en partie ensoleillé
DE | FR
Suisse
La Chaux-de-Fonds

Tempête: des escrocs profitent des Chaux-de-Fonniers

La Chaux-de-Fonds: attention aux escrocs.
Les dégâts matériels sont particulièrement importants à La Chaux-de-Fonds.Keystone

Ces escrocs profitent des Chaux-de-Fonniers après la tempête

Entre les entreprises privées et les autorités qui s'attellent à reconstruire, se sont glissés quelques intrus: des escrocs et des bricoleurs malveillants. Leur but n'est pas d'aider les Chaux-de-Fonniers, en position de vulnérabilité, mais de s'en mettre plein les poches. Un policier décrypte leurs méthodes.
26.07.2023, 15:5602.08.2023, 17:53
Plus de «Suisse»

Dans le sillage de la terrible tempête qui a dévasté en quelques minutes la ville de La Chaux-de-Fonds, une certaine solidarité s'est spontanément installée. Le haut et le bas du canton ont travaillé main dans la main et l'aide a afflué au-delà des frontières cantonales, par exemple de Lausanne ou de Genève.

Mais tout le monde n'est pas bien intentionné. Loin de là. Alors que les habitants accusent le coup et déblayent les dégâts autour de leur maison et que des bénévoles n'hésitent pas à donner un coup de main au voisin, d'autres profitent de la situation pour s'enrichir. Deux simples lignes dans un communiqué de la police neuchâteloise datant de mardi sèment le doute:

«Certaines personnes mal intentionnées profitent de la situation pour offrir des services d’aide ou d’expertises frauduleuses. Seuls des experts Ecap certifiés ou du personnel légitimé sont habilités à intervenir»
Police neuchâteloise

Daniel Favre, chargé de prévention au sein de la police cantonale neuchâteloise, nous explique dans quelles situations les Chaux-de-Fonniers risquent de se faire arnaquer, alors qu'ils sont déjà au plus mal. Car, comme dit le dicton, «un malheur ne vient jamais seul».

Faire payer trop cher des travaux improvisés

Depuis lundi soir, les travaux ne cessent pas à La Chaux-de-Fonds. Ouvrages d'urgence, déblayages, reconstruction. Les entreprises locales et les propriétaires bricoleurs sont mobilisés.

Mais ce ne sont pas les seuls. Certains particuliers débarquent sans prévenir et viennent sonner aux portes. Ils proposent leurs services, pour quelques heures ou une journée. Il y a beaucoup à faire, et ces travailleurs se mettent parfois au travail après un court échange et une brève poignée de main. Mais au moment de payer la facture, les choses deviennent étranges:

«Ils demandent à être payés tout de suite, en cash. Les prix sont souvent démesurés et ils refusent les paiements bancaires, ou alors, prétendent qu'une facture sera émise plus tard»
Daniel Favre, police neuchâteloise
09.11.2015 prévention sur les dangers d'internet. Avec Daniel Favre au College des Cerisiers a Gorgier. Photo Darrin Vanselow © Coop SA 2015
dr

Ce qui est évidemment un mensonge. Le «client», mis devant le fait accompli et intimidé par la situation, sera tenté de régler la somme. Le chargé de prévention donne un exemple:

«Un Chaux-de-Fonnier a plusieurs trous dans son toit à cause de la tempête et n'a pas le temps de s'en occuper. Toutes les entreprises locales sont déjà mandatées. Quelqu'un arrive avec une camionnette et du matériel et propose ses services pour quelques heures. Le travailleur se contente de bâcher le toit puis demande à être payé plusieurs centaines, voire milliers de francs, en liquide, sur le moment.»
Daniel Favre, police neuchâteloise

Juridiquement, on parle d'«usure»: le fait de profiter de la situation et de la vulnérabilité des personnes pour proposer des solutions très coûteuses.

Usure
Quiconque exploite (...) une personne en se faisant accorder (...) en échange d’une prestation, des avantages pécuniaires en disproportion évidente avec celle-ci sur le plan économique, sera puni.

Code pénal, article 157

Le chargé de prévention tient à préciser: «Cela n'a rien à voir avec une entreprise qui propose ses services après la tempête tout en pratiquant ses tarifs habituels». En effet, rien n'empêche une société de venir travailler pour des privés sur une zone sinistrée.

Mais le prix doit être discuté avant les travaux et un devis peut être demandé, même pour une situation urgente telle que celle qui a lieu à La Chaux-de-Fonds. Le fait de devoir payer immédiatement et en cash est particulièrement suspect, car cela empêche de connaître l'identité du prestataire.

