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«Nemo était un petit effronté»: Bienne raconte sa fierté

Nemo of Switzerland, who performed the song The Code, celebrates after winning the Grand Final of the Eurovision Song Contest in Malmo, Sweden, Saturday, May 11, 2024. (AP Photo/Martin Meissner)
Nemo. Malmö, 12 mai 2024.Image: AP

«C'était incroyable comme Nemo rappait»: Bienne raconte sa fierté

A Bienne, tout le monde a quelque chose à dire au sujet de Nemo, le vainqueur de l'Eurovision, avant cela l'enfant. On est allé voir ses voisins, le maire, le patron de café qui l'a accueilli dans son cabaret et même son prof de sport lorsqu'il était à l'école. On a parlé un peu de sa non-binarité et beaucoup de son talent.
18.05.2024, 07:0419.05.2024, 11:45
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Dans le quartier, les habitants ayant l'âge des souvenirs ont en mémoire des images de Nemo Mettler jouant du violon devant la gare du funiculaire. Il avait 5 ans et déjà du culot, avec son chapeau posé par terre pour la monnaie. «On ne peut pas dire qu’il jouait juste, mais il était adorable», raconte une voisine. «Réservé, Nemo? Ah non, effronté, plutôt», ajoute une autre. Une troisième confirme:

«C’était un ami de mon fils, il était très rigolo, vachement sympa, avec une grande gueule»
Une voisine des parents de Nemo

On pense, mais ça remonte à plus loin encore, au petit personnage tapant frénétiquement sur son tambour, dans le film du même nom, Palme d’or à Cannes en 1979. Tout est plus gai à présent que dans cette histoire bouleversante d’avant-guerre. A ceci près que Nemo a, lui aussi, quelque chose de bouleversant. Ce petit truc en plus qui a conquis l’Europe.

C’est ici, à Bienne la bilingue, à la rencontre des rues du Stand et de la Source, au pied du «Seilbahn» montant à Evilard, que l’histoire du vainqueur de l’Eurovision 2024 a commencé. La maison familiale, avec son mur d’enceinte et son grand jardin, est toute proche. L’ancienne start-up fondée par les parents, Brainstore, vendeuse d’idées, un concept osé qui fut prospère, a gardé son enseigne. Nemo a une sœur cadette, Ella, photographe, formée à New York, où l'avait accompagnée son père. La mère est journaliste.

Au bas du funiculaire Bienne-Evilard.
Au bas du funiculaire Bienne-Evilard.image: dr

«J’ai regardé l’Eurovision pour lui»

Bienne l’horlogère est réglée à l’heure de Nemo. Personne n’ignore sa victoire, samedi dernier à Malmö, en Suède, avec sa chanson «The Code», un titre à clé. «J’ai regardé l’Eurovision pour lui, parce qu’il est de Bienne, son show était super», réagit Karin, la soixantaine, qui préfère toutefois la country. Lars, jeune serrurier, applaudit aussi le prodige de 24 ans:

«C’est bon pour la culture et ça va peut-être nous amener du boulot»

Charlotte, une ado, s’apprête à monter dans un bus: «Je l’ai déjà vu chanter, il était venu dans notre classe, il n’était pas habillé comme ça.» «Comme ça», avec une petite jupe, des collants et un haut bouffant. A Malmö, Nemo a laissé éclater sa «non binarité», transposée dans le pronom «iel» en français.

«C’est égal si on est homo, hétéro, non binaire»

«C’est égal si on est homo, hétéro, non binaire», commente Daniel Schneider, 65 ans, figure de la scène alternative biennoise, l’un des patrons du Saint-Gervais, café mythique de la vieille-ville, où nous le rencontrons ce vendredi matin 17 mai. En 2016, Nemo est passé par-là, à l’étage, au Singe, une salle avec son sol en bois et des appliques aux murs, sa petite scène et son bar à l’opposé. Dans ce décor de cabaret, Nemo avait mélangé rap et reggae, dans le souvenir de Daniel Schneider. Qui se rappelle encore du jeune Mettler à Pod’Ring, le festival de la vieille-ville. Admiratif, il dit:

«C’est là qu’il a rappé la première fois. C’était incroyable, comme il rappait»
Daniel Schneider
Daniel Schneider, au Saint-Gervais.
Daniel Schneider, au Saint-Gervais.image: watson

L'effet magique de Bienne? Ingénieur du son renommé, Daniel Schneider était parti vivre à Zurich, il est revenu dans son Seeland natal.

