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La série The Belonging sur les footballeurs de la Nati choque

Breel Embolo (à gauche) et Manuel Akanji ont subi du racisme en Suisse, dans leur jeunesse.
Breel Embolo (à gauche) et Manuel Akanji ont subi du racisme en Suisse, dans leur jeunesse. image: watson

«On me traitait de nègre»: ce docu sur les stars de la Nati est glaçant

La série documentaire The Belonging – disponible sur Sky et Blue – raconte le racisme subi et les questionnements identitaires de certaines stars binationales du football suisse.
07.06.2026, 07:0507.06.2026, 07:05
François Schmid-Bechtel / ch media

«Nous créons des problèmes en autorisant la double nationalité. Il faudrait peut-être se poser la question: voulons-nous vraiment des doubles nationaux?» Près de huit ans se sont écoulés depuis que l’ancien secrétaire général de l’Association suisse de football, Alex Miescher, a prononcé cette phrase explosive.

En Suisse, une vaste polémique avait alors éclaté. Que ce soit au café du commerce ou sur les réseaux sociaux, dans les émissions de débat, les administrations ou les bâtiments gouvernementaux: les questions d’identité et d’appartenance étaient sur toutes les lèvres. Et tout cela parce que deux ou trois stars de la Nati avaient célébré leurs buts contre la Serbie à la Coupe du monde 2018 avec le geste de l’aigle bicéphale, symbole albanais.

Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri – Kosovars d'origine – ont célébré leurs buts contre la Serbie, au Mondial 2018, en faisant l'aigle bicéphale albanais.
Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri – Kosovars d'origine – ont célébré leurs buts contre la Serbie, au Mondial 2018, en faisant l'aigle bicéphale albanais. image: keystone

Lorsque la Nati s’est rendue aux Etats-Unis pour la Coupe du monde 1994, quatre des 22 joueurs avaient des origines étrangères. Dans le contingent que Murat Yakin – fils d’immigrés turcs – a sélectionné pour la phase finale, cette proportion atteint environ 60 %. Est-ce un problème? Non. Le constat selon lequel notre football sombrerait dans l’insignifiance sans les influences venues d’ailleurs, sans la rage des Secondos, sans l’attachement des doubles nationaux à la Suisse, s’est imposé jusque dans les coins les plus reculés de notre pays. Tout va donc pour le mieux? Pas toujours. Pas complètement.

La série documentaire The Belonging (qu'on peut traduire en français par «l'appartenance»), diffusée par Sky et Blue, raconte les histoires de footballeurs qui grandissent entre plusieurs cultures et plusieurs nations, et qui doivent, au fil de leur carrière, affronter des questions fondamentales liées à leur appartenance. Les épisodes 1 et 2 sont déjà disponibles, les épisodes 3 et 4 seront mis en ligne respectivement les 10 et 17 juin.

Dans les rôles principaux: les cracks de la Nati Manuel Akanji et Breel Embolo, ainsi qu’Ivan Rakitic, qui a grandi à Möhlin (AG) et qui a choisi la Croatie, le pays de ses parents, plutôt que la Suisse.

epa11412450 Manuel Akanji (L) and Breel Embolo (R) of Switzerland celebrate after winning the UEFA EURO 2024 group A match between Hungary and Switzerland in Cologne, Germany, 15 June 2024. EPA/OLIVIE ...
Akanji et Embolo sont au centre de la série documentaire The Belonging. image: Keystone

On retrouve aussi l’ancien junior du FC Bâle Albian Hajdari, aujourd’hui défenseur à Hoffenheim, qui a donné sa préférence au Kosovo il y a quelques mois. Et Gonçalo Fernandes da Silva, gardien talentueux de 18 ans de Grasshopper, dont les parents ont quitté le Portugal avec deux jeunes enfants pour s’installer en Suisse.