«Une impression d'altruisme peut aussi être utilisée pour piéger des personnes»
Daniel Favre, police neuchâteloise

De faux agents communaux et de l'Ecap

Et puis, il y a les cas d'escroquerie, pure et simple. Dans ce cas-là, il s'agit aussi de travailleurs qui débarquent à l'improviste, mais avec une nuance en plus:

«Ils prétendent être mandatés par la commune ou l'Ecap, alors que ce n'est pas le cas»
Daniel Favre, police neuchâteloise

La méthode est la même: les travailleurs font leur job, avant de demander à être payés en cash, dans la foulée.

Escroquerie
Quiconque induit astucieusement en erreur une personne (...) et détermine la victime à des actes préjudiciables à ses intérêts pécuniaires sera puni.

Code pénal, article 146

Daniel Favre précise d'ailleurs que le personnel de l'Ecap (réd: Etablissement cantonal d'assurance et de prévention) porte un équipement et un uniforme reconnaissable. S'il y a un doute sur du personnel communal, «il est tout à fait possible d'appeler la police ou la commune pour vérifier l'identité de la personne».

Une dizaine de cas déjà recensés

Pour l'heure, aucun de ces escrocs ne s'est montré agressif ou aurait menacé ou tenté de s'en prendre à une victime de la tempête, indique Daniel Favre. Mais cela n'est pas complètement à exclure:

«Si la personne devient menaçante ou qu'on ne se sent pas à l'aise, il faut appeler tout de suite le 117»
Daniel Favre, police neuchâteloise

Certaines victimes pourraient-elles être des cibles faciles, comme des personnes âgées? Daniel Favre réfute, indiquant que tout le monde peut être visé:

«Ces escrocs font la tournée des maisons et des appartements sinistrés et vont tenter leur chance un peu partout»
Daniel Favre, police neuchâteloise

Le policier nous indique qu'une dizaine de cas de démarchages suspects ou de tentatives d'escroquerie ont déjà été annoncés auprès de la police.

«Il faut rester vigilant, mais ne pas tomber dans la paranoïa pour autant»
Daniel Favre, police neuchâteloise

Voler des objets qui traînent dans la rue

Un autre genre de délit a été relevé ces derniers jours. Il s'agit de récupérer, à l'avantage du chaos ambiant, du matériel qui ne lui appartient pas. Deux personnes ont déjà été interpellées par la police pour des délits de ce genre.

«L'exemple type est une personne allant récupérer dans la rue des matériaux précieux, comme des morceaux de toiture en cuivre, qui ont été emportés par les vents»
Daniel Favre, police neuchâteloise

Mais cela peut aussi concerner des objets de particuliers. «Cela peut être une table de bistrot ou du mobilier de jardin d'un particulier ayant été emporté hors de sa propriété», explique Daniel Favre. La situation concerne aussi... le bois des arbres déracinés ou pliés par la tempête. «Certains essaient de s'approprier du bois après l'avoir scié ou tronçonné», ce qui est aussi un délit.

Appropriation illégitime
«Quiconque s’approprie pour lui-même ou à un tiers une chose mobilière appartenant à autrui sera puni»

Code pénal, article 137

Il est toutefois parfaitement possible de déplacer ou d'aller amener du matériel d'autrui à la déchetterie, sur demande, en tant que bénévole ou volontaire. «Les patrouilles de police effectuent parfois des contrôles», explique le policier. Mais pas besoin d'avoir peur de la police en allant jeter les chaises endommagées de sa voisine octogénaire. «Il faut garder une certaine clairvoyance», indique Daniel Favre.

La Chaux-de-Fonds ravagée par une tempête
Video: watson
4 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
4
Un nouveau rival vient défier Migros et Coop
Coop et Migros dominent le marché de la livraison de denrées alimentaires: ils détiennent ensemble une part de marché de plus de 90%. Alors qu'un nouveau service venu de l'étranger veut désormais concurrencer les deux géants, les choses avancent lentement ces derniers temps chez Migros.

En Suisse, les gens commandent chaque jour pour deux millions de francs de produits alimentaires en ligne. L'année dernière, selon les nouveaux chiffres de l'entreprise de conseil Carpathia, le marché de la livraison de produits alimentaires a généré 724 millions de francs, un nouveau record. En l'espace de cinq ans seulement, ce volume a plus que doublé.

L’article