Ce célèbre magasin pour animaux dévoile sa stratégie pour la Suisse
L’humanisation du marché des animaux de compagnie progresse, affirme Matt Simister, le patron de la chaîne allemande d’aliments pour animaux Fressnapf, qui exploite 80 filiales en Suisse. C’est notamment pour cette raison que l'on vend désormais des calendriers de l’Avent pour chiens et chats.
Et ça n'a rien d'un hasard. La branche a constaté que, même en période économiquement difficile, sa clientèle ne revoit pas ses dépenses à la baisse lorsqu’il s’agit du bien-être de ses compagnons à quatre pattes. Le géant alimentaire romand Nestlé réalise désormais 28% de son chiffre d’affaires avec la nourriture pour animaux. En 2010, ce n’était encore que 12%.
Même à la Saint-Valentin, les clients de Fressnapf gâtent leurs quadrupèdes, que ce soit avec des friandises en forme de cœur ou des peluches. Fressnapf, qui exploite 3000 filiales dans 15 pays européens, veut profiter de cette tendance.
Jusqu’à 190 nouvelles filiales chaque année
Matt Simister, en poste depuis un an et qui travaillait auparavant pour le détaillant britannique Tesco, a imposé à Fressnapf une stratégie d’expansion agressive. Il affirme:
La France, l’Italie et la Pologne en particulier sont dans son viseur. Sur le long terme, la chaîne vise 4500 sites. La stratégie offensive de Matt Simister s’explique aussi par l’évolution du marché aux Etats-Unis:
Il s’agit d’éviter cela en Europe.
En effet, Lidl a récemment relancé et élargi son assortiment de nourriture pour animaux sous la marque «Max & Mila». Les magasins de bricolage proposent eux aussi de plus en plus de produits d'alimentation pour animaux. «Notre offre est nettement plus large et de nombreuses marques sont exclusives chez nous», souligne Matt Simister à propos de l’offensive de la concurrence.
Une stratégie spécifique à la Suisse
La Suisse n’est pas un marché prioritaire dans l’expansion de Fressnapf. Mais Matt Simister et son patron pour la Suisse, Mike Podobrin, y voient aussi un potentiel de croissance. Notamment parce que le panier moyen par achat y est le plus élevé.
De plus, 45% de tous les ménages suisses possèdent un animal de compagnie. Selon des estimations, ils comptent au total 1,5 à 1,9 million de chats et plus d’un demi-million de chiens enregistrés.
Aujourd’hui, presque tous les magasins Fressnapf se trouvent en agglomération et disposent d’une grande surface de vente de 300 à 600 mètres carrés. Dans le futur, l’entreprise veut davantage se développer en Suisse avec un nouveau format de petites filiales de 200 mètres carrés pour les centres-villes. La raison, selon Mike Podobrin:
Une rude concurrence en vue
L’entreprise est dans les dernières négociations pour un premier site urbain à Zurich, affirme Mike Podobrin. Il doit ouvrir au premier trimestre 2027.
Outre Zurich, des villes comme Bâle, Genève ou Lausanne entreraient en ligne de compte.
Fressnapf rattraperait ainsi le fournisseur local Qualipet, qui compte actuellement 88 points de vente, dont des filiales de centre-ville. Pour le patron de Qualipet, Fabian Boffa, la Suisse est bien couverte. L’entreprise continue néanmoins de s’étendre par endroits. Fabian Boffa insiste cependant sur le swissness:
Avec 180 millions de francs annuels, Qualipet réalise environ 40 millions de francs de chiffre d’affaires de plus que Fressnapf en Suisse.
Des produits à forte marge
Matt Simister et Mike Podobrin voient aussi un potentiel d’expansion pour Fressnapf dans son articulation avec le commerce en ligne. Car les ménages suisses sont ce qu’on appelle des «gros utilisateurs». Mike Podobrin explique:
Matt Simister mise en outre sur deux autres effets. D’une part, de nombreux ménages se sont procuré un animal pendant la pandémie de Covid, et ces animaux vont bientôt prendre de l’âge. D’autre part, la tendance à la longévité, connue dans le monde humain, s’est aussi établie dans la nourriture pour animaux. Il existe par exemple des aliments pour chiens censés prévenir aussi bien la maladie d’Alzheimer que les états d’anxiété.
L’avantage, du point de vue du détaillant, réside dans le fait que ces produits ont une marge nettement plus élevée que les aliments conventionnels.
Un groupe en pleine expansion
Matt Simister a par ailleurs mis en veilleuse les anciens projets de ses prédécesseurs visant à étendre la vente d’animaux ou à intégrer davantage de salons de toilettage dans les filiales.
L’an dernier, Fressnapf a réalisé un chiffre d’affaires de 3,7 milliards d’euros (3,4 milliards de francs), soit 2,5% de plus que l’année précédente. La Suisse y a contribué à hauteur de 151 millions d’euros (139 millions de francs), soit 4% de plus que l’année précédente. Au premier semestre 2026, le groupe a même enregistré une hausse de 6,9% par rapport à la même période de l’année précédente. Le bénéfice opérationnel a progressé de 9,3% pour atteindre 158 millions d’euros (145 millions de francs).
Dans le monde, les chiffres d’affaires du secteur de la nourriture pour animaux devraient passer de 77 à 117 milliards de dollars, selon l’institut d’études de marché Fortune Business Insights. (trad. ysc)