«Cette ville, c’est le lieu idéal pour se développer soi-même, pour être créatif. Il y a 140 nationalités pour 58 000 habitants. Où voit-on ça ailleurs? Nulle part. Robert Walser, le grand écrivain biennois, décrivait Bienne comme la plus petite métropole de ce monde.»
Daniel Schneider

«Fier de Nemo», Lucas, le jeune serveur berlinois du Saint-Gervais, ne lésine pas sur les compliments: «Bienne, c’est un petit Berlin.» Le roi de Malmö réside aujourd'hui dans ce grand Bienne qu'est la capitale allemande.

C’est un fait, Nemo, avec ses airs d’Henri III échappé du «Magicien d’Oz», a tapé dans l’œil des loulous du samedi soir.

«L’underground biennois a dit: Nemo, c’est vraiment génial. Pas parce qu’il est biennois, mais parce que sa chanson, c’est de la bombe»
Daniel Schneider

Dans la région, jusqu’à Soleure et jusqu’à Berne, les festivals de l’été l’ont mis à l’affiche, parfois deux dates à la suite. Le maire Erich Fehr, qui est allé l'accueillir dimanche dernier à l'aéroport de Zurich, veut lui organiser une réception officielle. Assis à l’extrémité d’une grande table, dans sa mairie, il dit:

«Nemo, c’est l’enfant de Bienne»

A quel type d’événement pense-t-il? «Un rassemblement ou alors un défilé.» Rien n’est encore arrêté. En 2017, le socialiste et ses équipes avaient reçu Nemo une première fois, après sa victoire aux Swiss Music Awards, l'incroyable talent avait 18 ans. Il y a quelques jours, le maire a posté une photo de ce moment sur sa page Facebook.

Nemo, entouré du maire Erich Fehr et du directeur de la culture à l'époque, Cédric Némitz.
Nemo, entouré du maire Erich Fehr et du directeur de la culture à l'époque, Cédric Némitz.image: capture FB

«Plus hockey sur glace que musique», Eric Fehr va devoir penser paillettes en vue du prochain concours Eurovision de la chanson. L’axe Bienne-Berne-Thoune est sur les rangs pour contrer les voraces, Zurich et Genève.

«Il faut 2000 lits pour héberger tout le monde. Nous les avons. La salle aussi, la nouvelle Festhalle, à Berne, en construction et qui sera d’ici là achevée. Il faudra bien sûr de l’argent, mais la Confédération pourrait prendre une partie des frais à sa charge, ceux de la sécurité par exemple, comme elle le fait pour le Forum économique mondial de Davos.»
Erich Fehr, maire de Bienne

Dans l’euphorie de la victoire de Nemo, Erich Fehr a évoqué la possible reconnaissance légale de la non binarité revendiquée par Nemo.

«Je suis très à l’aise sur la question du 3e sexe. De toute façon, cela ne peut se décider qu’à l’échelon national»
Erich Fehr, maire de Bienne

Le professeur de sport Pascal Georg a eu Nemo comme élève à l’école secondaire Rittermatte. «Il n’était pas très fort en foot. Il a marqué un seul but en trois ans. Quand cela est arrivé, toute la classe l’a fêté», raconte-t-il, la pause de midi ayant sonné dans cet établissement scolaire germanophone.

Des élèves jouent au foot sous les fenêtres de l'école qui accueillit Nemo.
Des élèves jouent au foot sous les fenêtres de l'école qui accueillit Nemo.image: watson
«Il était très bien accepté. Je dirais qu’il cherchait son chemin»
Pascal Georg

Il y a eu des questions dans la classe après la victoire de Nemo à l’Eurovision.

«Certains élèves n’ont pas de problème avec la notion de non binarité, pour d'autres, c'est moins évident»
Pascal Georg

Beaucoup des Biennois interrogés n’ont découvert que récemment, avec sa chanson «The Code», la non binarité revendiquée de Nemo. Au fond, qu’importe! Tout le monde loue le petit truc en plus de Nemo.

VOILA POURQUOI TOUT LE MONDE AIME NEMO
Video: watson
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