Suisse
Guerre contre l'Ukraine

La Suisse décide d'expulser les espions russes

Les espions de Poutine doivent quitter la Suisse.
Viola Amherd, la ministre de la Défense, cherche à renvoyer les espions de Poutine à Moscou.Image: keystone/shutterstock/watson

La Suisse expulse les espions de Poutine et l'UDC crée la surprise

Les espions russes et autres étrangers qui menacent la sécurité intérieure doivent à l'avenir être systématiquement expulsés: le Conseil des Etats s'est prononcé en ce sens et de manière très claire lundi. Une formule intrigue néanmoins les élus.
28.05.2024, 11:5828.05.2024, 11:59
Othmar von Matt / ch media
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Viola Amherd n'a pas laissé planer le moindre doute quant à la position du gouvernement. «L'espionnage, le sabotage et la subversion d'un Etat étranger mettent en danger la sécurité intérieure de la Suisse», a déclaré la présidente de la Confédération devant le Conseil des Etats – et a ainsi donné le ton: les espions russes et étrangers doivent être expulsés, comme le demande la motion du conseiller national socialiste Fabian Molina.

Le Conseil fédéral peut à tout moment prendre des mesures pour protéger la sécurité intérieure et extérieure d'activités d'espionnage, comme l'a souligné Viola Amherd:

«L'expulsion d'officiers de renseignement fait également partie de ces mesures»

Selon la présidente de la Confédération, les Etats étrangers doivent sentir que la Suisse réagit aux atteintes à sa sécurité et qu'elle se défend. Si le Parlement adopte la motion, cela signifiera que la Suisse est prête à écarter ces dangers. «L'intention du Conseil fédéral est d'expulser systématiquement les officiers de renseignement qui, par leurs activités illégales, mettent en danger la sécurité de la Suisse ou son rôle d'Etat hôte.»

Le message court mais clair de la présidente de la Confédération a convaincu le Conseil des Etats. Il a largement approuvé la motion par 32 voix contre 9 et 2 abstentions – même les membres chevronnés du Conseil des Etats se sont montrés surpris. La décision du Conseil national en décembre avait été plus serrée, avec 103 voix contre 74 et 19 abstentions.

La surprenante volte-face de l'UDC

Le rôle de l'UDC est particulièrement intéressant à cet égard. Au Conseil national, le groupe parlementaire a très clairement rejeté la motion: 59 membres ont dit non, sept se sont abstenus, dont des représentants aussi éminents que Thomas Matter et Thomas Hurter. La situation était différente, lundi soir, au Conseil des Etats. Les six membres de l'UDC se sont prononcés en faveur de la motion: Marco Chiesa, Esther Friedli, Hannes Germann, Werner Salzmann, Pirmin Schwander et Jakob Stark.

Seul Mauro Poggia du Mouvement Citoyens Genevois, membre du groupe UDC, a rejeté la motion. Il a estimé que la sécurité de la Suisse était une tâche du Conseil fédéral.

Marco Chiesa, président de l'UDC suisse jusqu'au 23 mars, avait déjà approuvé la motion en tant que président de la commission de politique extérieure du Conseil des Etats – et a maintenu sa position lundi. Une seule chose pose problème dans la motion Molina, selon lui: le titre. C'est le suivant: «Expulser systématiquement les espions russes et les autres espions étrangers». Selon lui, il est inutile de mentionner spécifiquement les espions russes: «C'est une instrumentalisation.» La motion devrait concerner les espions de tous les pays.

Marco Chiesa, SVP-TI, spricht waehrend der Wintersession der Eidgenoessischen Raete, am Donnerstag, 21. Dezember 2023 im Staenderat in Bern. (KEYSTONE/Anthony Anex)
Marco Chiesa.Keystone

Il n'est pas seul à penser ainsi. Un conseiller aux Etats de gauche nous informe, sous couvert d'anonymat, être surpris de voir à quel point la motion a été acceptée, bien qu'elle contienne dans son titre le terme «espions russes». Et d'ajouter:

«La présidente de la Confédération Viola Amherd semble en savoir plus qu'elle ne nous l'a dit»

Le membre du Conseil des Etats fait référence à d'éventuelles activités d'espionnage russes.

La Suisse ne veut pas être un «hub pour espions russes»

Les Etats européens ont réagi à la guerre d'agression de Vladimir Poutine contre l'Ukraine en expulsant près de 600 espions. Avec l'Autriche, actuellement impliquée dans un scandale d'espionnage russe, la Suisse risquait de devenir la plaque tournante centrale de l'espionnage russe.

218 diplomates russes se trouvaient en Suisse à la date du 1er mars 2024, selon le ministère des Affaires étrangères (DFAE). Au moins un tiers d'entre eux travaillent pour les services de renseignement russes, comme l'écrit le Service de renseignement de la Confédération (SRC) dans son rapport de situation 2023.

Il faut maintenant une «politique de tolérance zéro vis-à-vis des activités d'espionnage», a déclaré la conseillère aux Etats socialiste Franziska Roth, porte-parole de la commission. En porte-parole de la minorité, Petra Gössi (PLR) voit les choses différemment. Avec la formulation «expulser systématiquement», la motion veut ancrer un automatisme. Pour Petra Gössi, la Suisse ferait mieux d'agir discrètement en arrière-plan comme elle l'a fait jusqu'à présent.

La présidente de la Confédération Viola Amherd a répondu à Petra Gössi que la motion ne conduit à aucun automatisme, car «chaque mesure doit être examinée et décidée individuellement». Et la conseillère aux Etats du Centre Andrea Gmür a constaté: «Nous sommes devenus un hub pour les espions russes. Nous mettons en danger notre propre sécurité».

Traduit et adapté par Tanja Maeder

L'Ukraine a eu la peau du «char tortue» russe
Video: watson
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