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Deux financiers russes règlent leurs comptes en Suisse

Deux banquiers russes règlent leurs comptes devant la justice suisse.
Deux banquiers russes règlent leurs comptes devant la justice suisse.Image: montage watson

Deux financiers russes règlent leurs comptes en Suisse

Un banquier russe soupçonné d’avoir participé à un réseau de blanchiment est entendu par la justice suisse.
22.08.2026, 18:4922.08.2026, 20:51
Christian Mensch / ch media

Fin avril, dans le cadre d’une opération policière internationale, le Ministère public zurichois a mené des perquisitions dans les locaux de la société de transfert d’argent Swiss Remit et arrêté ses dirigeants. Il s’agirait d’une vaste affaire de blanchiment d’argent, impliquant des agences dans le monde entier, des sociétés écrans et des prestations de services pour diverses organisations criminelles.

Début juillet, le Ministère public a reçu un e-mail. Son auteur, un Russe du nom d’Alexander Galkin, promettait aux enquêteurs de leur fournir des documents prouvant qui serait le véritable homme de l’ombre derrière Swiss Remit: le banquier russe German Gorbuntsov, qui vit à Londres.

Dans son e-mail, Galkin fait référence à une enquête de l'Aargauer Zeitung consacrée aux ramifications russes de Swiss Remit. Nos confrères y révélaient que, dès 2023, un canal Telegram russe avait établi un lien entre Gorbuntsov et la société suisse Swiss Remit, ce que l’intéressé avait toutefois démenti.

German Gorbuntsov et son ancien collaborateur Alexander Galkin ne cachent pas leur haine réciproque. Galkin poursuit Gorbuntsov en justice à Londres, et de son côté, Gorbuntsov a intenté une action contre Galkin à Riga. Chacun poursuit donc l’autre en justice, tout en se disant prêt à témoigner auprès des autorités.

Gorbuntsov a lui aussi beaucoup de choses à raconter. Selon des médias russes, il est entendu en qualité de personne appelée à donner des renseignements par le Ministère public de la Confédération (MPC). Celui-ci mène depuis janvier 2022 une procédure pénale contre des hommes d’affaires russes pour une tentaculaire affaire de blanchiment d’argent.

Des comptes saisis en Suisse

Les autorités suisses ont bloqué 200 millions de francs. Interrogé à ce sujet, le MPC ne souhaite pas révéler l’identité des personnes avec lesquelles il s’entretient.

Alexander Galkin et German Gorbuntsov
Les frères ennemis Alexander Galkin et German Gorbuntsov.Image: zvg/imago/watson

Les comptes saisis sont ceux de l’homme d’affaires Alexeï Krapivin. Sa famille appartient à un cercle d’entrepreneurs qui a détourné des milliards dans le cadre de contrats avec les chemins de fer russes, avant de blanchir cet argent principalement par l’intermédiaire de structures financières en Moldavie. L’ampleur de cette corruption a été révélée au grand jour en 2017 dans une enquête menée par plusieurs médias internationaux, sous le nom de «Laundromat moldave». Le préjudice est estimé à 20,8 milliards de dollars.

Règlements de comptes et nouvelles affaires

Gorbuntsov est considéré comme l’un de ceux qui avaient mis des structures bancaires à disposition. Puis il s’est brouillé avec ses partenaires, est tombé en disgrâce, a perdu ses entreprises et s’est réfugié à Londres. Il y a été victime d’une tentative d’assassinat à laquelle il a échappé de justesse. Mais il sait aussi comment certains fonds ont transité vers la Suisse. Des fuites ont permis de retracer le transfert de 500 millions de dollars vers quatre établissements financiers suisses.

La frontière entre auteurs et victimes devient floue, mais la présomption d’innocence reste de mise dans tous les cas. Une chose est sûre: dans l'affaire du «Laundromat», ce n’est pas Gorbuntsov, mais son ancien collaborateur, Alexander Galkin, qui s’est retrouvé dans le collimateur des enquêteurs.

