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Migros: Les habitants de St-Aubin ne veulent pas de Micarna

Migros se met à dos les habitants d'un village romand

Le lobby de la viande érige le poulet au rang de bien culturel, alors que les écologistes y voient le nouvel ennemi à abattre. La tension est extrêmement vive dans un village fribourgeois où Migros a de grands projets et se heurte à une avalanche d'oppositions.
29.08.2024, 06:05
Julian Spörri / ch media
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1900 habitants, une poste, un restaurant et pas d'hôtel: St-Aubin n'a à priori pas de quoi attirer l'attention. Mais depuis que Micarna, une filiale de Migros, veut construire le plus grand abattoir de volailles du pays dans cette localité fribourgeoise, rien n'est plus comme avant.

Plus de 30 millions de poulets devraient y être abattus chaque année, au plus tôt à partir de 2028. Micarna veut remplacer un abattoir vieillissant de taille similaire situé à Courtepin, à quinze kilomètres de là. Il approvisionne les magasins de toute la Suisse.

Les poulets Micarna sont distribués dans toute la Suisse depuis l'abattoir de Courtepin FR.
Préparation des poulets qui garniront les barquettes des magasins Migros. Image: Micarna

L'opposition au projet sur le site du parc d'innovation Agrico à St-Aubin vient également des quatre coins du territoire: alors que les voisins redoutent un surcroît de trafic routier et des odeurs nauséabondes, les écologistes argumentent en faveur du bien-être des animaux et de la réduction de la consommation de viande.

La commune a dû engager temporairement deux personnes pour faire face à un afflux d'oppositions: 1817 au total, comme elle l'a indiqué mardi. Elles concernent sept projets individuels dans le parc d'innovation Agrico. Les organisations de protection de l'environnement avaient appelé à protester contre Micarna en déposant des recours contre tous les projets, à l'exception de l'arrêt de bus.

Environ 600 personnes et institutions ont répondu à l'appel. Mais seuls 10% des opposants résident à St-Aubin. Plus de la moitié d'entre eux vivent en dehors du canton. C'est la préfecture de la Broye qui décidera de maintenir ou de lever les oppositions.

Les touristes se joignent à la manifestation

Des oppositions de personnes domiciliées à Ostermundigen (BE), Rapperswil (SG) ou encore Nebikon (LU) ne faisaient pas partie de la stratégie, explique Athénaïs Python. Elle est membre de la Ligue suisse contre l’expérimentation animale et pour les droits des animaux (LSCV). A cause des vacances, il y a toutefois beaucoup moins de monde dans les villages directement concernés, explique la Fribourgeoise.

«Nous sommes allés à la rencontre des gens sur les rives voisines des lacs de Neuchâtel et de Morat pour attirer l'attention sur les revers du projet».
Athénaïs Python

De nombreux touristes de Suisse alémanique fréquentent régulièrement la région - ils ont signé des modèles d'opposition pré-écrits. Athénaïs Python estime que «tout le monde peut faire barrière à un projet qui est terrible pour les animaux et la planète».

Le président de la commune, Michael Willimann, s'inscrit en faux contre cette affirmation:

«De nombreuses personnes ont signé l'opposition comme une pétition. Mais pour tenter de stopper un projet de construction en tant qu'individu, il faut être directement concerné, par exemple par le bruit. Il ne suffit pas de défendre l'opinion selon laquelle nous devons manger moins de viande».

Selon l'élu, la région soutient le nouvel abattoir. Il regrette que les personnes extérieures aient manqué d'informations factuelles à propos de ce projet «émotionnel».

Cette forte tension ne doit rien au hasard: le lobby de la viande et les défenseurs de l'environnement se disputent la «vérité du poulet», qui n'a jamais été aussi populaire en Suisse. L'année dernière, sa consommation par habitant était de 14,7 kilos, selon l'interprofession Proviande. C'est 55% de plus qu'il y a 20 ans (9,5 kilogrammes). En revanche, la consommation de porc a baissé de 25,2 à 19 kilos. Pour le boeuf, on est resté aux alentours de dix kilos. Ces chiffres désignent la quantité de viande prête à la consommation.

Affrontement narratif

Plusieurs facteurs expliquent ce boom: la volaille coûte moins cher, et des personnes de toutes les religions peuvent en manger. Elle est aussi pauvre en graisses et riche en protéines. Une véritable alliée des jeunes sportifs. «La génération Z stimule énormément les ventes», confirme Heinrich Bucher, directeur de Proviande. Mais les personnes âgées se détournent aussi de plus en plus de la viande de porc pour des raisons de santé:

«On observe un changement de culture. Autrefois, on mangeait du cervelas avec du pain pour un repas de fête, aujourd'hui c'est plutôt nuggets et frites».
Heinrich Bucher, directeur de Proviande

L'image positive du poulet représente un casse-tête pour les organisations de protection de l'environnement. D'autant plus que son bilan climatique est meilleur que celui des autres produits carnés. Selon les études, les émissions de gaz à effet de serre sont deux à trois fois moins importantes que de la viande rouge.

Malgré tout, Greenpeace, qui combat l'abattoir de St-Aubin, jette un regard critique sur ces nouvelles habitudes alimentaires:

«Il est important de réduire globalement la viande au profit des produits végétaux, dont le bilan environnemental et climatique reste nettement meilleur»
Barbara Wegmann, experte en consommation.

Selon elle, il faut insister sur le fait que la production de viande de poulet n'est pas adaptée au site. Elle dépendra en effet fortement de fourrages importés et donc de l'agriculture intensive.

Reste à savoir si ce point de vue l'emportera sur l'image positive sur laquelle surfe le poulet. Chez Proviande, on reste serein. Le directeur Bucher mise sur la notion de plaisir:

«Les discussions sociopolitiques n'auront qu'une influence très limitée sur ce point»

Un porte-parole de Migros assure pour sa part que la production se poursuivra à Courtepin jusqu'à ce que la nouvelle installation soit en place. «Mais plus vite nous pourrons construire à St-Aubin, mieux ce sera du point de vue du bien-être animal, des conditions de travail et du développement durable».

Traduit de l'allemand par Valentine Zenker

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