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Interview

La révélation d'Elon Musk peut (vraiment) faire du bien aux Asperger

This image released by NBC shows host Elon Musk delivering his opening monologue on

Image: sda

Le patron de Tesla a annoncé samedi qu'il était atteint du syndrome d'Asperger. Un symbole positif pour tous ceux qui, comme lui, souffrent de ce trouble? Une psychologue et une personne diagnostiquée nous répondent.



Les caméras du show Saturday Night Live (SNL) étaient braquées sur lui. Il l'a lâché, au monde entier. Elon Musk a déclaré être atteint du syndrome d'Asperger ce samedi.

La révélation du fantasque patron de Tesla et de SpaceX est-elle une bonne chose pour toutes les personnes qui sont touchées par ce trouble du spectre de l'autisme? Pour lever un certain tabou autour d'une réalité pourtant fréquente? La psychologue FSP Catherine Gasser, spécialisée dans l'autisme, à Givisiez (FR) apporte son regard à chaud.

Sur le plateau de SNL, Elon Musk a dit être le premier invité de l’émission atteint du syndrome d’Asperger, ou du moins «la première (personne) à l’admettre». Pourquoi les concernés ont de la peine à sortir du bois?
Pour un adulte qui se sait Asperger (ce qui n’est pas toujours le cas), il n’est effectivement pas facile de le reconnaître publiquement. Le faire, c’est montrer une différence, c’est affirmer qu’on n’est «pas comme les autres». Pourtant, certaines personnes en sont fières et portent cette différence. Elon Musk semble avoir choisi cette posture. Elle arrive plutôt dans le cas où la personne est à l’origine de belles réussites.

Voyez-vous d’un bon œil cette révélation publique, pour les personnes diagnostiquées ou leurs proches?
C’est difficile à dire parce qu’Elon Musk est une personnalité controversée. Mais je trouve que cette sortie du bois est plutôt une bonne chose, tout comme celle de Greta Thunberg l’avait été il y a quelques années (elle est aussi Asperger). La révélation d’Elon Musk illustre le parcours de quelqu’un qui a réussi avec un cerveau innovatif, qui a cheminé sans frein et osé expérimenter. En ce sens, elle montre que le syndrome d’Asperger n’est pas uniquement «un problème» qui nécessite de l’aide: il peut aussi amener des découvertes à la société.

«Ça rappelle aussi que c’est un syndrome assez fréquent - il touche une personne sur 100, voire une sur 60. Ne pas se cacher et en parler, c’est souvent positif»

Cela ne met-il pas aussi la pression aux Asperger qui ne «réussissent pas» de façon extraordinaire?
C’est justement possible et ça peut être contreproductif. Beaucoup de personnes autistes font face à d’énormes obstacles. Eux, ne le vivent vraiment pas comme un avantage. Il faut faire attention: tout le monde ne sera pas Elon Musk.

Le patron de Tesla a aussi affirmé «ne pas être diabolique, mais seulement incompris». Un sentiment «classique» pour les Asperger?
Tout à fait, le terme est très juste. Ils sont incompris parce que les autres les considèrent comme asociaux ou excentriques. Cela est dû à leurs difficultés de compréhension des états mentaux d’autrui dans leurs relations sociales, notamment. Ils sont parfois trop sincères et facilement exposés à des moqueries. Ils cherchent à entrer en contact avec l’autre, mais tombent souvent «à côté», n’arrivent pas à suivre une conversation ou parlent du même sujet pendant des heures sans voir qu’en face, on a décroché.

Elon Musk a justifié quelques controverses avec ces mots: «Je dis ou je poste des choses étranges, mais c’est justement la façon dont travaille mon cerveau». Le cerveau des Asperger est-il différent?
Non, il est «câblé» pareillement que celui de n’importe quel humain. La structure ne change pas, c’est le fonctionnement qui diffère. Et visiblement, Elon Musk est renseigné sur le sujet.

«J'ai eu les frissons»

Paul M. est diagnostiqué Asperger. Lorsqu'il a lu dans la presse qu'Elon Musk avait révélé son syndrome, il a été bouleversé: «J'en ai eu les frissons. Et je crois que je l'avais deviné...». Délégué pour le Groupe Asperger au sein de l'association Autisme Suisse romande, il raconte: «Le fait qu'une personne d'une telle renommée médiatique ait eu le courage de le dire est un vrai coup de pouce pour nous. Je n'ai pas pu m'empêcher de me dire: C'est un grand jour pour les gens comme moi».

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