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Awa Diédhiou vise un poste de conseillère communale socialiste à Renens (VD).
Awa Diédhiou vise un poste de conseillère communale socialiste à Renens (VD).Image: DR
Interview

Candidate étrangère, Awa Diédhiou est élue à Renens (VD)

Particularité des cantons de Vaud, Fribourg, Neuchâtel et Jura, les étrangers peuvent être élus dans leur commune. Un droit qu'ils sont encore peu nombreux à utiliser. Candidate à Renens, Awa Diédhiou s'était confiée à Watson quelques jours avant son élection.
06.03.2021, 09:0007.03.2021, 19:50
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Ce dimanche, au moment d'élire ceux qui les représenteront pour les cinq prochaines années, Vaudois et Fribourgeois ont pu glisser le nom d'un compatriote mais aussi celui d'une personne étrangère. Arrivée en Suisse en 2005 pour ses études, la Sénégalaise Awa Diédhiou, faisait partie de ces candidats sans passeport à croix-blanche. Elle a été élue dès le premier tour à Renens.

Aujourd'hui intervenante sociale et veilleuse dans une structure d'accueil d'urgence de nuit, cette dynamique quadragénaire confie sa volonté de participer à la vie publique helvétique et de se faire naturaliser un jour. Fille d'un officier de gendarmerie, elle assure que la rigueur de son père l'a aidée à s'adapter à la culture suisse.

Qu'est-ce qui vous a motivé à vous lancer en politique en Suisse?
Awa Diédhiou:
C'était une continuité, j'ai fait de la politique au Sénégal durant quatre ans à côté de mes études, je faisais partie d'un parti d'opposition (réd: elle ne souhaite pas préciser lequel par crainte d'éventuelles représailles). Cela m'a beaucoup apporté donc j'ai eu envie de continuer en Suisse. Dans une ville comme Renens, il y a 50% de population étrangère, il est donc important de faire entendre notre voix et de participer aux prises de décision. Si on ne fait rien, les décisions seront prises par d'autres et nous, on ne fera que subir. Il est nécessaire de ne pas rester passif mais d'être actif afin d'avoir un impact sur notre ville.

«En Suisse, j'ai l'impression que la politique est différente, que l'avis de la minorité est davantage pris en compte.»

Cela vous a surpris que la Suisse donne la possibilité à des étrangers d'être élus?
C'est vrai que je ne m'y attendais pas. Quand je suis arrivée ici, on m'a montré une Suisse pas très favorable aux étrangers, notamment à travers les propos d'un parti comme l'UDC. D'ailleurs, à mon arrivée à Lausanne, je n'avais qu'une envie, c'était de rentrer chez moi: on était bien loin du pays des droits de l'homme qu'on imagine au Sénégal. Avec le temps, j'ai appris à connaître la mentalité de certains Suisses et je me suis rendu compte qu'il y avait aussi des partis qui défendaient le vivre ensemble donc mon image de la Suisse a évolué en positif. Et quand je me suis documentée et que j'ai découvert que les étrangers pouvaient être élus au niveau communal, j'ai beaucoup apprécié. Au Sénégal, ce n'est pas possible de participer à la vie politique sans avoir la nationalité.

Awa Diédhiou lors de la campagne PS à Renens (VD).
Awa Diédhiou lors de la campagne PS à Renens (VD).

Vous pensez pouvoir apporter un regard différent?
C'est sûr qu'avec mon parcours, je crois que je peux apporter quelque chose de mon expérience de la politique sénégalaise. A mes yeux, l'intégration va dans les deux sens. Bien sûr, il faut connaître et s'adapter aux manières de faire des Suisses mais, au Sénégal, j'ai aussi appris à aller davantage vers les gens, à communiquer, à informer ceux qui ne voient pas l'intérêt d'aller voter. Je pense aussi que la politique est une manière pour nous, la population d'origine étrangère, d'être plus visible et de lutter contre certaines peurs à notre égard. Souvent, on est jugé sur nos origines, notre couleur de peau sans que les gens nous connaissent vraiment.

En 2017, une étude dans le canton de Neuchâtel avait montré que seuls 4% des élus étaient étrangers alors qu'ils représentaient 17% de la population. Comment faire pour améliorer ces chiffres?
Les personnes étrangères essaient d'être visibles, d'aller sur le devant de la scène mais, au final, tout le monde vote. C'est bien beau de faire des discours d'équité sociale mais, dans les faits, j'ai l'impression que la population n'est pas encore prête à laisser les étrangers occuper des places avec des responsabilités prépondérantes. La Suisse est prête mais pas tout à fait. Le message que je perçois à notre égard, c'est: «Vous pouvez aider, distribuer des tracts, etc. mais quand les décisions deviennent importantes, c'est mieux que ce soit les enfants du pays qui les prennent.» Il y a encore beaucoup à faire pour véritablement faire confiance aux personnes issues de la migration et les laisser participer vraiment à la vie politique, sans à priori. Tant qu'ils sont ici, ils appartiennent à la société suisse et il faut prendre en compte ce qu'ils ont à dire.

«J'ai vu une affiche de campagne taguée. Le seul candidat défiguré, c'était le seul étranger. Cela m'a choqué, je l'ai très mal vécu.»

A l'inverse, est-ce que les personnes étrangères devraient s'impliquer davantage?
Bien sûr. A Renens, par exemple, il y a beaucoup d'étrangers qui n'ont pas encore voté. Certains n'ouvrent même pas l'enveloppe parce qu'ils ne se sentent pas concernés, ils ont l'impression qu'il ne se passera jamais rien. Mais si on veut vraiment changer les choses, il faut s'intéresser et s'impliquer. Voter, c'est le minimum. Même si c'est un travail de longue haleine, il faut quand même essayer.

Vous, vous avez hésité avant de vous présenter?
Oui, j'ai hésité un peu. Dans mon pays, quand je faisais de la politique, je passais inaperçue alors qu'ici, c'est différent. Mais, finalement, je me suis dit advienne que pourra. Si je me fais critiquer, c'est normal, je l'ai déjà vécu. Peut-être que cela aura un peu plus d'impact sur moi parce que je suis seule ici et que je n'ai pas ma famille pour me soutenir. Après, pour être honnête, je crois que si cela avait été dans un petit village à la campagne, je n'aurais pas osé m'engager ainsi. A Renens, nous avons plus de 100 nationalités différentes, cela a facilité les choses.

«Je me suis même mise à la neige», rigole Awa Diédhiou

Image: DR

Qu'est-ce que cela représenterait pour vous d'être élue dimanche prochain(interview réalisé avant son élection)?
Pour moi, ce serait une forme de reconnaissance de mon parcours ici. Aujourd'hui, je me sens Suissesse. Je me suis frayé une place, ça n'a pas toujours été facile, donc je serais très heureuse de voir mon nom affiché en tant que conseillère communale et de pouvoir participer au vivre ensemble. La politique est un outil incontournable pour le bon fonctionnement de la collectivité donc ce serait valorisant en tant qu'étrangère d'y participer. Cela montrerait qu'il est possible de contribuer en n'étant pas encore naturalisée. Mais, même si je ne suis pas élue, cela ne m'empêchera pas de continuer à prendre part à la vie de la cité et de me représenter dans cinq ans.

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