Suisse
Justice

Sushi Mania: accusations de racisme dans la filiale de Migros

«Sale Noire»: du racisme dénoncé dans une filiale romande de Migros

Des salariés de l'entreprise Sushi Mania de Vuadens (FR) appartenant au groupe Migros, rapportent des propos racistes tenus sur leur lieu de travail. Le syndicat Unia a saisi le ministère public fribourgeois. Migros réagit.
21.07.2026, 11:1621.07.2026, 11:41

Les premiers faits rapportés remontent à avril 2025. Spécialisée dans la confection de mets asiatiques, l’entreprise Sushi Mania, située à Vuadens, dans le canton de Fribourg, offre un petit-déjeuner à ses collaborateurs, hommes et femmes, pour les remercier de leur engagement lors d’une période de travail intense. A cette occasion, une responsable de l’entreprise se plaint que certaines personnes auraient pris un deuxième croissant.

«Black monkeys»

Dans la foulée et en présence de plusieurs témoins, elle aurait utilisé le terme «black monkeys» (singes noirs) pour désigner plusieurs collaborateurs racisés présents dans la pièce.

Ces propos et d’autres de même acabit font l’objet d’une dénonciation pénale pour racisme adressée le 29 juin par le syndicat Unia au ministère public fribourgeois. Ce lundi 20 juillet, Unia a réuni les médias dans ses locaux à Fribourg pour les informer de situations de racisme à Sushi Mania, entreprise du groupe Migros. Des salariés de la société étaient présents à cette réunion pour livrer des témoignages en lien avec les propos dénoncés.

«Les musulmans travaillent mal»

En février dernier, lors du mois de ramadan, la période du jeûne musulman, plusieurs collaborateurs de confession musulmane de l’entreprise fribourgeoise auraient été la cible de propos racistes émanant de la même responsable, notamment des remarques selon lesquelles «les musulmans travaillent mal» ou qu'ils sont «sales», remarques accompagnées de reproches liés à la pratique du jeûne. Il aurait été interdit à ces même collaborateurs de s’exprimer en arabe sur le lieu de travail, alors que la responsable à l’origine des propos dénoncés s’exprime de manière usuelle en espagnol, relève Unia dans sa dénonciation pénale.

«Sale Noire»

Enfin, le 23 avril dernier, un «sale Noire» aurait été proféré, toujours par la même responsable, à l’endroit d’une salariée racisée. Ces propos auraient été tenus à la suite d’un différend survenu à 4h du matin ce jour-là. La responsable aurait demandé à la salariée racisée de procéder à l’intégration d’une nouvelle travailleuse pas encore formée sur la ligne de production. La salariée racisée aurait refusé, préconisant d’attendre l’arrivée de la responsable de la ligne et affirmant ne pas être en mesure depuis son poste de surveiller la nouvelle travailleuse.

Ce «sale Noire» est la goutte de trop. Confrontés à des remarques racistes et pour certains d’entre eux à des complications au sein de l’entreprise après les avoir dénoncées, une quinzaine de salariés de Sushi Mania, hommes et femmes, sollicitent l’aide de l’antenne fribourgeoises du syndicat Unia.

«Menaces de renvois

Dans une lettre adressée le 25 juin par Unia à la direction de Sushi Mania, le syndicat élargit la focale. Il fait état «de menaces de renvois ou de non-renouvellement de contrats, de sanctions arbitraires, de prise en charge lacunaire de blessures professionnelles, ainsi que d’inégalités de traitement à l’embauche et en matière de rémunération». Pour Unia, ces «éléments ne sont pas anodins».

«Pris dans leur ensemble, ils suggèrent que les propos racistes s’inscrivent dans un ensemble de pratiques professionnelles consistantes, produisant des effets concrets sur les conditions de travail et les parcours professionnel des personnes victimes.»
Syndicat Unia Fribourg

Sushi Mania à Vuadens emploie 200 salariés, dont 100 à 150 à la production. Selon des renseignements réunis par watson, parmi les personnes affectées à la production, environ 25 sont racisées, originaires d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb. L’entreprise emploierait un grand nombre d’étrangers, dont des Espagnols et des Portugais.

Précarité

Les témoignages recueillis font état de contrats de travail non affiliés à la CCT (convention collective de travail) de Migros, sans 13e salaire et avec seulement quatre semaines de vacances par an. A l’embauche, un salarié non qualifié percevrait entre 4200 et 4600 francs brut par mois. «C’est le genre d’entreprise qui permet d’obtenir un permis B», relève un salarié.

Des témoignages font état de conditions de travail pénibles, avec des ateliers de production où il fait «3°C» et d’autres où la température atteint «40°C». Un salarié rapporte:

«Il nous est parfois demandé de passer de l’un à l’autre du jour au lendemain, la transition est difficile»

Unia a envoyé un e-mail vendredi 17 juillet à l’Inspection du travail du canton de Fribourg pour l’informer de la situation observée à Sushi Mania. Quant au ministère public fribourgeois, il n’a pas encore réagi à la dénonciation pénale du 29 juin, signale Kamel Galley, secrétaire syndical.

Migros réagit

Sollicité par watson, le groupe Migros, par la voix de sa porte-paroles Estelle Cruchet-Hain, a réagi ce mardi matin à la dénonciation pénale pour racisme au sein de Sushi Mania:

«Dans l’ensemble de ses entreprises, Migros applique une politique de tolérance zéro envers toute forme de discrimination et de racisme. Nous prenons les accusations formulées par Unia au sérieux et les examinons avec toute l’attention requise. Dans l’attente des résultats des vérifications en cours, nous ne ferons pas d’autres commentaires.»
Estelle Cruchet-Hain, porte-parole de Migros
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