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Ces produits vendus par la Poste posent problème

«Soupçons d'abus» sur ces produits cosmétiques vendus par la Poste

Une entreprise schwyzoise commercialise des cosmétiques asiatiques dans les succursales de la Poste. Seul hic: les produits arborent une croix blanche sur fond rouge pouvant induire en erreur quant à l'origine de la marchandise. Les autorités compétentes réagissent.
23.01.2026, 18:5923.01.2026, 18:59
Benjamin Weinmann / ch media

«Des dents d'une blancheur éclatante en 15 secondes»: voilà la promesse de l'entreprise suisse Elixavita. Son slogan figure sur le présentoir en carton des produits proposés à la Poste.

Celle-ci mise ainsi sur des achats consentis dans la file d'attente pour déposer une lettre ou un colis au guichet. Par exemple, cette mousse dentaire. Ou ce spray à la propolis, «apaisant et idéal pour une haleine fraîche».

C'est ainsi que les produits Elixavita sont présentés dans les bureaux de poste. La croix suisse figure sur le logo de l'entreprise apposé sur le carton contenant les articles, mais pas sur  ...
C'est ainsi que les produits Elixavita sont présentés dans les bureaux de poste. La croix suisse figure sur le logo de l'entreprise apposé sur le carton contenant les articles, mais pas sur les emballages individuels.Image: Benjamin Weinmann

Le logo d'Elixavita apparaît lui aussi sur le présentoir en carton. Il se compose d'une feuille verte et du drapeau suisse: une croix blanche sur fond rouge. Juste à côté, l'adresse du site: Elixavita.ch.

Des règles plus strictes depuis 2017

On pourrait donc penser qu'il s'agit d'un produit bien helvétique. Or, il n'en est rien. A y regarder de plus près, on constate en effet que la marchandise a été fabriquée en Chine. Basée à Schindellegi (SW), Elixavita se contente de la distribution. Sur les emballages individuels, la croix blanche sur fond rouge n'apparaît pas.

Le présentoir donne-t-il donc réellement une indication d'origine? Faut-il y voir une tromperie envers la clientèle? La loi «Swissness» protège la croix blanche sur fond rouge depuis 2017. On ne peut l'utiliser que lorsque cela se justifie réellement. En outre, l’usage de l’emblème national, c’est-à-dire la croix blanche dans le bouclier rouge triangulaire, est strictement interdit.

Nous avons soumis le visuel d'Elixavita à l'Institut fédéral de la propriété intellectuelle. Sa porte-parole, Regula Gerber parle d'un «cas intéressant». L'institut souhaite l'examiner de près, ne pouvant l'évaluer sans éléments de contexte. Il entend ainsi en informer les deux associations professionnelles du secteur, SKW et Swisscos, et contacter le fabricant.

Les succursales régionales de la Poste permettent à des entreprises externes de vendre leurs produits.
Les succursales régionales de la Poste permettent à des entreprises externes de vendre leurs produits, comme ici.Image: Benjamin Weinmann

Des prescriptions pour les cosmétiques

Regula Gerber renvoie par ailleurs à la loi sur la protection des marques, selon laquelle 60% des coûts de fabrication doivent être engagés en Suisse. En outre, les produits cosmétiques sont soumis aux prescriptions sur l'utilisation des indications de provenance suisses. Elles prévoient notamment que, pour les produits estampillés, au moins 80% des coûts de recherche, de développement et de fabrication doivent être engagés dans le pays.

Selon la porte-parole, l'Institut fédéral de la propriété intellectuelle a la possibilité d'intenter une action en justice contre les abus. Cela vaut aussi pour les associations de cosmétiques, qui peuvent intervenir dans l'intérêt de leur secteur. Gerber ajoute:

«Si les soupçons d'abus se confirment, nous contacterons la Poste»

Swisscos, la faîtière des cosmétiques d'origine suisse, souhaite également se pencher sur le cas Elixavita. Sa directrice, Sylvie Prévost parle en effet d'un recours problématique à l'emblème national. Elle dit ne pas connaître Elixavita. Et souligne que son association a le pouvoir de poursuivre en justice tout contrevenant. Elle ajoute que la croix suisse est souvent utilisée illégalement à des fins publicitaires à travers le monde.

Le fournisseur contacté

Marija Bucher dirige l'Association suisse des cosmétiques et des détergents. Elle ne souhaite pas s'exprimer sur ce dossier. Elle non plus n'a jamais entendu parler d'Elixavita. Elle souligne que son organisation s'engage en faveur d'une protection efficace de l'indication d'origine suisse:

«Le label Swissness est un gage de qualité précieux qui ne peut déployer pleinement ses effets que si les abus sont systématiquement poursuivis en Suisse et à l'étranger.»

La Poste, elle, ne semble pas non plus savoir réellement ce qu'il en est. «Nous sommes en contact avec le fournisseur pour vérifier le produit et les directives en vigueur», déclare Patrick Stöpper, porte-parole. Si l'article lui-même ne porte pas la croix suisse, celle-ci figure en revanche sur le support de la marchandise, à savoir le carton d'emballage. Il poursuit:

«Nous avons demandé au fournisseur de vérifier les critères d'origine et les bases légales suisses associées et nous suivons cette affaire de près.»

Il précise également que la gamme Elixavita est proposée par un partenaire tiers qui profite de la visibilité offerte par les offices postaux. Pour l'heure, 451 succursales vendent des produits de cette marque. Le porte-parole ne communique pas le chiffre d'affaires que cela représente. «Nos collaborateurs dans les régions développent ces coopérations locales directement, en lien avec l'équipe de direction», indique-t-il.

Un pas de côté de la Poste qui questionne

Conformément à ses conditions générales, la Poste vérifie si certains critères d'exclusion, les substances addictives ou les thèmes choquants par exemple, s'appliquent, poursuit Patrick Stöpper. Mais:

«Le partenaire est responsable du contenu de la publicité et du respect de l'obligation de déclaration. Il est responsable aussi de tout vice juridique éventuel.»

Et d'ajouter que la Poste n'a aucune obligation de vérifier la recevabilité de la publicité.

Une affirmation toutefois discutable. En effet, «en tant que vendeur, la Poste se doit aussi de respecter les règles Swissness», explique Regula Gerber de l'Institut fédéral de la propriété intellectuelle.

La déclaration figurant sur les produits Elixavita indique bien «Fabriqué en Chine».
La déclaration figurant sur les produits Elixavita indique bien «Fabriqué en Chine».Image: Benjamin Weinmann

Un net désaccord du côté d'Elixavita

Le directeur général d'Elixavita, Peter Schönbächler reste quant à lui imperturbable. Son logo sert «exclusivement à l'identité de l'entreprise et de la marque» et est utilisé en particulier «dans un contexte entrepreneurial», par exemple pour la présentation ou la correspondance commerciale.

Il dit ne pas l'imprimer sur les emballages individuels «afin d'exclure d'emblée toute interprétation erronée concernant le lieu de fabrication des produits et de garantir une transparence maximale envers les consommateurs».

Schönbächler se réfère à la loi fédérale contre la concurrence déloyale. Selon celle-ci, il n'y a tromperie que si la présentation globale d'un produit est objectivement susceptible de donner au consommateur moyen une fausse idée de ses caractéristiques essentielles, en particulier de son origine. «Ce n'est absolument pas le cas ici», conclut-t-il.

L'affaire finira vraisemblablement au tribunal si Schönbächler ne veut pas perdre le sourire. Et ce, malgré la mousse dentaire Elixavita.

(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

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