Un commentaire TV maladroit

La série commence par un séisme comme le football suisse n’en avait presque jamais connu avant, ni après: la célébration de Xhaka et Shaqiri avec l’aigle bicéphale lors de la victoire 2-1 contre la Serbie en 2018. On entend le commentateur indigné de la SRF Sascha Ruefer:

«Et puis ce geste, mais à quel point il est stupide!»

Et on l’entend, plusieurs années plus tard, revenir sur cet épisode:

«Je porte la responsabilité du fait que cela ait pris une telle ampleur. Si, à l’époque, je ne l’avais pas souligné aussi explicitement devant 1,8 million de téléspectateurs, si je n’avais pas dit qu’il s’agissait d’un message politique…»

Mais les débats enflammés sur les «vrais» Suisses et les autres auraient probablement aussi éclaté dans ce pays sans l’intervention de Ruefer.

Le teaser de The Belonging 📺

Cette affaire de l'aigle bicéphale et les débats qui ont suivi constituent une entrée en matière idéale dans le documentaire pour approfondir des thèmes comme l’origine, l’identité et le sentiment d’appartenance. La série – quatre épisodes d'environ 40 minutes chacun – montre à quel déchirement et à quelles influences sont soumis les joueurs lorsqu’ils doivent répondre à cette question: choisir le pays de mes parents ou ma nouvelle patrie?

Au fil du documentaire, l’évidence selon laquelle de jeunes footballeurs possédant deux passeports choisiraient la Suisse, et uniquement la Suisse, s’efface peu à peu. A la place, un sentiment s’installe: vu la difficulté que nous leur avons parfois imposée, il est plutôt étonnant qu’ils jouent pour la Suisse.

La superstar Eto’o a tenté de convaincre Embolo

Par exemple lorsqu'on découvre avec quelle intensité la superstar camerounaise Samuel Eto’o a tenté de convaincre Breel Embolo de rejoindre sa sélection. Ou lorsque la tante d’Embolo explique que «Breel n’est pas seulement mon enfant, mais l’enfant de tout un peuple. Quand vous arrivez dans un quartier au Cameroun, vous rencontrez 1 000 mamans de Breel.»

Switzerland's Breel Embolo celebrates after scoring 1-0 during the friendly soccer match between Switzerland and Jordan, at the kybunpark, in St. Gallen, Switzerland, Sunday, May 31, 2026. (KEYST ...
D'origine camerounaise, Breel Embolo aurait aussi pu jouer pour les Lions Indomptables. image: Keystone

Arrivé en Suisse à l’âge de six ans, il voit la chaleur des rues de Yaoundé se transformer en froideur émotionnelle du Petit-Bâle.

«Les premiers mois à l’école ont été très difficiles. J’étais rapidement tendu et mécontent, parce que je ne trouvais pas ma place. J’étais un garçon timide, ma seule réaction était l’agressivité. Les enfants peuvent faire très mal. Ce qui me provoquait le plus: la discrimination liée à ma couleur de peau.»
Breel Embolo

Le jeune gardien prometteur de GC, Gonçalo Fernandes da Silva (18 ans), raconte le harcèlement et les insultes subis à l’école, qui n’auraient cessé qu’après qu’il a commencé le football et montré qu’il avait du talent. Ce que la famille Akanji raconte dans le documentaire pousse encore davantage à la réflexion.

Les révélations choquantes de la famille Akanji

La mère du défenseur central de la Nati, une Suissesse, a rencontré son mari nigérian aux Etats-Unis. Parce que la Suisse offrait davantage de stabilité, le jeune couple a choisi Winterthour comme lieu de vie. Mais stabilité ne signifie pas tolérance. Manuel Akanji raconte:

«Durant mon enfance, on m’a traité de nègre à plusieurs reprises»
Manuel Akanji (2e rang, 5e depuis la gauche), alors junior au FC Wiesendangen. Durant son enfance, il a été victime de racisme.
Manuel Akanji (2e rang, 5e depuis la gauche), alors junior au FC Wiesendangen. Durant son enfance, il a été victime de racisme. image: dr

L’une de ses sœurs confie: «J’ai toujours eu peur que les gens parlent trop de mon apparence différente.» Et sa mère révèle:

«On nous dévisageait de manière horrible et, parfois, on ne nous servait pas au restaurant. Des femmes m’ont même demandé: “Trop mignon, combien coûte un enfant comme ça?”»

