Les «terroristes TikTok» font peser un nouveau danger en Europe
Après le 11 septembre 2001, les Etats-Unis avaient un nouvel ennemi: Al-Qaïda. Le président George W. Bush déclarait la «guerre contre le terrorisme», et le réseau d’Oussama Ben Laden devenait l’incarnation de la menace pour les Etats-Unis et l’Occident. La situation était clair. Mais, 25 ans plus tard, le terrorisme international a profondément changé.
Dans les années qui ont précédé 2001, Al-Qaïda a revendiqué les attentats à la bombe contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, qui avaient fait plus de 200 morts en 1998. Les Etats-Unis ont riposté en frappant des bases islamistes en Afghanistan. Peu après, Oussama Ben Laden menaçait le président américain de l’époque, Bill Clinton: Al-Qaïda se vengerait de l’attaque américaine par une action «spectaculaire et dévastatrice».
Années 2000: le terrorisme frappe l’Europe
Le 11 septembre 2001, des terroristes détournaient des avions de ligne et les précipitaient contre le World Trade Center à New York et le Pentagone, près de Washington; un quatrième appareil s’écrasait en Pennsylvanie. Près de 3000 personnes ont perdu la vie. Oussama Ben Laden n’a revendiqué publiquement ces attentats qu’en octobre 2004. Selon le chercheur Peter Nesser, spécialiste du terrorisme, l’invasion de l’Irak qui a suivi en 2003, menée au nom de la «guerre contre le terrorisme», a favorisé la propagation des attentats djihadistes en Europe.
De plus en plus de musulmans nés en Europe ont commencé à rejoindre des organisations terroristes islamistes. Jusqu’alors, celles-ci recrutaient surtout parmi les «réfugiés, demandeurs d’asile et migrants de première génération», écrit l’expert en sécurité Peter Neumann, auteur d’un ouvrage consacré au retour du terrorisme islamiste.
En 2004, des bombes placées dans des trains de banlieue à Madrid ont tué 191 personnes. Les auteurs de l'attentat, tous membres d’une cellule terroriste locale, étaient idéologiquement très proches d’Al-Qaïda. Un an plus tard, quatre islamistes britanniques se sont fait exploser dans le métro londonien et dans un bus, faisant en tout 52 morts. Avant de passer à l’acte, les auteurs avaient été endoctrinés et entraînés au combat dans des camps d’Al-Qaïda au Pakistan.
Le renforcement de la coopération européenne dans la lutte antiterroriste a suffisamment affaibli les réseaux d’Al-Qaïda pour qu’au début des années 2010, la menace semble largement écartée.
Al-Qaïda est encore active aujourd’hui, mais surtout en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Entre-temps, un autre acteur est monté en puissance: le groupe dit «Etat islamique» (EI).
Années 2010: la terreur de l’Etat islamique
Avec la proclamation du «califat» en 2014, en pleine guerre civile syrienne, le terrorisme islamiste a connu un nouveau pic. L’EI a attiré des dizaines de milliers de combattants, dont beaucoup venaient d’Europe. Cette mobilisation reposait sur une campagne de recrutement en ligne particulièrement agressive, menée dans quelque 80 pays. Le profil des auteurs a lui aussi évolué: les militants pieux qui caractérisaient Al-Qaïda ont ont été peu à peu supplantés par une foule de petits délinquants et d’aventuriers.
Avec sa stratégie, l’EI a importé le terrorisme directement en Occident. En Europe, ses partisans ont multiplié les attentats meurtriers. Entre 2015 et 2017, plus de 300 personnes ont été tuées au Bataclan à Paris, sur la promenade des Anglais à Nice, sur un marché de Noël à Berlin, ainsi qu’à Manchester, Bruxelles, Stockholm et Barcelone.
En 2019, une coalition internationale menée par les Etats-Unis a officiellement mis fin au «califat». Mais contrairement aux attentes de nombreux gouvernements, la menace terroriste islamiste n’a pas disparu.
Années 2020: des terroristes Tik-Tok
La guerre à Gaza, déclenchée après le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, a provoqué une nouvelle vague de radicalisation, comme avant elle la guerre en Irak et la guerre civile syrienne. Mais cette fois, le phénomène est beaucoup plus difficile à cerner: il ne se rattache clairement ni à une seule idéologie ni à une organisation précise.
Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans cette évolution. Aujourd’hui, la radicalisation se fait de plus en plus en ligne, souvent sans contact direct avec une organisation terroriste. De nombreux auteurs agissent seuls, piochent dans différentes idéologies et mêlent ces influences à des crises personnelles ou à des troubles psychiques. Le processus de radicalisation est aussi de plus en plus rapide, parfois quelques semaines suffisent. L’expert en sécurité Peter Neumann qualifie ces nouveaux profils de «terroristes TikTok».
A Villach, en Autriche, un homme de 23 ans a tué un adolescent de 14 ans en février 2025, après s’être radicalisé en ligne en quelques semaines seulement, selon les enquêteurs. L’attaque au couteau commise en 2024 à Zurich par un jeune de 15 ans contre un Juif orthodoxe est elle aussi considérée comme un cas de radicalisation islamiste en ligne.
Les experts avertissent que la prochaine vague terroriste pourrait être encore plus diffuse, davantage nourrie par les réseaux sociaux et encore plus difficile à détecter. (trad.: mrs)
