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Ignazio Cassis

Blessés ukrainiens: ce qui ne va pas au département de Cassis

«Le DFAE s'est planté»: ce qui ne va pas dans le département de Cassis

Ignazio Cassis a pris la d�cision de maintenir la conf�rence sur l'Ukraine de Lugano avec le pr�sident Zelensky au t�l�phone � la mi-avril (archives).
Image: sda
Le DFAE a brusquement modifié sa position sur l'accueil des blessés ukrainiens. Le département du président se fait remarquer par ses fréquents changements de position. Selon les spécialistes, il y a un manque de direction et de préparation approfondie des affaires politiques.
22.07.2022, 16:58
Francesco Benini / ch media
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«Le DFAE s'est planté. Encore une fois», déclare un haut fonctionnaire fédéral.

En examinant la question de savoir si les hôpitaux suisses pouvaient traiter des blessés ukrainiens, le Département des Affaires étrangères a fait tout ce qu'il pouvait faire de faux. Il a pris trop de temps à déterminer si un problème pouvait se poser avec la neutralité suisse. Il a manqué de résolution pour aller rapidement au fond des choses.

De plus, le département n'était pas préparé pour le cas où des journalistes auraient eu vent de la recommandation négative. Le DFAE a semblé pris au dépourvu lorsque tant les politiques que les médias ont estimé que la Confédération ne pouvait pas se montrer aussi dure face à la souffrance des Ukrainiens. Il a fallu exactement trois jours pour que le département des affaires étrangères craque. Le DFAE est désormais habitué aux brusques changements de position. Dans la Berne fédérale, on parle de «Cassis-girouette».

Il avait le passeport italien et l'a abandonné lorsque certains politiciens ont trouvé que cela ne convenait pas à un conseiller fédéral. Il était membre de l'organisation de lobbying pour les armes Pro-Tell et l'a quittée lorsque des critiques ont été émises à ce sujet. Le groupe de tabac Philipp Morris était prévu comme sponsor du pavillon suisse lors d'une exposition universelle. Cassis a défendu cet engagement contre les objections de différents camps politiques. Jusqu'à ce qu'il cède encore une fois et demande à Philipp Morris de se retirer.

Pour l'accord-cadre, puis clairement contre

Le revirement du président de la Confédération Ignazio Cassis et de l'ensemble du gouvernement dans l'évaluation de la question de savoir si la Suisse devait reprendre les sanctions de l'Union européenne (UE) contre la Russie a été spectaculaire. Fin février, l'atmosphère au sein du gouvernement national était encore plus glaciale que d'habitude; les documents provenant des départements des affaires étrangères et de l'économie étaient totalement insuffisants avant la séance du Conseil fédéral, ont affirmé d'autres participants.

Le Conseil fédéral s'est engagé à voter «non» et a organisé une conférence de presse qui, pour certains visiteurs, ressemblait à la représentation d'une pièce de théâtre absurde de Ionesco. Après le rendez-vous, les journalistes avaient plus de questions non résolues en tête qu'auparavant.

Au département d'Etat américain, on a ainsi estimé qu'il était temps d'appeler les collègues suisses. Et quelques jours plus tard, la Confédération s'est jointe aux sanctions contre la Russie.

Cassis semble également instable dans sa position vis-à-vis de l'Union européenne. Avec le secrétaire d'Etat Roberto Balzaretti, le ministre des Affaires étrangères semblait vouloir faire avancer la conclusion d'un accord-cadre. Mais Cassis a ensuite laissé tomber Balzaretti et a proposé au gouvernement d'interrompre les négociations. Le Conseil fédéral était parvenu à une évaluation plus négative de l'accord qu'auparavant. On n'a pas l'impression que Cassis ait été le moteur de cette décision. Il semblait plutôt s'adapter aux nouvelles circonstances.

Quel est le problème du DFAE? Un initié estime qu'il manque d'analyse politique, d'instinct – et que quelques nouvelles têtes feraient du bien au département.

Le problème aurait été facile à résoudre

Le département aurait pu facilement empêcher le cirque autour de l'accueil des blessés ukrainiens. Quelqu'un aurait dû se rendre compte qu'il est difficile d'accueillir des soldats blessés dans un pays neutre. Refuser des civils, en revanche, est mal vu – d'autant plus que les cantons ont immédiatement accepté d'accueillir des patients ukrainiens.

Le DFAE aurait pu se rapprocher des autorités ukrainiennes et proposer cette solution pragmatique. Au lieu de cela, il s'est engagé dans un bras de fer avec l'OTAN et l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) – et les téléspectateurs ont vu Johannes Matyassy faire des déclarations tortueuses.

Certains se sont demandés: pourquoi Matyassy, qui en tant que chef de «Présence Suisse», unité du DFAE, a élaboré bien des concepts nuageux? Celui qui a conduit le PLR cantonal bernois à une terrible défaite électorale? Qui a ensuite entamé une carrière d'ambassadeur qui s'est terminée prématurément après un séjour mouvementé à Buenos Aires? Pourquoi fallait-il que Cassis nomme ce Matyassy au poste de secrétaire d'Etat adjoint?

Le secrétaire général Markus Seiler est une figure forte du département. Il s'implique dans de nombreux domaines, mais il ne se distingue pas par son esprit stratège. Si les affaires politiques du DFAE étaient préparées de manière plus approfondie, on ne tomberait pas sans cesse des nues comme c'est le cas. Le département pourrait affronter les critiques avec assurance; il ne serait pas immédiatement inquiet lorsque quelqu'un fait part de son désaccord.

Au sein du département, certains observent que les relations entre Ignazio Cassis et Markus Seiler se refroidissent. Le fait que le secrétaire général ainsi que le chef de presse du DFAE fassent l'objet d'une procédure pénale pour soupçon de violation du secret de fonction ne contribue pas à renforcer la confiance.

La relation entre Cassis et Thierry Burkart est semble également distante. Le président du PLR a déclaré cette semaine au Tages-Anzeiger qu'il était favorable à l'accueil des blessés ukrainiens, contrairement au DFAE. Il n'est pas si fréquent qu'un président de parti marque publiquement sa distance avec un conseiller fédéral de son propre parti.

L'intervention de Thierry Burkhart a provoqué des remous au sein du département. Elle a accéléré le retournement de situation qui vient d'avoir lieu. Et ce ne sera pas le dernier.

Traduit de l'allemand par Tanja Maeder

Témoignage d'une famille de réfugiés
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