La pluie a disparu en Suisse et cela fera «très mal» en 2027
Où est passée la pluie? Normalement, en septembre, des vents humides venus de l'Atlantique trouvent le chemin de la Suisse. Ou alors, des souffles de foehn font en sorte que l'air chaud et humide de la Méditerranée soit essoré sur le versant sud des Alpes.
«Pas cette année», dit Gaudenz Flury, du service météo de la SRF. Comme durant tout l'été, le temps actuel est déterminé par des zones de haute pression. Ces anticyclones sont souvent si persistants et si puissants que pratiquement aucun front pluvieux n'arrive jusqu'à nous.
En ce mois de septembre, le jet-stream, qui influence avec ses vents puissants la situation météorologique de l'Europe, est souvent resté très loin au nord, laissant l'anticyclone des Açores s'étendre fréquemment jusqu'en Europe centrale.
Un phénomène partiellement expliqué
Le météorologue Felix Blumer parle d'un blocage total de la situation météorologique, dû à cet anticyclone qui persiste depuis des mois au-dessus de l'Europe occidentale et centrale. Cette zone de haute pression sans précipitations est maintenue en place par un autre anticyclone situé au nord.
Le répit ne viendrait que si des dépressions venues de l'Atlantique parvenaient à s'imposer chez nous. La pluie serait alors en vue. En revanche, et si la circulation atmosphérique retombe dans son ancien schéma, comme auparavant, il n'en sera rien. Felix Blumer admet:
Mais ce n'est pas la seule raison de l'absence de la pluie. Car, une fois que le sol est complètement asséché, l'évaporation devient quasi nulle. Felix Blumer explique:
Rien d'étonnant, donc, à ce que septembre soit jusqu'ici exceptionnellement sec. Régionalement, il est tombé moins d'un cinquième de la quantité normale. Dans l'est du Plateau, le mois figure vraisemblablement parmi les plus secs jamais enregistrés depuis le début des mesures, en 1864.
Aucune fin en vue
Une chose est claire: la sécheresse qui dure depuis le printemps s'est encore aggravée. Et aucune fin n'est en vue. Felix Blumer résume:
Mais la sécheresse n’est pas la seule à battre des records. Les températures affichent, elles aussi, un niveau exceptionnel ce mois de septembre, souligne Gaudenz Flury:
Malgré des nuits claires et fraîches, les moyennes journalières sont jusqu'à 4 degrés trop élevées. Felix Blumer ajoute:
Cela dit, septembre 2026 n'entrera pas dans les annales comme étant le plus chaud jamais enregistré, car la situation était encore plus marquée il y a trois ans, en 2023. Bien que les températures diurnes soient plus élevées cette année, l'air contient actuellement très peu d'humidité. En conséquence, les nuits se refroidissent fortement, faisant baisser les températures moyennes.
Une possible aggravation l'année prochaine
On parle aussi régulièrement de l'influence du phénomène météorologique El Niño. Actuellement, El Niño se renforce nettement et l'agence météorologique américaine NOAA s'attend à des effets plus marqués en automne et en hiver.
En Suisse, «El Niño n'a eu aucune influence sur l'été caniculaire», dit le chef de SRF Meteo, Gaudenz Flury. Aucun effet ne pourrait non plus être démontré sur l'automne jusqu'ici. Les conséquences possibles du phénomène sur l’hiver restent cependant incertaines. Felix Blumer estime lui aussi qu'El Niño n'est qu'une corrélation:
Fin août, l'eau des océans a atteint la température moyenne la plus élevée jamais mesurée. Felix Blumer précise:
Un refroidissement rapide de la surface des océans n'est donc pas en vue. En conséquence, de nombreux climatologues partent du principe que 2027 sera l'année la plus chaude de l'histoire récente.
D'inquiétants dégâts sur les forêts en vue
La sécheresse et la chaleur ont mis les arbres à rude épreuve, et cela se voit quand on se promène en forêt. Frank Krumm, de l'institut de recherche WSL, prévient:
Les arbres connaîtraient actuellement les plus forts déficits hydriques de l'année. La durée pendant laquelle ils peuvent supporter une telle situation dépendrait de leur emplacement et des conditions locales. Certains succombent déjà. D'autres repousseraient, mais seraient endommagés et affaiblis, dit le spécialiste des sciences forestières.
L'épicéa et le hêtre sont fortement menacés dans le Jura, «mais toutes les essences peuvent être touchées», précise Frank Krumm. Les pronostics sont aussi mauvais pour le bouleau. En revanche, le chêne, l'érable champêtre, le noyer, l'érable plane, les alisiers blancs, les alisiers torminaux et les tilleuls s'accommodent mieux de la sécheresse et de la chaleur. «Mais on ne peut pas dire qu’il existe une essence d’arbre à laquelle un été comme celui-ci ne fait pas beaucoup de mal», souligne Frank Krumm. Ce sont surtout les orages manquants qui ont nui aux forêts.
Parmi les arbres fruitiers, beaucoup d'espèces sont originaires du sud-est et sont donc rustiques. C'est le cas, par exemple, des cognassiers, mais aussi des poiriers, des abricotiers et des pêchers. Certains pommiers ont réagi par une chute prématurée de leurs feuilles. (trad. ysc)
