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Interview

Le monde de la danse favorise-t-il le harcèlement sexuel? «Ça dépend»

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Image d'illustration. Image: Shutterstock

Les accusations d'abus sexuels dans la danse tombent en chaîne en Suisse romande. Faut-il les voir comme des signes d'un système propice au harcèlement? L'éclairage d'un sociologue.



Derrière les rideaux rouges, la noirceur. Sous les projecteurs, le ballet des révélations. Les accusations d’abus ou de harcèlement sexuel dans la danse s’égrainent en Suisse romande depuis quelques mois.

Il y a d'abord eu Interface. Le Nouvelliste levait le voile sur des témoignages accablant le fondateur de cette compagnie de danse valaisanne. Il y a aussi eu le séisme au Béjart Ballet Lausanne. Et, il y a quelques jours seulement, la condamnation d’un chorégraphe genevois pour attouchement sexuel, révélée par 24 heures et La Tribune de Genève.

Prenons un pas de recul. Pierre-Emmanuel Sorignet est sociologue. Il connaît tout, ou presque, du monde de la danse et l'a même étudié de l'intérieur. Le spécialiste y voit-il un terrain particulier pour les violences sexuelles? Interview.

Pierre-Emmanuel Sorignet

Il est sociologue, ethnologue et maître d'enseignement et de recherche à l'Université de Lausanne. Il a aussi été danseur durant une quinzaine d'années. Ses publications portent majoritairement sur cette profession. Il a notamment publié l'ouvrage: «Danser, enquête dans les coulisses d'une vocation», (2012, La Découverte).

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Image: Niels Ackermann

Les affaires tombent les unes après les autres. Sont-elles les signes d’un système, au coeur de la danse, qui favorise le harcèlement sexuel?
Tout d’abord, il faut distinguer les champs de la danse classique et de la danse contemporaine. Ils sont très différents. Mon expérience m’a très concrètement montré que dans celui de la danse contemporaine, le harcèlement sexuel n’est pas systémique. On y trouve des positions davantage équilibrées entre les genres que dans le théâtre et le cinéma, pour parler des mondes du spectacle, et que dans la banque, par exemple, pour parler d’autres mondes professionnels. Il y a beaucoup de femmes à des postes haut placés, par exemple à la direction de compagnies.

«Dans la danse contemporaine, le harcèlement sexuel apparaît comme la manifestation de cas individuels qui ne permettent pas de faire une montée en généralité»

C’est un tout petit milieu. On est vite mis au courant des cas problématiques, mais il y en a peu, et surtout ils ne permettent pas de conclure à la dimension systémique de ce type d’abus de pouvoir.

Le milieu de la danse classique est-il différent sur le plan des violences sexuelles?
Absolument. Sa structure peut favoriser les abus. C’est un monde ultra hiérarchisé, un univers de docilité où on apprend à obéir dès le plus jeune âge au sein des formations d’excellence, où la sélection est féroce. On apprend à être dépendant des différentes figures d’autorité, de l’enseignant au chorégraphe en passant par le maître de ballet. La consécration, par exemple le fait d’obtenir un rôle, va dépendre du bon vouloir du maître de ballet. Les dispositions à la déviance y sont beaucoup plus propices: quelqu’un va vouloir par exemple s’attribuer des faveurs sexuelles au regard de la position de pouvoir qu’il occupe.

«N’oublions pas que le harcèlement sexuel est d’abord lié aux rapports de pouvoir et pas au sexe»

L’utilisation du corps, forcément centrale dans la danse, brouille-t-elle les limites de ce qui est intime ou pas?
L’intime est un objet de recherche sociologique. La perception de ce qui constitue l’intimité change en fonction de notre position sociale, de la façon dont on a été élevé, du contexte professionnel. Et tout cela est superposé à une définition juridique de «la sphère intime». Les limites sont compliquées à établir, de manière stable, dans le cadre d’une discipline artistique qui joue avec les représentations et les variations de ce qui fait «l’intime».

Pourquoi?
Ce qui est considéré comme déviant par une personne va ne pas l’être pour une autre. C’est pour cela que l’explicitation, le dialogue et l’accord mutuel entre l'employeur-chorégraphe et l'interprète-employé est indispensable lorsqu’on travaille sur ces terrains-là. Cela ne relève pas de la morale mais de la condition de possibilité de la transgression, au cœur de la démarche artistique, dans un environnement où chacun des protagonistes sait pourquoi il fait ce qu’il fait et adhère à ce qu’on lui fait faire.

En danse, le corps est un outil de travail. Il y a parfois de la nudité. Comment le cadre est-il fixé?
Les limites doivent être établies comme dans une entreprise, par ceux qui ont des responsabilités. Les danseurs se fixent aussi leurs propres limites personnelles. La communication est centrale.

«Il est clair que la démarche artistique ne doit en aucun cas donner l’occasion, pour un employeur-créateur qui souhaite conquérir sexuellement des jeunes filles ou des jeunes hommes, de profiter de la position de pouvoir dans laquelle il est»

Dans l’affaire de la compagnie Interface, par exemple, aucun témoin n’avait porté plainte. Le silence est-il endémique?
On peut se taire pour plein de raisons, mais surtout parce qu’on a peur. Dans tout univers professionnel, la question du silence dépend de la position que l’on occupe dans la hiérarchie. On se tait si notre position ne donne pas de valeur à notre parole. On craint alors de «se griller». Même si je n’ai jamais vu de «blacklistage» dans le milieu de la danse contemporaine.

Enfin, comment faire pour que le harcèlement et les abus sexuels cessent?
Il faudrait des contre-pouvoirs à l’intérieur des ballets classiques, puisque c’est là où une forme de système peut apparaître. Diviser le pouvoir pour éviter qu’il soit entre les mains d’une seule personne. Il faut instaurer des collectifs professionnels, des syndicats, leur donner les moyens pour qu’ils soient de véritables contre-pouvoir et ne pas déléguer cela aux seuls associations militantes.

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