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«La crise d'angoisse, c'est quelque chose proche de l'arrêt cardiaque»

L’anxiété prend l’ascenseur chez les jeunes. Aide Suisse à la jeunesse et aux familles
Extrait du clip de sensibilisation réalisé par l'Aide suisse à la jeunesse et aux familles (ASJF) dans le cadre d'une campagne de sensibilisation sur l'anxiété chez les jeunes.Image: ASJF

«Lors d'une crise d'angoisse, on ressent quelque chose proche de l'arrêt cardiaque»

L'anxiété modérée à sévère est en hausse chez les jeunes en Suisse, surtout depuis ces deux dernières années. L'Aide suisse à la jeunesse et aux familles lance une campagne de sensibilisation. Entretien avec son vice-président.
23.09.2022, 18:3425.09.2022, 10:29
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Les pandémies qui ont marqué les deux dernières années, la guerre en Ukraine ou encore le dérèglement climatique: la période actuelle n'est pas toujours favorable à la tranquillité d'esprit. Chez les jeunes Suisses, l'anxiété modérée à sévère (c'est-à-dire celle qui handicape au quotidien), a fortement augmenté, comme le démontre une étude réalisée par Unisanté.

L'Aide suisse à la jeunesse et aux familles (ASJF) lance une campagne de sensibilisation, dans le but de visibiliser la thématique et d'apporter de l'aide à ceux qui en ont besoin. Rencontre avec son vice-président, Yannick Boillod.

Le clip de sensibilisation 👇🏻

Vidéo: watson

Vous venez de sortir un clip qui sensibilise sur l'anxiété, en hausse chez les jeunes en Suisse. Pourquoi?
Yannick Boillod: Depuis la pandémie, la santé mentale des jeunes entre 18 et 25 ans s'est considérablement dégradée. Ce sont eux qui, majoritairement, ont le plus souffert. Le sentiment de solitude était très fort et ça a fait beaucoup de dégâts. Aujourd'hui, un jeune sur quatre souffre d'anxiété modérée à sévère.

Est-ce que c'est dû aux semi-confinements?
Oui, mais pas que. Certes, ça a accéléré les choses: les jeunes n'ont pas pu sortir et vivre leurs expériences. Mais les 16, 17, 18 ans vivent dans l'instant présent. Ils ont donc, en effet, un goût amer de l'expérience Covid-19, mais ils ne sont plus anxieux à cause de ça aujourd'hui.

Yannick Boillod ASJF anxiété chez les jeunes en Suisse
Yannick Boillod, vice-président de l'Aide suisse à la jeunesse et aux familles (ASFJ).Image: ASJF

Qu'est-ce qui les rend anxieux, alors?
Avant 2020, l'anxiété chez les jeunes était liée à la pression des parents notamment, quant à leur performance: il fallait faire un choix de carrière très tôt, avoir les meilleures notes, terminer ses études à un certain âge.

Et en 2022?
Je ne vous l'apprends pas, nous vivons tous une période très compliquée actuellement. La guerre en Ukraine, le dérèglement climatique, les pandémies, la surpopulation. Moi, j'arrive à relativiser. Mais les jeunes se demandent «quelle place ils ont» au milieu de tout ce qui est en train d'arriver.

«L’avenir de la planète est notamment quelque chose qui les préoccupe beaucoup»

Leur anxiété est donc un état général, en réaction à ce qui se passe dans le monde?
Général, non: il y a plusieurs niveaux d'anxiété et chaque individu réagit de manière différente. Les sources d'anxiétés, en revanches, peuvent être constantes.

C'est-à-dire?
Les jeunes sont constamment connectés au monde, notamment via les réseaux sociaux. Ils voient en continu des images de ce qui se passe sur la planète.

«Elles s'accumulent et restent ancrées dans leur tête. Ils ne se rendent pas forcément compte des effets négatifs que cela peut avoir sur leur santé mentale»

Ajoutez à ceci le fait qu'ils se comparent constamment aux autres (sur les réseaux), qu'ils veulent plaire et être acceptés. Le cocktail est explosif.

Concrètement, comment est-ce qu'on observe cette hausse de l'anxiété?
Partout en Suisse romande, on a vu une augmentation du nombre de prises en charge des jeunes dans les hôpitaux psychiatriques. Le Centre neuchâtelois de psychiatrie (CNP), par exemple, a vu ses consultations augmenter de 30%.

Quels sont les symptômes décrits par les patients?
Avant toute chose, il est important de différencier la terminologie. L'anxiété est quelque chose que l'on peut tous ressentir: on anticipe une situation et on imagine des scénarios négatifs. Les troubles anxieux, en revanche, se caractérisent par une anxiété omniprésente (focalisation des pensées, tremblements, sentiment d'étouffement, bouffées de chaleur, souffle court). Ils handicapent le quotidien. Dans ces cas de figure, on évalue la menace de manière trop importante face au réel danger.

«En découlent des phobies sociales ou des crises d’angoisse, le paroxysme de l'anxiété. Sans comprendre les raisons de son état, on peut ressentir ici quelque chose qui – d'après les témoignages – est proche de l'arrêt cardiaque»

Actuellement, en Suisse, on observe beaucoup de crises d'angoisse chez les jeunes.

Si les effets sont aussi violents, comment se fait-il que la thématique soit peu connue?
De manière générale, on minimise tout ce qui a trait au psychique, contrairement au physique. «Ça ne se voit pas», et donc, «ça n'existe pas». On a également tendance à avoir honte de demander de l'aide. Au contraire: il faut être fort pour demander de l'aide. Mais effectivement, le sujet est peu connu. Et surtout, avec l'anxiété, les symptômes sont sournois, difficiles à déceler.

Sensibiliser, informer, communiquer: ça semble évident. Mais c'est ça, une partie de la solution?
Entre autres, oui. Il faut que les personnes qui souffrent de ces troubles puissent comprendre ce qu'ils vivent, et ainsi travailler dessus. Notre rôle à nous, par exemple, est de les rediriger vers les professionnels de la santé ou de travailler directement avec les établissements scolaires, pour briser le tabou de la santé mentale et encourager les jeunes à parler.

Et l'autre partie de la solution, alors?

«Il faut surtout prendre au sérieux la souffrance que certains jeunes peuvent ressentir»

Comme je l'ai déjà dit, nous vivons tous une période très compliquée. Et c'est encore plus lourd à porter pour la jeunesse. Il est important de l'écouter, de prendre en considération ses inquiétudes, et de l'accompagner du mieux possible. Si on comprend que la réalité des jeunes d'aujourd'hui est différente de celles des générations précédentes, on pourra entrer dans une dynamique de discussion positive.

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