Ce que Monica espère en scrutant les images du 11-Septembre en boucle
A l’approche du 11 septembre, Monica Iken se replonge sans cesse dans les innombrables documentaires consacrés aux attentats survenus 25 ans plus tôt. Jusqu’ici, elle n’arrivait pas à les regarder. Aujourd’hui, cette New-Yorkaise de 56 ans revoit les avions s’écraser contre les tours du World Trade Center et la foule s'enfuir, paniquée, au milieu de la poussière et des flammes. Un peu gênée, elle explique pourquoi elle s’inflige ces images: elle espère toujours y apercevoir Michael, son mari, mort dans les attentats.
Monica Iken se tient sur le balcon de son appartement de l’Upper East Side. Trente-sept étages plus bas, New York vibre: la ville où elle a grandi, celle où elle s’est retrouvée veuve après seulement onze mois de mariage. Le corps de Michael n’a jamais été retrouvé, ni aucun de ses effets personnels.
Vingt-cinq ans après les attentats, Monica Iken constate que quelque chose a changé. Pas son chagrin, insiste-t-elle, resté intact. Ce qui a changé, c’est la façon dont le 11-Septembre est évoqué dans l’espace public: contrairement aux 24 années précédentes, la commémoration est aujourd’hui devenue un enjeu politique.
Jusqu’ici, les commémorations obéissaient à une règle tacite: les responsables politiques pouvaient y assister, mais ils devaient rester en retrait et ne pas les utiliser à des fins politiques.
Cette règle tacite est précisément remise en cause cette année, à cause du président américain Donald Trump et du maire de New York, Zohran Mamdani. Le socialiste démocrate, musulman pratiquant, prévoit d’assister à la cérémonie organisée à Ground Zero. Une pétition lancée sur Change.org pour s’opposer à sa présence a recueilli près de 100 000 signatures.
L’homme à l’origine de la pétition, Giovanni Galante, qui a perdu sa femme dans les attentats, rappelle un fait essentiel: ces commémorations reposent sur des valeurs communes aux Américains, comme le respect des victimes et le rejet sans ambiguïté des idéologies qui ont favorisé de telles violences. Or, selon lui, Mamdani donne l’impression de ne pas partager ces valeurs.
Plus précisément, Giovanni Galante reproche au maire de ne pas avoir condamné clairement le slogan antisémite «Globalize the Intifada». Il se dit également alarmé par le soutien public de Mamdani à Siraj Wahhaj et Aber Kawas. Le premier, imam de Brooklyn, est lié à des milieux islamistes radicaux. Quant à l’élue locale new-yorkaise Aber Kawas, elle avait attribué les attentats du 11-Septembre à:
Violences antijuives et polémique autour de l’islamisme
Plusieurs républicains, en conflit ouvert avec Mamdani, ont eux aussi signé la pétition. Parmi eux, Bruce Blakeman, candidat au poste de gouverneur de l’Etat de New York et élu de Long Island. Tous dénoncent une tendance à minimiser certaines positions islamistes dans les milieux auxquels Mamdani doit son ascension, notamment l’aile gauche des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA).
Cette évolution est particulièrement marquée à New York. Les synagogues sont de plus en plus souvent la cible d’attaques, les drapeaux du Hezbollah se multiplient dans les manifestations et, cette année, la police recense un nombre record d’actes de violence antijuifs. Mamdani les a condamnés, mais ses détracteurs continuent de lui reprocher, ainsi qu’à son camp, de ne pas avoir pris clairement leurs distances avec l’islamisme radical.
Pour l’islamologue Daisy Khan, ce débat n’a rien de nouveau. En 25 ans, il n’a pas évolué et tourne toujours autour de la même question: les musulmans peuvent-ils être considérés comme des Américains à part entière? «Au fond, il s’agit de les écarter de la vie publique», estime-t-elle. Elle ne nie pas la hausse des violences antisémites, un phénomène bien réel et en progression. Mais elle refuse d’en faire porter la responsabilité à la majorité des musulmans, qui, selon elle, reste fermement attachée à la démocratie et à la laïcité.
Trump privé de parole à Ground Zero
Le président a lui aussi été accusé d’avoir instrumentalisé les commémorations. L’an dernier, au Pentagone, Donald Trump avait déposé une gerbe, prononcé un discours et annoncé qu’il décernerait la Medal of Freedom à l’activiste Charlie Kirk, assassiné peu auparavant. Un choix jugé déplacé par de nombreux observateurs.
Cette année, rapporte le New York Times, Trump avait initialement prévu d’assister lui-même à la cérémonie de Ground Zero. Il y aurait finalement renoncé après que les organisateurs lui ont refusé la possibilité de prendre la parole. La Maison-Blanche conteste cette version.
Monica Iken est catégorique:
Pour elle, la seule chose qui compte est la manière dont les attentats sont commémorés et les leçons qu’on en tire. Elle s’inquiète surtout des jeunes générations, qui regardent sur TikTok des vidéos et des théories du complot sans les remettre en question. Elle parle de «lavage de cerveau» et milite pour que le 11-Septembre soit obligatoirement abordé à l’école.
Un nouveau volet pourrait bientôt s’ajouter au dossier. Cette semaine, Mamdani a annoncé la publication de dizaines de milliers de documents démontrant que la municipalité de New York a dissimulé l’ampleur de la pollution de l'air, notamment la contamination de l’air par l’amiante et d’autres substances toxiques. L’ONG Health Watch avait saisi la justice pour obtenir leur communication.
Selon les autorités sanitaires américaines, plus de 9400 personnes sont mortes d’un cancer ou d’autres maladies provoquées par la poussière et les fumées dégagées lors de l’effondrement du World Trade Center, soit plus du triple du nombre de morts dans les attentats. Selon Mamdani, ces personnes sont tombées malades parce que les responsables «leur ont menti en leur affirmant qu’elles pouvaient respirer cet air toxique sans danger».
Cette affaire ouvre un nouveau chapitre dans une histoire qui est encore loin d’avoir livré tous ses secrets. Vingt-cinq ans après les attentats, New York n’en a toujours pas fini avec le 11-Septembre. (trad.: mrs)
