La guerre en Iran pourrait causer un «bouleversement» inédit depuis 80 ans
Les revirements de Donald Trump deviennent une habitude. Il a déclenché une guerre en Iran. Puis le prix du pétrole s’est envolé et il a fait machine arrière – avant de revenir sur ce recul. Récemment, il a menacé d’une escalade majeure, à laquelle l’Iran a répondu par des menaces similaires, et le président des Etats-Unis semble à nouveau reculer.
Mais au fil de ces volte-face, une chose devient claire: même si Donald Trump laissait immédiatement tomber son opération en Iran, le monde d’avant ne reviendrait pas du jour au lendemain. Il faudrait des mois pour que l’approvisionnement énergétique mondial retrouve son fonctionnement habituel – si tant est qu’il y parvienne un jour.
La compagnie aérienne United Airlines estime, par exemple, que le prix du baril de pétrole pourrait grimper jusqu’à 175 dollars, avant de redescendre vers 100 dollars seulement fin 2027. Son directeur précise:
Une crise trois à cinq fois plus grave
Se préparer paraît d’autant plus nécessaire que l’ampleur de la crise actuelle dépasse celle des précédentes. Le conflit en Iran menace de faire disparaître davantage de pétrole du marché que lors des grandes crises pétrolières passées: en 1973, lors de l’embargo contre les pays soutenant Israël; en 1979, lors de la révolution iranienne; en 1980, pendant la guerre Iran-Irak; ou encore en 1990, lors de l’invasion du Koweït par l’Irak.
Malgré la gravité de ces épisodes, le détroit d’Ormuz est resté ouvert, et seulement 4 à 6% de l’offre mondiale de pétrole ont été affectés, selon une étude de la Réserve fédérale de Dallas. Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de l’industrie pétrolière, ce passage stratégique est fermé, ce qui menace jusqu’à 20% de l’approvisionnement mondial.
Cette situation explique pourquoi l’Agence internationale de l’énergie (AIE), créée en 1974 après le premier choc pétrolier, appelle ses Etats membres – dont la Suisse – à réduire leur consommation. Elle recommande notamment d’abaisser la vitesse maximale sur les autoroutes de 10 km/h. Elle encourage aussi à limiter les déplacements en voiture, à privilégier les transports publics ou le télétravail. Et, lorsque l’usage de la voiture est nécessaire, à optimiser les trajets et à pratiquer le covoiturage.
Vers un boom des voitures électriques?
En Suisse, le prix de l’essence sans plomb a augmenté de 20 centimes par litre depuis le début du conflit, se rapprochant des 2 francs. Le diesel a encore plus grimpé: +40 centimes, atteignant déjà 2,19 francs le litre, selon le TCS. Une tendance similaire est observée en Allemagne et aux Etats-Unis, où les hausses sont comparables, voire plus marquées – tout comme les réactions.
En Allemagne, le tabloïd Bild évoque une «colère à la pompe» et appelle à traquer les stations-service les plus chères. Aux Etats-Unis, une résidente de Pennsylvanie a résumé l’exaspération générale dans une vidéo devenue virale. A une station d'essence, un journaliste lui a demandé ce qu’elle souhaiterait dire à Donald Trump – voici sa réponse:
Et quand il lui demande combien de fois elle a voté pour lui:
Le site du TCS rappelle que les prix à la pompe réagissent rapidement aux hausses du pétrole brut, car les stations anticipent des coûts d’approvisionnement plus élevés et ajustent leurs tarifs sans attendre.
Comme l’AIE, le TCS propose des conseils pour économiser du carburant: vérifier régulièrement la pression des pneus, alléger le coffre ou adopter une conduite fluide, en poussant la boîte à vitesses au maximum.
Face à cette situation, les conducteurs pourraient se tourner davantage vers les modèles électriques. La crise actuelle pourrait en effet accélérer la transition, selon un expert cité par Reuters:
Une normalité révolue?
Ce changement est précisément ce que préconise Jürgen Trittin, ancien ministre allemand de l’Environnement:
Après la catastrophe nucléaire japonaise, plusieurs pays occidentaux ont décidé de sortir du nucléaire. Cette fois, il s’agirait de réduire la dépendance aux énergies fossiles.
Selon l'expert, cette transition est d’autant plus urgente que Donald Trump chercherait à imposer une «domination énergétique» à l’Europe. Ses interventions au Nigeria, au Venezuela, au Groenland et désormais en Iran iraient dans ce sens. Le Financial Times a d’ailleurs écrit que Donald Trump a averti l’Union européenne: elle doit valider un accord commercial, faute de quoi elle risque de perdre son accès «bon marché» au gaz naturel liquéfié – un accès devenu encore plus crucial avec la guerre en Iran.
La Chine, selon Jürgen Trittin, a compris cette stratégie et accélère sa propre transition énergétique. Pour le politicien écologiste, l'Allemagne, comme d'autres pays d'Europe, en revanche, fait fausse route: face à la colère, elle envisage de plafonner les prix du carburant. Il faudrait plutôt, selon lui, suivre les recommandations de l’AIE et réduire la demande de pétrole. Plusieurs pays ont déjà commencé à prendre de telles mesures.
Reste une question: la situation peut-elle se normaliser aussi vite qu’elle a dégénéré? Salvatore Mercogliano, spécialiste états-unien du transport maritime, en doute. Il rappelle que chaque jour d’interruption du commerce maritime nécessite généralement environ une semaine pour revenir à la normale.
Et si le détroit d’Ormuz reste bloqué plus d’un mois, l’ancienne normalité pourrait ne jamais revenir:
Cette guerre, Donald Trump l'a déclenchée en un éclair. Mais ses conséquences, elles, pourraient durer.
(adapt. tam)
