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L'accord du Bürgenstock risque de financer les missiles iraniens

Mollahs et missiles
keystone (montage)

Pourquoi l'accord du Bürgenstock risque de financer les missiles iraniens

A Téhéran, l’accord conclu au Bürgenstock entre l'Iran et les Etats-Unis est célébré comme un tournant décisif. Mais quelles conséquences aura-t-il pour la politique iranienne, l’économie du pays et son industrie d’armement?
24.06.2026, 17:0524.06.2026, 17:21
Michael Wrase, Limassol / ch media

La satisfaction du président du Parlement iranien était manifeste. Dans le vol de retour entre Zurich et Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf a longuement expliqué aux journalistes la libération de fonds iraniens gelés ainsi que les exemptions accordées par le département américain du Trésor. Le chef de la délégation iranienne a insisté à plusieurs reprises sur le fait qu’aucune restriction ne s’appliquerait à l’utilisation des montants débloqués.

En réalité, la première tranche de six milliards de dollars, jusque-là bloquée au Qatar, devra être consacrée à des biens humanitaires tels que des denrées alimentaires et des médicaments. Le gouvernement qatari se chargera des achats commandés par l'Iran. Le gouverneur de la banque centrale iranienne, qui faisait partie de la délégation présente en Suisse aux côtés du directeur de la compagnie pétrolière nationale, a déclaré:

«Le blé et le soja pourront à l’avenir provenir également des Etats-Unis, si les prix sont compétitifs»

En revanche, la deuxième tranche de six milliards de dollars déjà libérée, ainsi que les revenus tirés de la vente de pétrole brut et de produits pétroliers, pourront être utilisés librement par le régime iranien. La levée des restrictions sur les exportations de pétrole revêt une importance capitale pour Téhéran: en raison des sanctions, la République islamique ne pouvait ces dernières années vendre son pétrole qu’avec des rabais atteignant jusqu’à 40%. La possibilité de le vendre désormais au prix du marché pourrait rapporter jusqu’à 20 milliards de dollars supplémentaires par an aux caisses de l’Etat, selon la chaîne saoudienne Al Arabiya.

D’après le service d’information maritime tankertrackers.com, plus de 42 millions de barils de pétrole iranien ont quitté le Golfe persique au cours des huit derniers jours, pour une valeur estimée à environ 3,4 milliards de dollars.

L'armement iranien en profite

Pour l’instant, les 300 milliards de dollars qui devraient alimenter un fonds d’investissement privé destiné à la reconstruction de l’Iran après la conclusion d’un accord définitif n'existent que sur le papier.

Selon des sources citées par Reuters, des promesses concrètes auraient déjà été faites par les Etats arabes du Golfe ainsi que par des entreprises de Corée du Sud, de Malaisie, du Japon, de Singapour et du Brésil. Les Emirats arabes unis envisageraient notamment d’investir dans la construction d’une centrale électrique, selon le vice-président américain JD Vance. D’autres investissements seraient prévus dans la logistique, la santé, les transports et l’industrie.

Peu de détails ont cependant été communiqués. Les responsables iraniens ne cachent pas leur volonté de remettre rapidement en état les aciéries d’Ispahan et d’Ahvaz, détruites par Israël pendant la guerre de quarante jours. L’acier qui y serait produit profiterait également à l’industrie militaire iranienne, particulièrement touchée durant le conflit.

Un diplomate occidental en poste à Téhéran confie:

«Il est pratiquement impossible d’empêcher l’industrie de l’armement iranienne de bénéficier indirectement des fonds débloqués et des nouvelles recettes pétrolières»

A moyen terme, il estime probable que la production iranienne de missiles et de drones soit relancée et que d’autres entreprises du secteur de la défense reprennent leurs activités.

A Téhéran, de nombreux observateurs voient dans l’accord du Bürgenstock «une bouffée d’oxygène pour l’économie et la politique iraniennes». Le compromis aurait instauré une forme de trêve entre ses partisans et ses opposants. La gravité de la situation économique après la guerre obligerait même les plus critiques à ne plus condamner publiquement les bénéfices économiques de l’accord, voire à les reconnaître du bout des lèvres.

(adapt. tam)

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