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Ce saucisson des Grisons cache de la viande de Nouvelle-Zélande

Ce saucisson typique des Grisons cache un problème

Le salsiz des Grisons reçu par l'un de nos lecteurs avait tout d'un produit authentique. Il était d'ailleurs labélisé «Produit suisse». Pourtant, la viande provenait de l'autre bout du monde. Les responsables réagissent.
23.06.2026, 05:3123.06.2026, 08:04
Reto Heimann
Reto Heimann

En achètant un saucisson de cerf dans une boucherie grisonne, on a probablement une image romantique en tête. Un chasseur qui parcourt les valons de l'Engadine, qui suit patiemment son gibier sur un terrain qu'il connait par coeur, avant de le tirer et de le rapporter.

Mais la réalité est parfois bien différente. C’est notamment le cas du saucisson de cerf de la Berni’s Metzg à Zuoz (GR), que le père d’un journaliste de watson a récemment reçu en cadeau. Le salsiz était composé à 51% de viande de cerf, mais sa viande provient d'un élevage industriel situé à l'autre bout du monde, en Nouvelle-Zélande.

Saucisson des Grisons fabriqué avec de la viande de Nouvelle-Zélande
Le saucisson des Grisons fabriqué avec de la viande de Nouvelle-Zélande.

L’emballage affichait pourtant en grosses lettres: «Produit suisse». Sur son site internet, le maître boucher en question, Bernhard Locher, promet:

«Depuis des années, j’accorde toute mon attention aux conditions d’élevage des animaux, à leur alimentation, mais aussi à la brièveté des trajets de transport»

Contacté par watson, le boucher grison reconnaît qu'on est là bien loin d'un circuit court. Il se défend toutefois:

«Nous ne produisons pas suffisamment de viande en Suisse pour pouvoir fabriquer des saucissons de cerf toute l’année»

Lans la profession depuis 30 ans, le boucher estime:

«Comme les gens veulent manger du saucisson de cerf toute l’année, nous n’avons tout simplement pas d’autre choix que d’acheter de la viande ailleurs.»

L'artisan explique que durant la saison de la chasse dans les Grisons, qui débutera cette année le 3 septembre et sera ouverte jusqu’en décembre, il pourra utiliser de la viande de cerf exclusivement grisonne pour ses saucissons. Ensuite, il se tournera vers de la viande néo-zélandaise.

S'adapter à la clientèle

Il est vrai que la production suisse de viande de cerf ne couvre pas la demande des clients. L’an dernier, 1578 tonnes de viande de cerf indigène ont été mises sur le marché, contre 2 301 tonnes importées. Autrement dit, la Suisse ne couvre qu’un peu moins de 41% de sa propre demande en viande de cerf. En 2025, 11,2% des importations de viande de cerf, soit 266 tonnes, provenaient de Nouvelle-Zélande.

Sabina Graf est directrice de l’Association suisse des éleveurs de cerfs. Elle explique que les éleveurs suisses parviennent généralement à vendre leur viande sans difficulté. Pour elle, l’origine de la viande joue un rôle important pour les consommateurs:

«Les clients qui achètent directement auprès des éleveurs sont des personnes pour qui l’origine, l’ancrage régional et la traçabilité du produit sont importants»

En 2025, la Suisse comptait 316 exploitations agricoles abritant près de 12 500 cerfs. Les dernières données comparant les animaux abattus à la chasse et ceux élevés en enclos remontent à 2020. Cette année-là, 89% de la viande suisse de cerf provenait de la chasse, contre 11% de l’élevage.

La pratique est discutable

Antoine (prénom d'emprunt), éleveur suisse de viande de cerf, a un avis tranché sur les boucheries qui commercialisent des saucissons de cerf comme des produits suisses alors que la viande est importée de Nouvelle-Zélande:

«C’est une honte»

Il dirige une exploitation d’une centaine de bêtes et participe, au sein de l’Association suisse des éleveurs de cerfs, à la formation des agriculteurs qui souhaitent se lancer dans ce type d’élevage. A ses yeux, l’argument qui dit que la forte demande pousse à recourir à l'importation de viande ne tient pas:

«Quand la saison est terminée et que je n’ai plus de gibier, je n’ai tout simplement plus de saucisses à vendre»

Bernhard Locher défend sa pratique. Selon lui, son étiquetage a été certifié par l’Association suisse de la boucherie-charcuterie, car son saucisson est entièrement fabriqué en Suisse. Il ajoute:

«Après tout, on peut aussi appeler 'viande des Grisons' du bœuf venu d’Amérique du Sud, du moment qu’il a été séché dans les Grisons.»

La loi est pourtant claire

De son côté, l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) ne partage pas ce point de vue. Contactée, sa porte-parole Sarah Kehrli renvoie à l’article 48b de la loi sur la protection des marques. En vigueur le 1ᵉʳ janvier 2017, ce texte visant à préserver la «suissitude» des produits donne deux règles centrales:

  • Les matières premières doivent provenir à au moins 80% de Suisse.
  • La transformation doit avoir eu lieu en Suisse

Pour l’OFAG, la mention «Produit suisse» sur l’étiquette du saucisson constitue une indication d’origine suisse. La loi devrait donc s'appliquer. Il explique:

«Par conséquent, selon notre interprétation, une telle indication n'est pas admissible»

Contactée elle aussi, l’Association suisse de la boucherie-charcuterie (ASBC) estime que l’étiquetage est «dans une large mesure correct» en Suisse. La mention «Produit suisse» mériterait en revanche d’être revue dans le cas présent. Le directeur adjoint de l'ASBC, Philipp Sax, indique toutefois:

«Nous recommandons la formulation suivante: 'Fabriqué en Suisse avec de la viande de cerf d’origine Nouvelle-Zélande, porc/lard d’origine Suisse'.»

La faîtière dit désormais prévoir de discuter de ce cas avec Bernhard Locher.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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source: sda / francisco guasco
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