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L'histoire des deux Suisses décédés lors du 11-Septembre

Voici l'histoire oubliée des deux Suisses décédés lors du 11-Septembre

Le 11 septembre 2001 a fait deux victimes de nationalité suisse. La première voyageait à bord de l'avion qui a percuté les tours. La seconde travaillait dans le Word Trade Center.
11.09.2026, 12:3811.09.2026, 12:38
Andreas Maurer / ch media

Le 11 septembre 2026, son nom résonnera une nouvelle fois à Ground Zero, à New York: Seline Sutter. Les proches des 2977 victimes des attentats terroristes liront tous les noms à haute voix. Mais aujourd’hui, presque plus personne ne se rappelle de cette Suissesse.

Son nom apparaît bien sur la plaque de bronze numéro 65, à l’emplacement de l’ancienne tour nord. La défunte travaillait au 79e étage comme vice-présidente d’une société de recrutement spécialisée dans le personnel bancaire. Elle a disparu trois jours avant son 64e anniversaire. Sa famille et ses amis l’appelaient Selina.

Peu d’articles lui ont été consacrés depuis la tragédie. Cela tient d’une part au nombre inimaginable de victimes. D’autre part, chaque époque médiatique a sa propre culture du souvenir. Beaucoup d'entre nous ont vécu le 11 septembre en direct à la télévision. Mais l’identité des victimes n’a été connue que bien plus tard.

Les photos de Selina Sutter feraient aujourd'hui le tour du monde en quelques minutes. Ses proches partageraient leurs souvenirs et les médias raconteraient son histoire.

Dans la nuit de l’incendie de Crans-Montana, le 1er janvier 2026, de nombreux proches ont recherché les leurs via les réseaux. C’est ainsi que les premières photos et coordonnées ont été publiées. Avec l'accord des familles, les hommages apparaissaient peu après l’identification des victimes.

Après le 11 septembre aussi, des proches ont désespérément recherché les leurs à New York. Ils placardaient des avis de disparition sur les poteaux dans les rues. Des amies de Selina l'ont fait. Mais en plein chaos, le sort de la Suissesse est resté en marge. Les autorités suisses n’ont par ailleurs pas communiqué son nom. Ainsi le veut la discrétion helvétique.

Le nom des 2977 victimes, gravé dans le mémorial de New York.
Le nom des 2977 victimes, gravé dans le mémorial de New York.image: getty

La culture américaine du souvenir, en revanche, met l’accent sur les identités. L’organisation commémorative 9/11 Memorial diffuse désormais également une photo de la Suissesse sur les réseaux sociaux et, le jour de son anniversaire, dépose une rose blanche sur l’inscription à son nom à Ground Zero. Le texte qui l’accompagne est bref. Sutter est l’une des 2977.

Employée d’UBS qui a fait carrière outre-Atlantique

La Société historique suisse-américaine a archivé le curriculum vitae de Selina Sutter. Elle était trésorière et membre du comité de cette association. Née le 14 septembre 1937 à Oberhasli (ZH), elle était l’aînée d’une famille de trois enfants. Sa mère portait le même prénom qu’elle.

Selina a grandi à Thoune et obtenu un diplôme d’école de commerce. A 23 ans, elle est entrée chez UBS, avant de rejoindre la succursale de New York à 32 ans. Au cours des trois décennies suivantes, elle a travaillé pour plusieurs banques avant de se tourner vers le recrutement.

Selina Sutter et ses collègues du World Trade Center.
Selina Sutter et ses collègues du World Trade Center.image: dr

Sur un site consacré aux hommages funèbres, un ancien collègue se souvient:

«Elle était l’une des personnes les plus chaleureuses que j’aie rencontrées. Tout le contraire du trader égoïste typique que l’on côtoie souvent dans notre secteur»

Le 11 septembre 2001, Selina Sutter est arrivée au bureau à 8h30 – beaucoup trop tôt, comme toujours, se souvenait une collègue en 2006 dans le Migros Magazine. Selina était, disait-elle, une Suissesse typique, toujours excessivement ponctuelle. Son patron et un collègue avaient prévu d’arriver plus tard parce qu’ils ne se sentaient pas bien.

