Les consommateurs suisses vont souffrir si Trump s'acharne en Iran
La Banque nationale suisse (BNS) vient de rendre une nouvelle décision sur les taux d'intérêt. Son président, Martin Schlegel, a annoncé que la BNS maintenait son taux directeur à 0%. Mais ce qui sera décisif pour l'avenir de l'économie suisse et mondiale se passe ailleurs dans le monde, dans le détroit d'Ormuz.
Les Etats-Unis sont concentrés sur ce détroit depuis que le président Donald Trump a attaqué l'Iran. Le comédien américain Jon Stewart ironise sur X:
Mais cette leçon-ci ne se limitera pas à la géographie.
Une crise qui ne ressemble pas aux précédentes
Les Etats-Unis, et avec eux la Suisse, doivent prendre conscience de ce que le magazine britannique The Economist a établi après enquête: «Une proportion alarmante de chaînes d'approvisionnement mondiales passe par le détroit d'Ormuz.»
Or, Trump les a interrompues, menant pour ainsi dire une expérience historique à l’échelle mondiale. Les experts s’efforcent d’en évaluer toutes les conséquences possibles, mais l’issue de cette situation reste incertaine.
L'ampleur du phénomène peut être illustrée par comparaison avec des crises antérieures. L'expert financier Robin Brooks se réfère ainsi à la guerre que le président russe Vladimir Poutine a lancée contre l'Ukraine il y a quatre ans. Avant ce conflit, la Russie contribuait à l'offre mondiale de pétrole dans une proportion bien inférieure à ce qui transite habituellement par le détroit d'Ormuz. Environ trois fois inférieure.
De son côté, l'expert américain en énergie Rory Johnston a mis les dimensions en perspective par une comparaison avec le Covid. Vingt millions de barils par jour représentent à peu près autant de pétrole que ce que le monde entier avait économisé lorsqu'il s'était confiné pendant deux mois en 2020 pour se protéger du virus. A l'époque, presque aucun avion ne décollait la quasi-totalité des voitures restaient au garage et de nombreux trains étaient à l'arrêt.
Face à de telles dimensions, il n'est pas surprenant que les prix s'envolent partout, aux quatre coins du système énergétique mondial. Pour le pétrole brut, la référence Brent a déjà dépassé les 110 dollars le baril, sans toutefois atteindre le pic de la dernière crise énergétique, lors de l'attaque russe contre l'Ukraine. Pour les produits pétroliers raffinés, les chaînes de valeur sont cependant plus complexes et donc plus vulnérables, et les records de prix précédents sont déjà largement dépassés.
La guerre en Iran atteint les supermarchés
C'est le cas, par exemple, pour le carburant d'aviation. Le prix par baril dépasse déjà largement la barre des 180 dollars. Il en va de même pour les soutes des grands navires. Dans des ports comme Singapour ou dans l'émirat de Fujaïrah, à proximité du détroit d'Ormuz, les navires doivent payer des prix bien supérieurs à ceux de la dernière crise énergétique pour leur avitaillement.
Ces records impactent inévitablement les rayons des supermarchés des pays industrialisés comme la Suisse. Si le carburant des porte-conteneurs qui transportent les marchandises augmente ou vient à manquer, les produits deviennent immanquablement plus chers.
Selon l'agence de presse Bloomberg, les patrons des grands armateurs alertent déjà: sans intervention, il pourrait bientôt devenir impossible de faire le plein dans les principaux ports asiatiques.
De nombreux autres secteurs impactés
Comme le monde commence à s'en rendre compte, ce n'est pas seulement le marché pétrolier qui dépend du détroit d'Ormuz. Selon The Economist, c'est aussi son industrie qui se retrouve sens dessus dessous.
D'importantes usines de production de produits pétrochimiques sont désormais coupées du marché mondial. Cela provoque des problèmes dans la fabrication de plastiques ainsi que de médicaments, comme l'aspirine ou les antibiotiques. La région du Golfe fournit également des composants pour les outils de coupe et de forage, les peintures, les matières plastiques, les produits chimiques ou les matériaux de construction.
La région est par ailleurs une source majeure d'aluminium, un métal à haute intensité énergétique dont le prix a lui aussi bondi. Pour l'expert en matières premières Javier Blas, ce métal est tout simplement l'un des «piliers de la vie moderne». Il entre dans la composition des avions, des iPhones, des cadres de fenêtres, des canettes de boisson, des véhicules électriques, et bien d'autres choses encore.
L'hélium se fait rare et son prix a augmenté sur les marchés, jusqu'à 100% par moments. Cela affecte à son tour les fabricants de puces électroniques, l'hélium étant nécessaire pour refroidir les supraconducteurs contenus dans les puces.
Les pays les plus pauvres manquent d'engrais
L'agriculture sera l'un des secteurs les plus touchés. Le gaz naturel, abondant dans la région, est utilisé dans la fabrication des engrais et en représente une part importante des coûts. C'est pourquoi environ un tiers des engrais commercialisés dans le monde transite par le détroit d'Ormuz. Si le détroit est bloqué, ce sont les pays les plus pauvres qui pourraient en souffrir le plus, selon les Nations Unies.
Le Soudan, par exemple, tire la moitié de ses engrais de la région du Golfe. Le Financial Times anticipe, avec l'un de ses titres, un futur «choc mondial imminent pour l'agriculture».
Les dimensions et les conséquences possibles du conflit sont donc alarmantes. Mais ce sont précisément elles qui constituent la raison la plus importante d'espérer une fin rapide du conflit, estime l'expert Rory Johnston sur X. Il est convaincu que Trump fera bientôt marche arrière. La perte en pétrole est trop importante, les conséquences pourraient devenir bien plus graves encore. Il prévient:
