Crans-Montana: la réadaptation des patients se poursuit
Réunis en table ronde mercredi à Sion, spécialistes et représentants de la Suva ont évoqué le travail accompli depuis huit mois au sein de leurs deux établissements de réadaptation. Tour à tour, ils ont souligné l'importance de l'interdisciplinarité et de la solidarité dans le parcours des grands brûlés.
«La chaîne de soins doit être continue, a relevé Gianni Roberto Rossi, CEO des cliniques de Sion et à Bellikon devant la presse. (...) La réadaptation ne commence pas le jour de l’admission en clinique. Elle doit être prise en compte dès le départ.»
Les cliniques ont ainsi dû se réorganiser et «établir un plan d'action» dès l'annonce du drame et pendant la phase de soins aigus. Il a fallu faire face au flux extraordinaire de patients: habituellement, une trentaine de patients grièvement brûlés sont pris en charge par année.
Une place pour chacun
Dans le cadre de l'incendie de Crans-Montana, les 42 patients pris en charge en hospitalisation ont un âge moyen de 20,5 ans et sont brûlés sur 51% de leur corps en moyenne. Les cliniques s'attendent d'ailleurs encore à deux admissions supplémentaires.
«Nous avons pu proposer une place en réadaptation à toutes les personnes domiciliées en Suisse, dont l'état nécessitait une telle prise en charge», a encore relevé Gianni Roberto Rossi.
Une première «vague» de personnes brûlées a été prise en charge en janvier, alors que la deuxième ne l'a été que plus tard, dès le printemps. La plupart ont été blessés au visage et aux mains.
L'accompagnement des patients arrivés dans un deuxième temps est beaucoup plus complexe car ils sont davantage dépendants, explique Gianni Roberto Rossi, citant le soin des plaies, l'accompagnement dans la vie quotidienne ou encore les sessions thérapeutiques en groupe. En réadaptation, une dizaine de professions gravitent autour d'eux.
Des soins complexes
«En tant qu'ergothérapeutes, notre mission principale est de redonner le plus d'indépendance dans la vie quotidienne, appuie Marlène Foli, responsable désignée de la discipline au sein des cliniques de la Suva. Et ce, en parallèle des soignants.»
Cet accompagnement spécialisé démarre «dès le premier jour où le patient arrive.» Un patient brûlé amputé des doigts va devoir pouvoir sonner et appeler l'équipe infirmière, illustre l'experte des grands brûlés.
«Si la sonnette de base n'est pas adaptée, il va falloir trouver des solutions.» Et cela s'applique à tous les gestes du quotidien. Si les couverts normaux ne sont pas utilisables, «on va devoir épaissir des fourchettes», continue l'ergothérapeute.
Des adaptations similaires sont pensées au niveau orthopédique. Si un patient ne peut pas enfiler sa tenue de compression, «nous ajoutons alors simplement des fermetures éclair au niveau des bras pour que le patient puisse vraiment la porter», ajoute le responsable adjoint de l'orthopédie technique Patrick Meier.
Un parcours long
«Le chemin de la réadaptation est sinueux», constate la Dre Maria Iakova, Chief Medical Officer de la clinique de réadaptation de Sion.
Et les patients «sont en train de trouver leur vitesse», chacun à leur rythme. Cette réadaptation «hautement spécialisée» n'est «pas uniquement une question de cicatrisation ou de mobilité», souligne Gianni Roberto Rossi.
À long terme, l'objectif est de permettre aux personnes concernées de retrouver une vie aussi autonome que possible, de reprendre leur place au sein de leur famille et de la société et, chaque fois que cela c'est possible, de reprendre une formation ou une activité professionnelle." (sda/ats)
