En panne d’idées, Berne sort la TVA à tout va
En l’espace d’une semaine, les Suisses auront appris que les autorités veulent augmenter leur TVA deux fois! D’abord 0,4% pour financer la 13e rente AVS puis 0,5% pour l’armée. Serons-nous bientôt à 9% de TVA? Le peuple décidera. A mon avis, c’est une double mauvaise solution à laquelle il faudra s’opposer.
AVS et défense
D’abord la 13e rente AVS: le peuple a accepté son introduction lors d’une votation populaire en 2024. Alors que les initiants avaient dit, sur tous les tons, que l’AVS avait assez d’argent – ce que les opposants contestaient – la réalité financière a rapidement rattrapé tout le monde: la 13e rente coûte 4,2 milliards par an (et augmentera à 5,4 milliards d’ici 2040) ce qu’il faut financer.
Elisabeth Baume-Schneider a convaincu le Conseil fédéral de proposer une hausse de TVA. La majorité de centre-gauche du Parlement l’a soutenue: hausse de 0,4% illimitée dans le temps. Le peuple aura à se prononcer prochainement.
Franc-Parler
Chaque dimanche matin, watson invite des personnalités romandes à commenter l'actu ou, au contraire, à mettre en lumière un thème qui n'y est pas assez représenté. Au casting: Nicolas Feuz (écrivain), Anne Challandes (Union Suisse des Paysans), Damien Cottier (PLR), Céline Weber (Vert'Libéraux), Karin Perraudin (Groupe Mutuel, ex-PDC), Samuel Bendahan (PS), Ivan Slatkine (président de la FER) et la loutre de QoQa.
Quelques jours après, c’est le conseiller fédéral Martin Pfister qui a convaincu ses collègues. Malgré une consultation très négative, il proposera une nouvelle hausse de TVA: 0,5 points limitée, elle, à 12 ans. Son but: financer les investissements indispensables dans le domaine de la défense afin d’assurer la sécurité du pays dans un contexte mondial très volatile.
Deux défis très différents, un même réflexe: pour la gauche et le centre, la TVA serait la panacée universelle. C’est une mauvaise idée pour la Suisse, sa compétitivité, et le pouvoir d’achat de ses habitants. Ces deux projets méritent donc qu’on s’y oppose. Pas par dogmatisme fiscal (je soutiendrai la perpétuation de 0,1 point de TVA qui existe pour financer les infrastructures ferroviaires). Mais parce que dans le monde qui nous entoure – instable, recomposé, dangereux –, la Suisse ne doit pas alourdir sa fiscalité: elle doit devenir plus flexible, plus sûre, plus compétitive.
Trois priorités claires dans un monde qui change
Les certitudes d’hier – ordre multilatéral, économie intégrée, volonté de lever les obstacles au commerce – ne tiennent plus. Et elles ne reviendront pas à l’identique. Comme l’a dit le premier ministre canadien à Davos: la nostalgie n’est pas une stratégie. Il faut donc s’adapter. Dans ce contexte, notre pays – dont l’économie est très orientée vers l’exportation - a trois tâches prioritaires.
La première: diversifier ses partenariats. Aujourd’hui l’UE représente environ 50% de notre commerce extérieur et les USA et la Chine ensemble 25%. Les tensions commerciales avec les Etats-Unis, la hausse des obstacles douaniers et des politiques interventionnistes, la montée en puissance de nouvelles économies, l’importance croissante des marchés asiatiques, sud-américains et, de plus en plus, africains nous montrent que la Suisse peut et doit chercher d’une part à stabiliser ses relations avec ses principaux partenaires (Bilatérales III, accord avec les USA, modernisation de l’accord avec la Chine), tout en continuant à élargir ses horizons avec de nouveaux accords commerciaux (Asie du Sud-Est, Mercosur) et ses partenariats avec pragmatisme, souplesse, intelligence.
La deuxième: renforcer sa sécurité, intérieure et extérieure. Oui, l’armée a besoin de moyens importants après des décennies de désinvestissements. C’est une des tâches prioritaires de l’Etat que d’assurer la sécurité de sa population. Les drones ou attaques cyber ou hybrides ne sont pas théoriques, ces menaces frappent déjà nos voisins: elles sont à nos portes.
Avec le groupe PLR, nous l’avons rappelé clairement dès le début de la guerre en Ukraine et nous portons cette vision de manière conséquente:
Selon des sondages, trois quarts des Suisses partagent ce point de vue, ils ne veulent pas d’une hausse de TVA pour l’armée. Ce n’est pas un caprice populiste – c’est du bon sens.
La troisième: faire ses devoirs à domicile. Dans un monde instable ou la concurrence grandit, la Suisse doit rester compétitive. Des conditions-cadres attractives pour les entreprises, une fiscalité modérée, des finances publiques saines, un système de recherche et d’innovation au top, des assurances sociales financées, des infrastructures modernes et efficaces: voilà ce qui garantit notre prospérité. Or, une hausse de TVA va à rebours d’une économie compétitive: elle pèse sur les ménages, ralentit la consommation, envoie un signal négatif aux investissements.
Non à la solution de facilité
Alors si l’on ne veut pas augmenter la TVA et que l’on continue de respecter le frein à l’endettement, comment faire pour financer les nouvelles tâches? La réponse existe. Elle est moins facile que la solution paresseuse de rehausser la TVA pour chaque défi: il faut réévaluer les priorités.
Pour contribuer à la discussion, le PLR a proposé un catalogue de mesures pour financer la défense: «Oui au fonds pour la défense et l’industrie: pour un financement réaliste de notre sécurité.» Quant à l’AVS, le Conseil fédéral admet clairement qu’elle a aussi besoin de réformes face au défi démographique et pas seulement de financements complémentaires. Pourtant, après avoir dit cela... il repousse le débat à chaque occasion et se contente d’exiger de nouvelles recettes!
Les Suisses doivent s'exprimer
Ce débat révèle deux visions de la politique: l’une qui cherche toujours une nouvelle ressource pour éviter les arbitrages douloureux, l’autre qui accepte de faire des choix pour ne pas tout mettre sur le dos des contribuables.
Avec le PLR, j’ai clairement choisi mon camp: nous voulons protéger les contribuables contre toutes nouvelles hausses d’impôts. La TVA étant soumise au référendum obligatoire, il reviendra maintenant aux Suissesses et aux Suisses de dire ce qu’ils en pensent.
Il fait également partie de la délégation parlementaire qui représente la Suisse au Conseil de l’Europe. Il préside notamment l’Union neuchâteloise des Arts et Métiers (UNAM), VignobleSuisse (Federation suisse des Vignerons), l’association OuestRail qui promeut le développement du système ferroviaire en Suisse occidentale ainsi que l’association parlementaire Suisse-USA.
