Suisse
Interview

13e rente AVS: «La gauche a gagné, c'est une leçon»

Nationalraetin Tamara Funiciello, SP-BE, Benoit Gaillard, Kommunikation SGB, Pierre-Yves Maillard, Praesident des Schweizerischen Gewerkschaftsbundes SGB, und Daniel Lampart, Chefoekonom SGB, von link ...
Le chef de la communication de l'USS, Benoît Gaillard (au centre), et le président de l'USS Pierre-Yves Maillard, à sa gauche, jubilent à l'annonce des résultats. Berne, 3 mars 2024.Image: KEYSTONE
Interview

«En défendant les fondamentaux, la gauche a gagné, c'est une leçon»

Professeur à l'Université de Genève, spécialiste de la politique suisse, Pascal Sciarini analyse les raisons de la victoire du oui à la 13ᵉ rente AVS: la priorité accordée au social et à l'économie, le rôle du vote UDC, entre autres.
03.03.2024, 15:1504.03.2024, 08:45
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Qu’est-ce que ce «oui» net à l’introduction d’une 13ᵉ rente AVS dit de la Suisse?
Pascal Sciarini: Cela nous dit qu’il y a toute une partie des Suisses qui a besoin d’air. Même en Suisse, pays privilégié, des segments de la population ont souffert de l’inflation, de la diminution du pouvoir d’achat, mais aussi, probablement, de la baisse des rendements du deuxième pilier.

Peut-on qualifier ce vote d’historique, dans la mesure où, pour la première fois, une initiative sociale portée par la gauche, en l’occurrence l’Union syndicale suisse, l’emporte?

«Oui, de ce point de vue, le mot "historique" n’est pas galvaudé. Ce n’est pas la première fois que les syndicats lancent une initiative, mais c’est la première fois qu’ils obtiennent gain de cause devant le peuple»

Sur un même thème, il y a huit ans, l’initiative AVSplus, qui demandait 10% d’augmentation des rentes, avait été rejetée à 59%. Il y a donc aujourd’hui une inversion de la tendance, sachant que la présente initiative acceptée prévoit une hausse de 8% des rentes. Nous assistons à un événement assez marquant du point de vue de la politique sociale et des demandes formulées par les syndicats. D’habitude, le soutien aux initiatives de gauche s’étiole à mesure qu’on avance dans la campagne et que le Conseil fédéral fait part de ses arguments. Cette fois-ci, la tendance de départ s’est maintenue jusqu’au bout.

L'auteur de l'etude le professeur Pascal Sciarini du Departement de science politique et relations internationales de l'Universite de Geneve presente son etude sur les demissions dans l ...
Pascal Sciarini.Image: KEYSTONE

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Le «oui» à la 13e rente aurait-il été possible sans la base de l’UDC?
D’après la dernière enquête, l’électorat UDC était contre l’initiative à 60% et pour à 40%. Mais il est certain que ces 40% ont contribué à la victoire du «oui».

«Dans un certain nombre de cantons alémaniques, il est probable que les votants UDC ont fait pencher la balance en faveur de l’initiative»

Est-ce que ce résultat est de bon augure pour la gauche en vue de la prochaine votation soutenue par elle, le 9 juin, portant sur le plafonnement à 10% du revenu des primes d’assurance-maladie?
Le résultat de ce dimanche va probablement booster la gauche. Cela va lui donner de l’énergie et la remplir d’optimisme en vue du 9 juin prochain. Même dans un contexte où la droite dépense beaucoup plus d’argent que la gauche dans les campagnes de votation, la gauche, soutenue par des sondages favorables, a réussi jusqu’au bout à récolter de l’argent pour financer l’initiative sur la 13ᵉ rente.

Est-ce que la Suisse est toujours la Suisse?
Oui, bien sûr, il ne faut pas exagérer le sens du résultat de ce dimanche. On aurait pu aussi se demander après les élections fédérales d’octobre, marquées par une poussée de l’UDC, si la Suisse était toujours la Suisse.

«C’est la beauté du système suisse d’avoir d’un côté des élections donnant l’impression que la droite populiste va s’imposer dans la durée, suivies, quelques mois plus tard, d’un succès important pour la gauche»

Justement, les résultats des élections fédérales d’octobre et celui sur la 13e rente AVS ne sont peut-être pas si contradictoires. La branche sociétale de la gauche ne doit peut-être pas se faire trop d’illusions. Le vote sur la 13e rente est un vote de pouvoir d’achat. Il ne préjuge en rien du vote des citoyens à l’initiative de l’UDC plafonnant le nombre d'habitants en Suisse à 10 millions, si cette initiative aboutit.
En effet, le «oui» à la 13e rente veut dire que la gauche a réussi, sur cet objet précis, à ratisser très large, à prendre des voix au centre et à droite. Egalement des voix chez ceux qui ne se sentent proches d’aucun parti. Le sondage GFS de février montrait que 70% de ces personnes-là allaient voter «oui».

Les questions de revenu, quand on en dispose de peu, nourrissent des angoisses existentielles. La présente angoisse existentielle, momentanément atténuée par le «oui» à la 13e rente, ne témoigne pas nécessairement d’une bascule à gauche du pays sur les autres sujets. Qu’en pensez-vous?
Absolument. Il ne faut pas surinterpréter le résultat de ce vote. Il y a là quand même une leçon pour la gauche.

«Cette leçon, c'est celle qui consiste à revenir aux fondamentaux, la politique sociale et économique, et à peut-être ne pas perdre trop d’énergie à défendre des enjeux sociétaux hyper-progressistes, qui provoquent des contre-réactions dommageables pour les partis de gauche»

En ce sens, peut-on dire que la ligne Maillard, qui n’est pas sociétale, mais matérialiste, est un plus pour la gauche en Suisse?
Oui, c’est un plus. Et le fait qu’il soit maintenant à la tête du plus grand syndicat du pays ajoute à cette démonstration. Il vient lui-même du milieu qu’il défend. Il est perçu comme crédible et légitime pour défendre les intérêts des travailleurs.

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