UBS a voulu faire plier Berne, elle repart avec le nez cassé
«Laissez faire les banques, et tout ira bien.» C’est en substance ce que déclarait le président de l’Association suisse des banquiers lors d’une table ronde à la fin de l’automne 2022. Moins de six mois plus tard, Credit Suisse disparaissait. Le thème de cette table ronde était tout autre, mais le secteur bancaire a défendu jusqu’au bout la même idée: les seuls à savoir comment fonctionne la finance sont les banquiers eux-mêmes; les autres n’y comprennent rien. Cette stratégie n’a pas fonctionné.
En privé, certains responsables politiques reconnaissent d’ailleurs qu’ils ne comprennent pas tous les détails techniques, notamment lorsqu’il est question des obligations AT1. Mais ils ont fini par perdre confiance après avoir vu l’Etat voler au secours de deux grandes banques. Ils préfèrent s'en remettre aux autorités et à la Banque nationale.
Le Conseil des Etats a décidé qu’UBS devra désormais couvrir à 90% ses filiales étrangères avec des fonds propres durs détenus par la maison mère. Un coup dur pour la banque, qui se retrouve avec «deux yeux au beurre noir et le nez cassé», selon l’expression de son patron Sergio Ermotti.
La mesure est sévère et sans équivalent à l’étranger. Mais aucun autre pays ne possède une banque aussi importante au regard de la taille de son économie.
Maintenant que Berne a imposé ses vues à la grande banque au terme d’un bras de fer particulièrement âpre, les détracteurs d’UBS devraient toutefois modérer un peu leurs critiques. Car si la taille de la banque représente évidemment un risque pour la Suisse, elle offre aussi des opportunités et contribue largement à la prospérité du pays. (trad.: mrs)
