Suisse
Environnement

Suisse: pourquoi des arbres fruitiers fleurissent en automne

Un mirabellier en fleurs la semaine dernière dans le jardin du Conseil national.
Un mirabellier en fleurs pris en photo la semaine dernière.Image: Stefan Müller-Altermatt

Ces arbres fruitiers suisses adoptent un étrange comportement

Après un été éprouvant, certains arbres fruitiers fleurissent ou produisent de nouvelles feuilles cet automne en Suisse. Un phénomène inhabituel qui pourrait peser sur les récoltes.
07.10.2026, 18:4607.10.2026, 18:46
Sabine Kuster

Le conseiller national soleurois du Centre Stefan Müller-Altermatt n'est pas seulement un politicien engagé pour l'environnement, il est aussi biologiste de formation. En ce moment, quelque chose l'interpelle: des arbres fruitiers en fleurs. On parle, dans ces cas-là, de floraison tardive ou secondaire. Et justement, Stefan Müller-Altermatt en observe une sur son mirabellier.

Ses pommiers ont eux aussi de nouvelles pousses de feuilles. Le conseiller national possède en tout 12 arbres haute-tige de variétés très diverses. Il lâche:

«Mes arbres n'ont jamais fleuri en octobre»
Stefan Müller-Altermatt est biologiste et conseiller national.
Stefan Müller-Altermatt est biologiste et conseiller national.Image: Bruno Kissling

Stefan Müller-Altermatt n'est pas le seul à constater le phénomène. L'Agroscope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agronomique, a reçu des signalements de floraisons secondaires en provenance de différentes régions, indique le chercheur Samuel Cia:

«Ces signalements ne sont pas recensés systématiquement. Mais, compte tenu de la chaleur et de la sécheresse de cette année, une telle réaction de stress est tout à fait admissible.»

Les tempêtes peuvent aussi provoquer cette réaction

Le phénomène est connu de longue date et survient régulièrement. Son ampleur dépend de l'espèce fruitière, de la variété, de l'emplacement et des conditions météorologiques. Stefan Müller-Altermatt ajoute:

«Une perte de feuilles due à des maladies ou à d'autres contraintes peut aussi favoriser les pousses tardives. Selon les signalements actuels, les poiriers semblent particulièrement souvent touchés.»

Les arbres du conseiller national ont effectivement souffert de plusieurs facteurs de stress. Le 28 août, son jardin a été frappé par un orage de grêle. Les pommiers se sont retrouvés presque nus par la suite, raconte-t-il. Deux d'entre eux ont été brisés par la tempête.

Les floraisons tardives, plutôt rares, ainsi que les foliaisons secondaires ne s'observent apparemment pas dans toute la Suisse, écrit l'organisation Fruit-Union Suisse, interrogée à ce sujet:

«Le phénomène peut se manifester différemment selon les régions et même d'un arbre à l'autre»
Un pommier du jardin du biologiste, qui avait été malmené par la tempête en août, porte désormais de nouvelles feuilles.
Un pommier du jardin du biologiste, qui avait été malmené par la tempête en août, porte désormais de nouvelles feuilles.Image: Stefan Müller-Altermatt

L'impact sur les récoltes de l'année prochaine

Stefan Müller-Altermatt s'étonne que la floraison secondaire survienne si tard, maintenant que les jours sont déjà nettement plus courts:

«En réalité, les arbres fruitiers, qui sont originaires d'Asie centrale, se règlent en grande partie sur la durée du jour, donc sur leur système de phytochromes. Il faut beaucoup de choses pour que cela soit outrepassé.»

Cette réaction serait un bon indicateur que la pression exercée sur les arbres pour se régénérer est forte. Stefan Müller-Altermatt résume:

«C'est un pari évolutif des arbres: vaut-il mieux faire encore un peu de photosynthèse après la période de stress précédente, ou est-il préférable d'entrer directement en repos hivernal parce que le froid arrive bientôt?»

La question se pose: une baisse de récolte est-elle à craindre pour l'an prochain? Samuel Cia, d'Agroscope, répond:

«Quelques floraisons automnales isolées ne posent en général pas de problème majeur»

En revanche, les contraintes antérieures, comme la sécheresse, la canicule ou la perte de feuilles due à une tempête, sont plus significatives, car les arbres peuvent stocker moins de réserves.

Les bourgeons déjà éclos manqueront toutefois au printemps prochain. Ce n'est normalement pas grave, rassure Samuel Cia:

«Avec peu de floraison automnale, aucune perte de rendement notable n'est à attendre, car les arbres fruitiers forment généralement des fleurs en surplus.»

Une forte floraison tardive peut en revanche diminuer le rendement.

Les signes révélateurs d'un arbre fruitier stressé

Mais alors, comment savoir si un arbre est affaibli ou non? Sandro Rüegg, de Fruit-Union Suisse, indique que des colorations prématurées des feuilles, des dessèchements du feuillage, des pousses mortes ou un débourrement faible sont des indices concrets. Un apport supplémentaire d'engrais en raison d'une floraison tardive n'est toutefois pas nécessaire, et l'on ne devrait arroser qu'en cas de réel manque d'eau.

Stefan Müller-Altermatt s'attend en tout cas à ce que la récolte de l'an prochain ne soit pas bien meilleure que celle de cette année, amoindrie par la grêle et la sécheresse. Comme les arbres portent généralement, une année sur deux, de nombreux et gros fruits à l'automne, puis peu l'année suivante, il ne se fait pas de grands espoirs pour 2027.

S'y ajoutent les conséquences de l'été caniculaire, comme l'indique Sandro Rüegg:

«L'été 2026, exigeant, pourrait influencer la formation des fleurs pour l'an prochain. Il n'est pas encore possible de dire dans quelle mesure»

(trad. ysc)

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