Sunrise lance une IA suisse et mise sur la crainte d'une loi américaine
Impossible désormais de faire l’impasse sur l’intelligence artificielle (IA). Les entreprises espèrent gagner en efficacité et en rapidité grâce à son utilisation. Mais lorsqu’elles recourent à un modèle commercial d’un grand fournisseur américain comme ChatGPT, elles risquent de voir les autorités américaines accéder à leurs données. Ces fournisseurs sont en effet soumis au Cloud Act. Cette législation permet aux autorités américaines d’accéder aux données même lorsque les entreprises utilisent des versions payantes et que les serveurs sont installés en Suisse. Les entreprises sont confrontées à un dilemme similaire avec la quasi-totalité des solutions commerciales étrangères.
L’opérateur télécom Sunrise promet désormais une solution aux entreprises qui souhaitent s’affranchir de cette dépendance. Mercredi, il a présenté une «IA suisse pour les entreprises» baptisée «Sunrise Business AI Assistant». Celle-ci a été développée avec Phoeniqs, une entreprise suisse spécialisée dans l’IA.
La principale promesse du patron de Sunrise, André Krause, tient en deux mots: «Aucun export». L'opérateur promet une IA «pleinement souveraine», les données ne quitteraient jamais la Suisse. Sunrise assure, via son propre réseau, une connexion sécurisée entre les sites des entreprises et l’infrastructure d’IA. Mais le cœur de la solution est un assistant conversationnel développé par Phoeniqs.
La licorne suisse Phoeniqs développe la solution Sunrise
Phoeniqs est un fournisseur full stack. L’entreprise maîtrise aussi bien le matériel que le système d’exploitation et la plateforme d’IA. Son assistant utilise plusieurs modèles d’IA, notamment ceux de Deepseek ou GLM, qui atteignent, selon le patron de Phoeniqs Thomas Taroni, le niveau de ChatGPT ou d’Anthropic. Contrairement à ces derniers, il s’agit de modèles open source. Comme ils fonctionnent sur une infrastructure propre située en Suisse, les autorités étrangères ne disposent d’aucun moyen juridique pour accéder aux données ainsi traitées.
La nouvelle offre de Sunrise s’adresse principalement aux petites et moyennes entreprises (PME). Les tarifs varient selon la taille de l’entreprise, entre 7,90 et 11,90 francs par mois et par utilisateur.
Phoeniqs est une licorne suisse, autrement dit une start-up valorisée à plus d’un milliard de dollars américains. L’entreprise a son siège à Freienbach (SZ) et des bureaux à Zurich ainsi que sur le site d’Uptown Basel, à Arlesheim (BL). C’est là que Phoeniqs a mis en service, il y a quelques semaines, le supercalculateur d’IA commercial le plus puissant du pays. Selon l’entreprise, même des applications d’IA exigeantes pourraient ainsi fonctionner sous juridiction suisse, avec un contrôle total sur les données, les modèles et la charge de calcul.
D’importantes suppressions de postes chez Sunrise à cause de l’IA?
Dans le cadre de cette coopération, Sunrise s’est assuré la possibilité de prendre une participation dans Phoeniqs. Cette option n’a pas encore été exercée.
Le moment choisi pour présenter cette nouvelle offre risque de paraître malheureux à de nombreux employés de Sunrise. Lundi encore, le groupe annonçait envisager la suppression de jusqu’à 450 postes à plein temps. Ce chiffre n’étant pas encore définitif et la procédure de consultation n’ayant pas encore commencé, l’entreprise souhaitait initialement communiquer plus tard. Mais en tant que société cotée en Bourse, Sunrise a dû confirmer une information du portail Inside Paradeplatz.
En interne, ces suppressions de postes auraient également été justifiées par un recours accru à l’IA, cette même technologie dont les dirigeants vantent désormais les mérites. Mercredi, le patron de Sunrise André Krause a déclaré qu’à l’avenir, Sunrise serait en concurrence avec des fournisseurs capables d’exploiter une entreprise de télécommunications presque exclusivement à l’aide de logiciels d’IA et avec des effectifs très réduits. Techniquement, cela serait déjà possible aujourd’hui. Une transformation du modèle économique serait donc nécessaire. (trad. hun)
