Suisse
interview watson

La cheffe des associations d'ainés plaide pour la 13e rente AVS

Bea Heim, présidente de Faros, Fédération des associations des retraités et de l'entraide en Suisse
Bea Heim est présidente du comité de la Fédération des associations de retraités suisses.keystone /dr (montage watson)

«Le Parlement a décidé de ne pas parler de la pauvreté des aînés»

L'initiative destinée à verser une 13e rente AVS annuelle à la population n'est pas très bien partie. Le projet «Mieux vivre à la retraite» a été balayé au National. Les milieux de défense des aînés s'en désolent.
15.12.2022, 06:2015.12.2022, 17:49
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Le Conseil national vient de refuser de recommander l'initiative «Mieux vivre à la retraite», qui veut voir la création d'une 13e rente AVS, sur le même modèle que celui du 13e salaire. Il sera traité au Conseil des Etats l’année prochaine, où il a toutes les chances de subir le même sort.

Le texte a été refusé mercredi après-midi par 123 voix (droite et centre) contre 67 (gauche). Le soir même, le PLR s’en est réjoui, dénonçant une «proposition populiste et électoraliste».

Qu'en pensent les associations qui défendent les intérêts des personnes âgées? Bea Heim est à la tête de la Fares, la Fédération des associations de retraités et de l'entraide en Suisse, qui compte 20 organisations et plus de 130 000 membres.

Cette socialiste, ancienne conseillère nationale soleuroise, qui a quitté les rangs du Parlement en 2019, ne cache pas son soutien pour l'initiative. Ses arguments, dit-elle, elle les tient des retours concrets des associations qui proviennent jusqu'à son bureau.

La droite, qui a eu gain de cause aujourd'hui au Parlement, dénonce une fausse bonne idée avec cette initiative. Que leur répondez-vous?
Bea Heim:
Qu'il est nécessaire de toute urgence d'améliorer les rentes des personnes qui touchent une petite retraite. Je suis aussi présidente de la section soleuroise de Pro Senectute et je peux vous assurer que de plus en plus de personnes âgées n'arrivent plus à joindre les deux bouts pour subvenir aux frais de la vie quotidienne.

«Il semble que le monde politique ne veuille pas prendre en compte la réalité sociale de ce pays»

Les discussions tenues au Parlement sont décevantes. On y admet que la pauvreté parmi les personnes âgées est une réalité, et pourtant on échoue à entreprendre quoi que ce soit. Il y a 200 000 personnes considérées comme pauvres en Suisse, et un nombre encore plus élevé proche du seuil de pauvreté.

«Et avec l'inflation, la situation va empirer»

Aujourd'hui au National, Samuel Bendahan a indiqué qu'en vingt ans, les rentes avaient augmenté de 15% mais les loyers, de 30%. Les primes maladies ont doublé et les frais de chauffage ont aussi massivement augmenté. La conséquence, c'est qu'il reste toujours moins dans les poches des retraités pour boucler leurs fins de mois.

La Fares compte parmi ses associations membres l’USS, à l’origine du texte, l'Avivo, qui milite en faveur de l'initiative, ou encore «SP 60+», un groupe de travail du Parti socialiste destiné aux aînés. Les retraites sont-elles condamnées à rester une thématique de gauche?
Je tiens à rappeler que la Fares est politiquement et confessionnellement neutre et s'engage pour les intérêts et la qualité de vie des seniors. Notre comité soutient cette initiative et nous avons des raisons de penser que cette position sera partagée par nos membres lors de notre prochaine assemblée des délégués.

A quelle catégorie de rentiers cette 13e rente pourrait-elle être bénéfique?
A tous les rentiers. Mais en particulier les personnes ayant des rentes basses, mais aussi moyennes. Cela va évidemment aussi beaucoup aider les femmes, car beaucoup d'entre elles ne peuvent pas se reposer sur un solide deuxième pilier. Un tiers des retraitées ne peut compter que sur l'AVS. Mais cela ne suffit pas pour vivre dignement.

«En arrivant à la retraite, une femme sur neuf est tributaire des prestations complémentaires»

Qui des prestations complémentaires?
Elles sont un palliatif politique, car le système de retraites ne suffit pas. Selon la Constitution, les rentes doivent couvrir les besoins vitaux de manière appropriée. Or, plus le temps passe, moins c'est le cas. En-dehors des prestations complémentaires, de plus en plus de personnes âgées ont besoin d'une aide financière supplémentaire, par exemple pour les frais dentaires ou de santé. Mais aussi pour payer les frais de chauffage.

«De nombreuses personnes âgées ont honte de faire valoir leurs droits et d'aller demander ces aides, alors qu'elles en auraient urgemment besoin»

Avec un mois de rente supplémentaire, le risque n’est-il pas que les prestations complémentaires des plus pauvres diminueront mécaniquement et que de l'argent supplémentaire tombera dans les poches de ceux qui n'en ont pas le plus besoin?
Non, l'initiative stipule expressément qu'une 13e AVS ne doit pas réduire le droit aux prestations complémentaires ni leur montant...

La pauvreté parmi les personnes âgées est-elle encore un tabou?
Un tabou, non.

«Mais je crains que le sujet ait été délibérément oublié au Parlement»

Il n'est même pas prêt à s'attaquer au problème avec un contre-projet. Cela me déçoit. Il est urgent d'agir. J'ai été députée pendant 16 ans et j'ai toujours entendu dire que les personnes âgées coûtaient trop cher à l'Etat. Les discussions sur la qualité de vie des seniors ont été trop rares. Plusieurs propositions d'allégements fiscaux ont été lancées sans considérer si et comment les problèmes sociaux (et écologiques) urgents pouvaient être résolus. Grâce aux référendums, cette réduction d'impôt a été empêchée.

«Personne ne s'est soucié des conséquences sociales»

En politique, il s'agit d'avoir la vue d'ensemble, de mettre en place des mesures cohérentes entre sécurité sociale, emploi, commerce et assurer la cohésion sociale dans le même temps.

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