La Suisse joue très gros aux Etats-Unis
Les discussions entre les Etats-Unis et la Suisse sur un accord commercial sont au point mort. Certes, le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a déclaré lundi, après une rencontre avec le président Guy Parmelin à Washington: «Nous continuons à travailler à la conclusion d'un accord sur un commerce équitable, équilibré et réciproque.» Mais côté suisse, les négociateurs semblent avoir perdu l'espoir de voir cet accord aboutir prochainement.
C'est du moins ainsi que l'on peut interpréter les déclarations faites par Parmelin lors d'une conférence de presse à l'issue de son entretien avec Jamieson Greer. Le président de la Confédération séjourne en Amérique du Nord jusqu'au 9 juillet, à la tête d'une mission économique. Après sa visite à Washington, des rendez-vous sont également prévus dans d'autres villes des Etats-Unis, au Canada et au Mexique.
La Suisse veut un droit de douane maximal de 15%
La Suisse est «une partenaire fiable» du gouvernement américain, a affirmé Parmelin lundi. Il a souligné que Berne s'en tenait à la déclaration d'intention qui avait mis fin (du moins temporairement) au conflit douanier entre les deux pays en novembre dernier. Cette déclaration prévoit que les Etats-Unis taxeront à l'avenir les marchandises suisses à hauteur de 15% maximum de leur valeur. La Suisse insiste sur ce taux de douane. «Un accord est un accord», a soutenu le président à ce sujet.
The United States welcomes Switzerland’s progress in implementing elements of our historic Framework Agreement.
— United States Trade Representative (@USTradeRep) June 29, 2026
We continue to work towards the conclusion of an Agreement on Fair, Balanced, and Reciprocal Trade that will further remove non-tariff barriers and deliver additional… https://t.co/L8Hq2na9Q8
Il a précisé avoir transmis ce message lors de son entretien avec le représentant au commerce, qui s'est déroulé dans une atmosphère agréable. Il a rappelé que la Suisse remplissait scrupuleusement ses obligations. Ainsi, le Conseil fédéral a adapté plusieurs ordonnances afin que les constructeurs automobiles américains puissent désormais exporter plus facilement leurs véhicules vers la Suisse. «En contrepartie», le Conseil fédéral attend désormais «le respect des points consignés par les Etats-Unis dans la déclaration d'intention». Cette formulation figure dans un communiqué de presse du Conseil fédéral, également publié lundi.
Les Etats-Unis menacent à nouveau de taxes douanières
Normalement, des partenaires de négociation n'ont pas besoin de faire de telles déclarations publiquement. Elles vont de soi, du moins dans des négociations prometteuses.
Mais les Etats-Unis de Trump multiplient les nouvelles accusations contre leurs partenaires commerciaux pour justifier l'imposition de nouveaux tarifs douaniers. Ainsi, dans une enquête en cours, le représentant au commerce accuse la Suisse de produire des biens à des prix de dumping, pratiquant ainsi une concurrence déloyale. Une procédure de Jamieson Greer visant le travail forcé, dans laquelle la Suisse était également visée, est déjà close.
Parmelin a déclaré, lundi, qu'il rejetait fermement ces accusations du représentant au commerce. Mais Greer semble camper sur ses positions et de nouvelles taxes douanières supplémentaires menacent dès la fin du mois de juillet. Celles-ci pourraient, une fois cumulées, dépasser les 15%.
Le gouvernement suisse veut de la stabilité
Ce climat de menace a poussé le Conseil fédéral à agir. Le Conseil fédéral cherche désormais une nouvelle voie, a expliqué Parmelin, afin de trouver la meilleure solution pour l'économie suisse. Ce faisant, le gouvernement s'en tient au mandat de négociation adopté en janvier 2026 après consultation des commissions de politique extérieure du Parlement et des cantons – lequel prévoit un «accord commercial juridiquement contraignant» qui devrait également être soumis au Parlement.
Mais à court terme du moins, la conclusion d'un tel accord semble impossible, notamment parce que Trump n'est pas disposé à lâcher son marteau douanier. Il a, par exemple, menacé l'UE il y a quelques jours d'une taxe punitive de 100% si les Etats membres imposaient de nouvelles réglementations aux géants américains du numérique. Cela laisse présager une prolongation du régime provisoire actuel, pour autant que Jamieson Greer veuille et puisse convaincre son patron des avantages d'une telle solution.
La Suisse commente: il n'y aura jamais de «garantie absolue» que les Etats-Unis ne prélèveront pas de nouvelles taxes. «Nous ne pouvons pas en décider», a reconnu la directrice du Seco, Helene Budliger Artieda, qui participait également à la conférence de presse de Parmelin. Les droits de douane sont par définition un «instrument unilatéral», a précisé la secrétaire d'Etat. Mais l'important est d'apporter de la constance dans le commerce bilatéral entre la Suisse et les Etats-Unis, du moins «pour les mois à venir». (trad. hun)
