Suisse
Justice

Tir sur une image de Jésus: Sanija Ameti face au tribunal

Pourquoi Sanija Ameti risque une condamnation après avoir «tiré sur Jésus»

Sanija Ameti jugée à Zurich pour atteinte à la liberté de croyance.
Sanija Ameti jugée à Zurich pour atteinte à la liberté de croyance.Image: watson
Après avoir publié une photo de tirs sur une image de Marie et Jésus, l'ex-élue Vert'libérale comparaît à Zurich pour atteinte à la liberté de croyance. Niccolò Raselli, ancien juge fédéral, analyse ce cas particulier.
27.01.2026, 19:0227.01.2026, 19:02
Andreas Maurer / ch media

Un vendredi soir de septembre 2024, Sanija Ameti a fixé au mur une photo d'un tableau représentant Marie et Jésus dans la cave de son immeuble à Zurich. Elle a tiré une vingtaine de fois sur les têtes de Marie et Jésus avec un pistolet à air comprimé. Une personne non-identifié l'a photographiée. Elle a retouché la photo, y a écrit «décompresser» et l'a postée sur Instagram avec une photo du tableau criblé de trous.

L'image en question 👇

L'image partagée sur Instagram par Sanija Ameti.
Image: instagram/sanija.ameti

Le lendemain matin, le journaliste spécialisé dans les questions religieuses du Sonntagsblick est tombé sur la publication et lui a demandé :«Pourquoi est-ce que vous tirez sur Jésus et Marie?» Ameti a pris conscience de son erreur. Elle a supprimé le post et a présenté ses excuses.

Mais elle n'a pas pu empêcher la tempête médiatique. Elle a perdu son emploi à l'agence de relations publiques Farner et est tombée en disgrâce au sein de son parti, les Vert'libéraux. Mercredi, près d'un an et demi plus tard, elle comparaît devant le tribunal de district de Zurich.

En quoi consiste l'infraction présumée?

Le ministère public zurichois poursuit la femme de 33 ans pour atteinte à la liberté de croyance. Avec sa mise en scène d'exercice de tir, elle aurait blessé et ridiculisé les chrétiens croyants. Elle aurait en outre mis en danger la paix religieuse. En publiant délibérément ces images sur Instagram, elle aurait au moins pris ce risque, selon l'acte d'accusation.

Le ministère public requiert une peine pécuniaire avec sursis de 100 jours-amende à 100 francs ainsi qu'une amende de 2500 francs.

Ameti risque-t-elle une condamnation?

Niccolò Raselli (PS) a été juge fédéral de 1995 à 2012. Interrogé à ce sujet, il déclare: «Je serais surpris que Mme Ameti soit acquittée.» En effet, selon la loi, il suffit qu'une personne «profane publiquement et de manière méprisante (...) des objets de culte religieux ».

Une image représentant la Vierge Marie et l'enfant Jésus est, du moins dans les milieux catholiques, un objet de culte religieux. L'utiliser comme cible de tir et publier des photos sur Internet devrait remplir les critères «publiquement» et «de manière méprisante». Contrairement aux caricatures de Mahomet, elle ne peut pas non plus invoquer la liberté d'expression.

Devant le tribunal, elle argumentera probablement de la même manière que dans l'interview accordée à l'aargauerzeitung: elle n'a pas réfléchi et n'a voulu blesser personne. Cet acte était censé l'aider à faire le deuil de son frère, qui a été abattu pendant son enfance en Bosnie. La juriste, bien connue pour ses provocations a déclaré:

«Ce n'était pas une provocation, c'était une erreur»

En outre, elle pourrait faire remarquer devant le tribunal que l'évêque de Coire, Josef Maria Bonnemain, lui a officiellement pardonné. Mais selon Niccolò Raselli, cet argument ne l'aidera pas. Si elle a commis une infraction, celle-ci doit être sanctionnée.

Monika Simmler (PS), professeure de droit pénal à Saint-Gall, estime qu'Ameti ne remplissait pas les conditions pour être condamnée, car elle n'avait pas mis en danger la paix religieuse. De plus, elle a déjà été suffisamment punie par les critiques publiques: «Elle peut être acquittée sans problème», a-t-elle déclaré dans le magazine Republik.

Cette infraction est-elle encore d'actualité?

L’article sur le blasphème est rarement appliqué en Suisse. En moyenne, 14 cas sont signalés chaque année. La condamnation d’un guide de montagne en 2012 est restée célèbre: il avait endommagé des croix sommitales pour protester contre les symboles religieux.

Des appels à l’abolition de cette infraction jugée dépassée reviennent régulièrement. Niccolò Raselli examine la question:

«Le fait que les gens en Europe occidentale se détournent des Eglises chrétiennes pourrait inciter à considérer cette disposition pénale comme superflue»

Les croyants, notamment les juifs orthodoxes et les musulmans, pourraient toutefois être d’un autre avis.

Aux Etats-Unis, les mouvements religieux ont le vent en poupe. L'Europe pourrait également connaître un «revirement» religieux. Niccolò Raselli ne considère donc pas cette disposition pénale comme obsolète: «En fin de compte, il s'agit de préserver la paix religieuse.» L'histoire montre que les conflits religieux peuvent dégénérer en conflit sanglant.

Quelle est la situation juridique dans d'autres pays?

La France est le premier pays à avoir dépénalisé le blasphème. Cependant, après les attentats islamistes contre le magazine satirique Charlie Hebdo, en 2015, et l'assassinat du professeur Samuel Paty par un islamiste en 2020, certains ont réclamé la pénalisation du blasphème, sans résultat jusqu'à présent.

Le Royaume-Uni et les Etats-Unis n'ont pas non plus de lois sur le blasphème. L’Allemagne, l’Autriche et l’Italie disposent de dispositions similaires à celles de la Suisse.

Et la suite pour Sanija Ameti?

Dans une interview fin 2024, Ameti citait la «grande dame» bernoise Elisabeth de Meuron en posant la question: «Êtes-vous quelqu’un ou ne faites-vous que toucher un salaire ?» Sa réponse : «Je ne suis pas ‹quelqu’un›. Je cherche un nouvel emploi». Selon son profil LinkedIn, elle n’en a pas encore trouvé.

Traduit de l'allemand par Anne Castella

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