«Priez pour moi!»

A 8h46, le premier avion s’est écrasé contre la tour nord, environ quinze étages au-dessus de son bureau. Selina Sutter a appelé un collègue et lui a dit, à moitié en riant: «Tu devrais voir dans quel état nous sommes: on dirait que nous sortons d’une mine de charbon, couverts de cendres».

Les secours étaient en route, lui a-t-elle expliqué. Par haut-parleur, elle avait reçu l’instruction d’attendre dans son bureau. D’autres personnes ont pu quitter le 79e étage et ont survécu. Selina Sutter, elle, a respecté la consigne. Une collègue y a plus tard vu, là encore, un trait typiquement suisse.

Le collègue avec lequel elle était au téléphone a raconté les derniers mots de Selina Sutter lors du premier anniversaire du 11 septembre, dans l’émission 10vor10 de la SRF. Elle a dit:

«Priez pour moi!»

La créatrice de mode américano-suisse Annemarie Gardin (1935-2022) s’étonnait déjà à l’époque de silence entourant la mort de son amie. Elle avait déclaré au Blick en 2002: «Nous ne comprenons pas vraiment pourquoi, en Suisse, on parle si peu de ce destin».

En 2011, après la mort du terroriste Oussama Ben Laden, Annemarie Gardin a une nouvelle fois évoqué son amie dans le journal Der Sonntag. Celle-ci était morte dans un endroit qu’elle aimait. «Travailler au World Trade Center, c’est comme être dans un conte de fées», avait dit Selina, «on est si haut, si près du ciel».

Même pas des cendres pour faire son deuil

Le portrait le plus complet a été réalisé il y a vingt ans dans le Migros Magazine par Marcel Huwyler, alors journaliste et aujourd’hui auteur de romans policiers. Il était parti à la recherche des dernières traces d’une femme dont il ne restait presque plus rien.

Sa sœur lui a raconté dans quel état elle avait trouvé son appartement. Selina avait jeté son pyjama sur le lit avec un manque de soin inhabituel. Elle était sans doute pressée, voulant arriver la première au bureau.

Des robes de danse dignes d’une princesse pendaient dans son armoire et son appartement abritait de nombreux trophées. C’était sa passion: la danse de salon en compétition.

Sa sœur a également reçu une urne. Mais elle ne contenait aucun reste de Selina Sutter. Toute trace d’elle avait disparu dans le nuage de poussière. L’urne contenait une poignée symbolique de cendres récupérées à Ground Zero.

Mort à bord avec sa femme enceinte

Selina Sutter était la seule victime suisse à l’intérieur du World Trade Center. Mais un autre compatriote est, lui, mort à bord du Boeing 767 qui s’est écrasé contre la tour nord: Michael Theodoridis, 32 ans, ainsi que son épouse Rahma Salie, 28 ans.

Le couple, lors de son mariage.
Le couple, lors de son mariage.photo: 9/11 Memorial

Lui avait des origines grecques et avait grandi dans le canton de Saint-Gall. Elle était originaire du Sri Lanka et avait grandi au Japon. Ils se sont rencontrés à l’université à Boston et se sont mariés en 1998.

Au printemps 2001, elle est tombée enceinte. Le 11 septembre, ils se rendaient à Los Angeles pour assister au mariage d’un ami. Rahma Salie était enceinte de sept mois. Ils sont décédés sur le coup lors de l’impact.

Les enquêteurs ont retrouvé des restes de Micky, comme l’appelaient ses amis et sa famille, racontait son beau-père en 2004 dans le Sonntagsblick. Leur identification grâce à une analyse ADN a facilité le processus de deuil. Les proches avaient au moins acquis une douloureuse certitude.

Les amis de Selina Sutter ont longtemps espéré qu’elle réapparaisse soudainement. Un collègue avait aperçu dans un journal la photo d’une femme dans les rues de Manhattan. Elle portait une robe rouge, comme Selina autrefois. Mais il y avait bel et bien méprise. On n'a jamais retrouvé aucune trace de la sexagénaire.

(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)

Les attentats du 11 septembre racontés en images
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Les attentats du 11 septembre racontés en images
source: keystone
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Ils ont recréé les tours jumelles
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