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Shell met en garde contre une pénurie d'essence: et en Suisse?

Wael Sawan, ingénieur chimiste né à Beyrouth, est PDG de Shell depuis janvier 2023.
Wael Sawan, ingénieur chimiste né à Beyrouth, est PDG de Shell depuis janvier 2023.Tayfun Salci / Imago-Images

La pénurie de pétrole menace: voici ce que ça implique pour la Suisse

Pourparlers de paix ou pas, le détroit d'Ormuz reste actuellement impraticable pour les pétroliers. Le patron de Shell, Wael Sawan, met en garde contre des ruptures d'approvisionnement imminentes en Europe. En Suisse, on affiche pour l'instant une relative sérénité.
26.03.2026, 19:0026.03.2026, 19:00
Daniel Zulauf

Le prix du pétrole est à nouveau en baisse, les bourses jubilent et nombreux sont ceux qui semblent penser que la guerre avec l'Iran pourrait bientôt prendre fin. Du moins, dans le monde des marchés financiers.

Mais, outre le fait qu'il n'existe actuellement aucune indication tangible de la réussite des négociations de paix ouvertement évoquées depuis lundi par le président américain Donald Trump, la situation d'approvisionnement sur les marchés de l'énergie continue de se dégrader.

Une possible crise majeure à l'horizon

Wael Sawan, directeur général du géant pétrolier britannico-néerlandais Shell, a mis en garde cette semaine lors de la plus importante conférence du secteur, à Houston aux Etats-Unis, contre le fait que les pénuries d'approvisionnement déjà aiguës dans de nombreux pays asiatiques pourraient s'étendre vers l'ouest dans les prochains jours:

«C'est une réaction en chaîne. Nous voyons les tensions se déplacer d'Asie du Sud vers l'Asie du Sud-Est, puis vers l'Asie du Nord-Est, et maintenant vers l'Europe, à mesure que nous approchons du mois d'avril.»

Les gouvernements européens pourraient se voir contraints de prendre des mesures d'économie d'une ampleur inédite depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, a ajouté Sawan.

D'abord l'Asie, bientôt l'Europe

De fait, ces dix derniers jours, de plus en plus de pays d'Asie du Sud-Est, région au dynamisme économique soutenu, ont adopté la semaine de quatre jours pour les services publics, y compris les écoles et les universités, permettant notamment de réaliser des économies sur la consommation d'essence.

«Nous essayons d'attirer l'attention des gouvernements sur les leviers qu'ils doivent actionner», a indiqué Wael Sawan. Le dirigeant faisait également référence à des mesures de réduction de la demande, telles que celles que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) avait déjà formulées vendredi dernier dans ses dix recommandations d'économies d'énergie à l'intention des gouvernements, des entreprises et des particuliers.

Elles incluent notamment davantage de télétravail, la promotion des transports publics, la limitation de la vitesse sur les autoroutes, la restriction de la circulation privée dans les grandes villes, la limitation des déplacements en avion, etc.

Mardi, le directeur de l'AIE, Faith Birol, se trouvait en Australie pour s'entretenir avec le Premier ministre Anthony Albanese de la crise actuelle. Le gouvernement australien, dont le pays est riche en ressources, envisage actuellement d’instaurer une taxe de 25% sur les exportations de gaz. Comme il l'a énoncé lundi, il serait nécessaire que les Australiens reçoivent une part équitable des revenus tirés des matières premières qu'ils possèdent.

Birol a quant à lui mis en garde contre une telle mesure, estimant qu'elle serait dangereuse, car susceptible de décourager très rapidement les investisseurs et de nuire à la production à long terme.

Fatih Birol, directeur de l'AIE.
Fatih Birol, directeur de l'AIE.Image: Imago

Une vision à court terme globalisée

Peu à peu, les débats sur la bonne gestion des ressources se font également plus vifs en Europe. Mercredi matin, au Bundestag allemand, la cheffe du groupe parlementaire des Verts, Katharina Dröge, a réclamé l'instauration d'une limitation de vitesse sur les autoroutes allemandes. La même exigence avait déjà été formulée par ce même parti en mars 2022, sans succès.

Il est fort possible que la revendication des Verts allemands ne soit pas davantage entendue cette fois-ci, même si les mesures d'économie dans le domaine des transports routiers seraient particulièrement efficaces. Selon l'AIE, environ 45% du pétrole extrait y est consommé chaque année.

Mais en Europe également, de nombreux gouvernements affichent une préférence pour des mesures non solidaires visant à traiter les symptômes à court terme. Plutôt que de réduire la consommation, l'Autriche et l'Italie ont abaissé leur taxe sur les carburants, ce qui maintient les prix bas et la demande élevée. La fixation de plafonds de prix, déjà introduite par de nombreux pays en Europe et outre-mer, produit le même effet.

Pas encore de vent de panique

Dans ce contexte, les mises en garde du patron de Shell semblent tout à fait plausibles, même si une pénurie aiguë d'approvisionnement énergétique en Europe reste un scénario du pire. «Nous en sommes encore relativement loin en Suisse pour ce qui est des énergies liquides», assure Ueli Bamert, responsable de la communication et des affaires politiques de l'association suisse des importateurs de pétrole Avenergy, en réponse à une demande. Bamert précise:

«Une libération des stocks obligatoires n'est pas prévue pour l'instant. Cela peut changer si l'on doit s'attendre à une raréfaction significative des quantités disponibles en Europe.»

Les stocks obligatoires suisses d'essence, de diesel et de mazout couvrent quatre mois et demi de consommation. Les réserves de kérosène, elles, couvrent trois mois de consommation.

Au sein de l'Association suisse de l'industrie gazière également, le discours officiel sur la crise ne semble pas encore particulièrement alarmant. Cette dernière explique:

«Si le blocus du détroit d'Ormuz devait se prolonger, si les infrastructures énergétiques étaient durablement endommagées et si la production ne pouvait pas reprendre rapidement, cela pourrait avoir des répercussions sensibles en été, au moment où les réserves de gaz européennes doivent être remplies.»

La situation de la Suisse

La situation apparaît encore relativement confortable en Suisse pour l'instant, et ce, pour plusieurs raisons. D'une part, la Suisse a réduit sa dépendance directe aux énergies fossiles plus fortement que d'autres pays au cours des dernières décennies.

D'autre part, plus de 50% du pétrole brut importé provient des Etats-Unis et plus d'un tiers du Nigeria. En d'autres termes, le pétrole brut consommé en Suisse n'a pas besoin de franchir le détroit d'Ormuz. Mais il va sans dire que cet avantage s'érode à mesure que la crise d'approvisionnement mondiale se prolonge.

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