Gorbuntsov accuse Galkin de s’être approprié ses établissements financiers. Et pas une fois, mais deux. D’abord en Moldavie, puis à Londres, où Galkin lui aurait ravi la société de transfert d’argent Monetley. Il l’accuse en outre d’avoir mis sur pied, par l’intermédiaire de Monetley, un nouveau «Laundromat» en Lettonie, qui aurait déjà servi à blanchir plus d’un milliard de dollars.

A chacun sa vérité

De son côté, Galkin raconte une tout autre histoire. Il affirme avoir prêté 35 millions de roubles à Gorbuntsov pour financer sa fuite à Londres, sans jamais revoir cet argent. Gorbuntsov lui aurait alors proposé de financer avec lui le rachat de Monetley. Mais après une première période de collaboration, Galkin aurait de nouveau été évincé de l’entreprise. Gorbuntsov lui devrait donc toujours de l’argent.

Galkin a poursuivi Gorbuntsov en justice à Londres. Selon lui, ce dernier aurait non seulement manqué à plusieurs reprises à ses promesses de paiement, mais aussi bloqué sur des comptes chinois des fonds appartenant à ses clients. La procédure engagée contre lui par Gorbuntsov à Riga ne serait qu’une mesure de représailles.

Il semble en revanche établi que Gorbuntsov a réuni, par l’intermédiaire de son épouse, les capitaux nécessaires au rachat de la société britannique Monetley, revendue depuis à Chypre. L’accusation selon laquelle Galkin les aurait escroqués de leur mise fait l’objet d’une procédure pénale à Riga. Des centaines de pièces de cette procédure lettone ont été mises en ligne par une source inconnue.

Galkin réplique en affirmant que Gorbuntsov était également le financier lorsqu'un troisième personnage, Sergueï Salpanov, a repris Swiss Remit. CH Media (groupe auquel appartient watson) dispose à ce sujet d’un accord écrit conclu entre l’épouse de Gorbuntsov et Salpanov. Selon ce document, elle a accordé à Salpanov un prêt de 350 000 livres sterling en mars 2022. La dette a été intégralement remboursée le 22 décembre 2025.

Un extrait de l’accord concernant le remboursement du prêt Swiss Remit.
Un extrait de l'accord de prêt accordé au nouveau patron de Swiss Remit.Image: zvg

Confronté au contenu de cet accord, Gorbuntsov reconnaît avoir eu des contacts avec Salpanov. Cet ancien dirigeant de la banque Anelik l’aurait approché pour la première fois en 2015 ou 2016. Gorbuntsov l’aurait alors mis en relation avec un tiers, qui avait investi une petite somme. Après le retrait de ce dernier, Salpanov serait revenu le voir en 2022. Gorbuntsov explique que son épouse venait alors de se retirer d’un projet immobilier à Chypre, qu’elle souhaitait se lancer dans les services de paiement électronique et que Salpanov avait présenté un «très bon» business plan. C’est dans ce contexte que le prêt aurait été accordé.

Au bout de deux ans, il était prévu de décider s’ils souhaitaient poursuivre et développer leur investissement ou se retirer. Mais Salpanov n’aurait fourni aucun compte annuel et se serait contenté de faire des comptes rendus oralement. Gorbuntsov et son épouse auraient donc réclamé le remboursement du prêt. Il aurait ensuite fallu attendre un an avant que l’argent leur soit restitué, fin 2025. Un versement supplémentaire au titre des bénéfices était prévu pour juillet, mais Salpanov avait alors déjà été placé en détention.

Sergueï Salpanov, banquier russe
Sergueï Salpanov.Image: instagram

Selon une enquête du Tages-Anzeiger, le Ministère public zurichois avait reçu dès 2020 de premiers signalements faisant état de soupçons à l’encontre de Salpanov. Aucune suite n’y avait été donnée. Gorbuntsov affirme n’avoir rien su de ses activités présumées illégales. Il assure toutefois que Salpanov avait changé et qu’il avait commencé à ressembler à «un rappeur gangsta».

En tout cas, Gorbuntsov intéresse désormais la justice zurichoise, elle aussi, en qualité de personne appelée à donner des renseignements, et pas seulement le Ministère public de la Confédération. (trad.: mrs)

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