Malgré le racisme dont ils ont souffert, Akanji et Embolo sont de fiers internationaux suisses. Quand on pense aux obstacles qu’ils ont dû surmonter, un sentiment s’impose pendant le film: on pourrait aussi, de temps en temps, leur dire merci pour cela.

Un événement qui tisse des liens entre les cultures👇

Ivan Rakitic et les menaces de mort

Ivan Rakitic, qui aime se présenter comme le petit blond de Möhlin, a, lui, choisi la Croatie. Parce qu’il a grandi et été formé en Suisse, beaucoup dans ce pays ont ressenti sa décision comme un affront personnel. La conséquence: la haine. Elle est allée si loin que sa famille a même reçu des menaces de mort.

Rakitic, milieu de terrain extrêmement talentueux, n’a que 19 ans lorsqu’il doit faire ce choix. L'ex-star du Barça (38 ans et retraité désormais) rembobine:

«C’était très difficile de comprendre que je devais décider. Décider pour quoi? La seule chose que je voulais, c’était simplement jouer au football. Je ne souhaite à aucun jeune joueur de vivre une situation similaire.»
Ivan Rakitic, avec la Croatie, lors de la finale de la Coupe du monde 2018 perdue contre la France.
Ivan Rakitic, avec la Croatie, lors de la finale de la Coupe du monde 2018 perdue contre la France. image: ap

Car de nombreuses forces agissent sur le joueur. Certaines évidentes, d’autres plus cachées. Malgré tout, Ivan Rakitic parvient à se libérer d’une partie de ce poids. «Quand j’avais pris ma décision, j’ai dit à mes parents que j’allais jouer pour la Suisse. Mon père m’a pris dans ses bras. Quand j’ai ensuite dit: "Je plaisante, je joue finalement pour la Croatie", il était beaucoup plus ému.»

Le coach de la Nati est lui aussi issu de l'immigration👇

«La Suisse, un pays très riche, beau et ennuyeux»

Les émotions sont aussi le moteur d’Albian Hajdari. Comme Rakitic, il a été formé au FC Bâle et a porté pendant plusieurs années le maillot des équipes nationales suisses juniors. Il y a un an et demi, il avait répondu à une convocation du sélectionneur Murat Yakin. Mais en septembre 2025, il a annoncé qu’il choisissait de jouer pour le Kosovo.

L’élément décisif: le lien profond avec le pays de ses parents. Un jeune Etat dont les blessures d’une guerre terrible ne sont pas encore refermées. «Les arguments de mon père, de ma femme ou de mon beau-père ont été décisifs dans mon choix du Kosovo», affirme Hajdari.

Albian Hajdari en novembre 2025, juste avant le match Kosovo-Suisse.
Albian Hajdari en novembre 2025, juste avant le match Kosovo-Suisse. image: keystone

On mesure parfois tout le poids émotionnel qui accompagne ces décisions lorsqu’une journaliste kosovare prend la parole.

«Hajdari a une occasion unique d’écrire l’histoire avec le Kosovo. Une forme de réparation pour toutes les personnes qui ont été tuées pendant la guerre. Elles sont mortes pour que nous puissions avoir notre propre identité. Il n’y a pas besoin d’y réfléchir longtemps. Pourquoi voudrait-il jouer pour la Suisse? Je suis désolée, mais vous avez un pays très riche, beau et ennuyeux. Pourquoi ne voudrait-il pas jouer pour un pays pauvre, en développement, émergent et sale?»

Le lancement de la série produite par Sky Switzerland et blue Entertainment a lieu le 3 juin avec deux épisodes. Ensuite, un nouvel épisode sera publié chaque semaine jusqu’au 17 juin.

Adaptation en français: Yoann Graber

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source: reddit
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