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Interview

«Il faut arrêter de considérer l'atmosphère comme une décharge»

Pour stabiliser le climat, il va falloir une réduction forte, rapide et durable des gaz à effet de de serre. Mais comment peut-on y arriver? Décryptage avec Suren Erkman, expert en écologie industrielle, pas vraiment tendre avec la Suisse.
10.08.2021, 06:0010.08.2021, 15:04
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Le rapport du Giec présenté ce lundi est on ne peut plus clair: pour éviter de nous retrouver à un point de non-retour, il faut agir rapidement sur nos émissions de CO2.

Agir rapidement, mais jusqu’à quel point?
Suren Erkman: On parle d’actions à réaliser dans la décennie qui vient.

Mais c’est très court!
Vous savez, on peut faire beaucoup de choses en 10 ans. Nous n’arriverons pas à arrêter totalement la production de gaz à effet de serre. En revanche, nous pouvons considérablement la diminuer sans pour autant ruiner l’économie. Pour les émissions qui restent inévitables, il s’agit de les absorber, afin de les stocker en dehors de l’atmosphère.

Suren Erkman, professeur honoraire d’écologie industrielle à l’UNIL et président de l’entreprise de conseil Sofies. Il a participé comme relecteur au rapport du 3e Groupe de travail du GIEC qui sera publié en mars 2022.
Suren Erkman
Suren Erkman Unil

Stocker le CO2?
Il faut cesser de considérer l’atmosphère comme une décharge! Il y a des compartiments naturels, comme les océans, les sols et les forêts qui absorbent le CO2. En plus, nous devons développer des techniques de captage et de stockage de ce gaz, notamment dans le sous-sol. Et aussi développer des techniques qui permettent de le valoriser dans des circuits économiques, par exemple sous forme de matériaux de construction.

Et on sait faire ça?
Dans les grandes lignes oui, mais maintenant il faut surtout développer ces savoir-faire à grande échelle. À l’échelle de la planète. Le principe même de stocker et d’utiliser le CO2 pour éviter qu’il ne s’accumule dans l’atmosphère est simple. Mais sa mise en œuvre est compliquée.

Concrètement, on commence où?
En fait, il faut restructurer les grands processus industriels. C’est là que se trouve le plus grand levier pour réduire les émissions des gaz à effet de serre: chimie (par exemple la production d’engrais), extraction minière, métallurgie (acier, aluminium etc.), matériaux de construction, filières énergétiques, etc. C’est également par le biais des grands procédés industriels que l’on peut capter et stocker ou valoriser les émissions résiduelles.

Mais comment motiver les industries à agir?
Il faudrait que le cadre politico-juridique du CO2 soit clarifié. Par exemple, ce gaz devrait passer du statut de déchet à celui de ressource valorisable. Cela permettrait de faire du CO2 une source de revenus pour les entreprises, pas seulement un coût. Les Etats doivent ensuite élaborer un cadre incitatif pour les industries qui favoriserait la recherche, le développement et la diffusion de nouvelles techniques, mais aussi des innovations sociales et économiques.

Et nous, comme individu, on fait quoi?
Bien sûr que nous pouvons agir, mais le consommateur est en bout de chaîne. Nous dépendons des procédés de production en amont. Les consommateurs finaux ne sont directement responsables que de 15 à 20% des émissions de gaz à effet de serre.

«Le levier le plus important pour faire changer les choses rapidement et à grande échelle est donc bien du côté des grands procédés industriels et des infrastructures»

Et la Suisse dans tout cela?
Il me semble que la Suisse est très en retrait depuis quelques années. Elle n’a pas développé de vraie stratégie industrielle, contrairement par exemple à la Grande-Bretagne. La Suisse attend, elle suit ce que font les autres.

Vraiment?
Prenez le photovoltaïque. La Suisse a été parmi les premiers à développer cette technologie, il y a de vraies compétences en termes de recherche et développement dans notre pays. Mais après, il ne se passe pas grand-chose...

«La Suisse a pourtant tout pour bien faire. Elle n’a probablement pas cette culture politique en matière de stratégie industrielle qui permettrait de transformer l’essai et devenir un acteur clé au plan international»

On est plutôt mal barré, non?
Heureusement, il y a des entreprises et des pays qui sont bien avancés, en Europe, aux Etats-Unis, en Chine, au Japon, en Corée du Sud. Ces pays et ces entreprises ont une capacité d’entraînement.

Suren Erkman, vous avez participé comme relecteur pour le rapport du 3e Groupe de travail du GIEC, vous restez optimiste?
Ni optimiste ni pessimiste, mais engagé pour contribuer à mettre en œuvre des stratégies réalistes. Il y a énormément de choses intéressantes et utiles à réaliser. Pour cela, nous avons un besoin urgent de gens formés et motivés.

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