La Poste vire un facteur parce qu'il «livre les colis dans les étages»
A 60 ans et après plus de quatre décennies à La Poste, Jean-Daniel a été licencié en février. Il affirme avoir été sanctionné pour avoir privilégié le service à la clientèle plutôt que les consignes internes, rapporte 24 Heures.
Selon l’ancien facteur romand, sa hiérarchie lui reprochait notamment de monter les colis directement aux appartements lorsque les immeubles étaient équipés d’un digicode ou d’une porte fermée à clé. Les directives prévoient en effet que les paquets soient alors déposés dans le hall d’entrée, près des boîtes aux lettres.
«Je continuais à les livrer à l’étage, car les vols étaient fréquents», explique-t-il auprès du quotidien lausannois. Une pratique que La Poste considère comme contraire aux procédures en vigueur et chronophage.
Son licenciement s’inscrit donc dans un contexte de profonde transformation du géant jaune. Face à la baisse continue du volume de lettres et à l’augmentation des colis, l’entreprise cherche à rationaliser ses opérations. Mais pour l'ex-postier, les consignes ne sont pas viables:
Car il conteste également une autre consigne interne concernant le courrier B, distribué un jour sur deux pour réduire les coûts. Selon lui, il continuait parfois à remettre ce courrier lors de ses tournées afin d’assurer un meilleur service. Dans sa lettre de licenciement, La Poste évoque plusieurs avertissements liés au non-respect des procédures et à l’expression répétée de son désaccord.
Très engagé syndicalement, le facteur avait déjà participé à des mouvements de contestation contre certaines réorganisations internes. Il estime aujourd’hui que son renvoi est lié à sa défense d’une vision du service public. Le syndicat Syndicom lui apporte son soutien et juge son licenciement «abusif» et «disproportionné» au regard de ses 42 années de carrière et de ses évaluations professionnelles. L’organisation demande sa réintégration et envisage de porter l’affaire devant les prud’hommes.
La Poste, de son côté, justifie le bien-fondé de son licenciement et réfute de potentielles représailles pour ses activités syndicales:
Cette affaire relance néanmoins le débat sur les conditions de travail au sein de La Poste et sur les tensions entre impératifs d’efficacité et mission de service public. (hun)
