Dimanche matin, une trombe lacustre s'est formée au-dessus du Léman, à la hauteur de Saint-Prex. Quelques heures plus tard, à plus de 1000 kilomètres de là, un voilier de luxe a coulé à pic au large de la Sicile, emportant six personnes avec lui. Le navire aurait été frappé par une violente trombe marine dans la nuit de dimanche à lundi.
Deux événements à l'issue très différente, mais dont la proximité temporelle soulève la question suivante: s'agit-il du même phénomène? Didier Ulrich, prévisionniste chez Météosuisse, répond par la négative:
La cause en est que ces trombes, appelées «lacustre» ou «marine» en fonction du plan d’eau au-dessus duquel elles se forment, se divisent en deux catégories, explique le National Ocean Service américain (NOS): les «trombes de beau temps» et les «trombes tornadiques». Celle qui aurait provoqué le naufrage du yacht appartenait probablement à la deuxième catégorie.
Il s'agit essentiellement d'une «tornade qui s'est formée sur l'eau», explique Didier Ulrich, et qui présente les mêmes caractéristiques des tornades terrestres: «Elle est accompagnée de vents très puissants, allant jusqu'à 200 km/h, et est liée à une activité orageuse», ajoute-t-il. De nombreuses tempêtes ont, en effet, traversé l'Italie ces derniers jours après des semaines de canicule.
Ces trombes tornadiques peuvent causer des dommages et sont capables de renverser des navires. Cela se produit lorsque le bateau est frappé par le vent ou les vagues avec une force suffisante pour pousser le mât parallèlement à l'eau, illustre le Guardian. Le scénario le plus grave se produit lorsque le mât tombe sous la ligne de flottaison.
Rien à voir avec la trombe qui s'est formée au-dessus du Léman, où les conditions atmosphériques étaient l'exact opposé de celles observées en Sicile. «A Saint-Prex, la trombe s’est formée sous une forte averse convective, mais il n'y avait pas d'orage, ni de supercellule, et presque pas de vent», indique Didier Ulrich.
Ces trombes surviennent en fin d'été, lorsque les températures des lacs sont encore élevées et lorsque de l’air froid et instable arrive au-dessus de ces surfaces chaudes. Il s'agit essentiellement d’une colonne d’air tourbillonnant reliant la surface de l'eau à la base d’un nuage, explique Météosuisse dans son blog.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, elles n'aspirent pas l'eau. «Le tourbillon soulève une masse d'air, qui se condense. C'est le même phénomène qui se produit lors de la formation d'un nuage, ce qui fait que la colonne est, dans les faits, un nuage», décrit Didier Ulrich. «Au pied de la trombe, on observe quelques gouttelettes soulevées par le vent».
Et, alors que les trombes tornadiques se développent vers le bas dans un orage, leurs équivalentes de beau temps naissent à la surface de l'eau et se dirigent ensuite vers le haut.
Dans les trombes lacustres, la vitesse de vent circulaire est beaucoup plus réduite que dans des tornades terrestres. «Il s'agit de phénomènes très locaux, limités dans le temps et dans l'espace. Elles durent une dizaine de minutes et ont un diamètre d'une dizaine de mètres», rapporte Didier Ulrich.
En principe sans danger, les trombes lacustres ne sont toutefois pas totalement dépourvues de risques. «Il vaut mieux ne pas se retrouver à l'intérieur ou à proximité», détaille le prévisionniste.
«Pourtant, au vu de son petit rayon d'action, il est relativement improbable de se retrouver dans une telle situation», nuance-t-il.
Les trombes lacustres peuvent parfois toucher terre. Dans ces cas, elles peuvent «soulever des parasols et des transats sur une dizaine de mètres», estime Didier Ulrich. «Pourtant, elles se résorbent relativement rapidement», ajoute-t-il. En effet, elles sont privées de leur source d'énergie principale, l'air chaud au-dessus du lac.
Une fois, pourtant, les choses ont mal tourné, retrace le blog de Météosuisse. Le 18 juillet 2005, une «intense trombe tornadique» a traversé une partie du Léman, avant de toucher terre au Bouveret. Devenue donc vraie tornade, elle a infligé de gros dégâts dans le secteur.