. Son président du conseil d'administration n'était officiellement que le responsable de la succursale de Bâle. Salpanov lui-même aurait séjourné une partie du temps en Suisse romande. Simon Amadi travaillait pour Swiss Remit à Berne. Connu au Nigeria comme un baron de la drogue, il a lui aussi été arrêté. L'affaire a fait les gros titres dans son pays.

Sur le plan opérationnel, une filiale grecque faisait office de sous-holding et contrôlait à son tour plusieurs succursales, notamment en Allemagne et en France. Ce système a toutefois commencé à vaciller dès le mois de février, lorsque les autorités grecques ont retiré sa licence d'exploitation en évoquant des soupçons de blanchiment d'argent.

Jeu du chat et de la souris avec les autorités

Les autorités françaises ont elles aussi engagé des procédures contre la succursale parisienne. C'est ce qu'affirme Africa Intelligence, un média en ligne spécialisé dans la criminalité et les opérations des services de renseignement. Le nouveau Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco)* aurait ouvert une enquête sur un réseau présumé de blanchiment. Celui-ci est soupçonné de «faire transiter des fonds vers le système financier russe».

Depuis que plusieurs pays ont lancé leurs investigations contre Swiss Remit, un véritable jeu du chat et de la souris s'est engagé. Pas plus tard que la semaine dernière, un nouveau site internet baptisé Swiss Remit Capital est soudainement apparu.

Il affiche des numéros de téléphone à Zurich qui ne fonctionnent pas et reprend l'ancien logo de la Société de Banque Suisse, présentée comme banque partenaire. Les autorités prennent néanmoins cette nouvelle plateforme très au sérieux. Elle figure déjà sur la liste noire du portail officiel Cybercrimepolice et le Ministère public zurichois a indiqué examiner les moyens de le faire fermer. Même si aucun représentant de Swiss Remit n'est actuellement joignable de quelque manière que ce soit, la présomption d'innocence demeure.

(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

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