Parmelin doit séduire ce «mormon sérieux»
L'horloge tourne pour la Suisse dans le conflit douanier des Etats-Unis. Les droits de douane supplémentaires actuels de 10% pourraient être caducs dès le 24 juillet. Dans le pire des cas, c'est à nouveau 39% qui s'appliqueraient, ou n'importe quel chiffre issu de l'humeur de Donald Trump.
C'est pourquoi il est crucial de savoir qui peut tempérer cette humeur. En ce moment, l'homme le mieux placé pour le faire semble être celui qui était présent dès le début dans l'appareil commercial de Trump, mais qui opérait jusqu'ici dans l'ombre. Il s'agit du représentant au commerce Jamieson Greer. Et c'est avec lui que Guy Parmelin a rendez-vous ce lundi.
La Suisse veut éviter une nouvelle hausse des droits de douane. Des tarifs plus élevés frapperaient durement l'industrie et la branche horlogère. Il s'agit d'éviter la répétition du scénario cauchemardesque du 1er août 2025.
Une nouvelle figure centrale
Depuis ce jour de fête nationale traumatisant, où la présidente de la Confédération d'alors, Karin Keller-Sutter, avait dû annoncer le «No Deal» avec Trump, les rapports de force ont évolué côté américain.
Howard Lutnick, secrétaire au commerce, et Scott Bessent, secrétaire au trésor, restent certes impliqués dans le dossier douanier, mais la personne la plus influente (c'est ce que l'on entend dans la diplomatie bernoise) est plus que jamais Jamieson Greer, le représentant au commerce. En ce sens, une source impliquée dans les discussions indique:
Howard Lutnick est, quant à lui, affaibli par l'affaire Epstein, dans laquelle il est englué. Ce week-end justement, le Wall Street Journal a publié une analyse retraçant l'ascension de Jamieson Greer au rang de «figure centrale» de la politique commerciale de Trump. La Suisse n'y est certes pas mentionnée, mais il y est souligné que Jamieson Greer mène désormais les négociations les plus importantes, de l'Inde à la renégociation de l'accord de libre-échange nord-américain (avec le Mexique et le Canada), en passant par la refonte de la politique douanière de Trump après le jugement négatif de la Cour suprême.
Rétrospectivement, un épisode du Forum économique mondial de Davos semble presque prophétique: après avoir raillé la présidente de la Confédération Karin Keller-Sutter sur scène, Donald Trump l'avait rencontrée en personne quelques minutes plus tard. Il avait alors soudainement loué la Suissesse comme étant «tough, tough, tough» et une «négociatrice coriace». Il avait ensuite désigné les membres de son équipe qui l'entouraient, dont Scott Bessent, Howard Lutnick et Jamieson Greer, et ironisé:
Cette réprimande visait apparemment surtout Howard Lutnick et Scott Bessent, comme on a pu l'apprendre par la suite. Cela signifie-t-il que les choses seront encore plus difficiles pour la Suisse avec un Jamieson Greer renforcé?
Factuel, accessible, polyglotte
A Berne, on est convaincu du contraire. Jamieson Greer est réputé pragmatique, accessible et attentif, soit tout l'opposé du milliardaire extraverti de Wall Street Howard Lutnick, qui serait souvent superficiel dans les discussions. Jamieson Greer ne recherche ni les caméras ni les manchettes. Le Wall Street Journal le décrit comme un «mormon sérieux, de formation juridique».
Le Californien de 45 ans a étudié les relations internationales aux Etats-Unis et le droit à Paris. Il a servi près de dix ans comme juriste militaire dans l'US Air Force, notamment en Irak. Jamieson Greer est mormon pratiquant, a effectué dans sa jeunesse une mission de deux ans en Belgique, en France et au Luxembourg, parle couramment le français, est marié et père de cinq enfants.
La Cour suprême des Etats-Unis a considéré en février une grande partie des droits de douane du «Liberation Day» de Trump irrecevables, contraignant le président à revoir juridiquement sa politique commerciale. Il semble miser pour cela sur un professionnel. Jamieson Greer n'est pas un novice: c'est un homme du premier mandat de Trump, lors duquel il officiait comme chef de cabinet du représentant au commerce Robert Lighthizer, considéré comme l'architecte de la première guerre commerciale de Trump avec la Chine.
Sur le plan politique, il est considéré comme un nationaliste économique, profondément convaincu de l'efficacité des droits de douane. Il entend protéger les emplois industriels américains et exercer une pression économique sur la Chine en particulier. Mais, contrairement à Trump ou à Howard Lutnick, Jamieson Greer défend cette politique non pas avec des formules chocs, mais avec une précision juridique.
Trump lui laisserait une grande marge de manœuvre
Début juin, c'est précisément son agence qui a menacé la Suisse de nouveaux droits de douane supplémentaires de 12,5%. Jamieson Greer a justifié cette démarche en affirmant que la Suisse n'interdit pas de manière cohérente l'importation de produits issus du travail forcé. Le Conseil fédéral a contesté cette affirmation, rappelant que le travail forcé est interdit en Suisse.
La manœuvre de Jamieson Greer a cependant démontré qu'il cherche de nouvelles bases juridiquement solides pour la politique douanière de Trump. La menace ne visait pas spécifiquement la Suisse, mais une soixantaine de partenaires commerciaux.
Trump laisserait à Jamieson Greer une grande marge de manœuvre, car il serait actuellement absorbé par la guerre contre l'Iran, les prix de l'énergie et les élections de mi-mandat, estime-t-on dans les milieux diplomatiques. L'espoir est de pouvoir négocier «raisonnablement» avec Jamieson Greer, en lui montrant par exemple que le déficit commercial américain vis-à-vis de la Suisse, régulièrement cité par Trump et présenté comme atteignant prétendument 40 milliards de dollars, a disparu et s'est même transformé en excédent.
Guy Parmelin lui-même pratique une gestion des attentes en sourdine. Au Swiss Economic Forum, il a indiqué à propos de la suite des négociations douanières:
