Vous connaissez Rodolphe le renne? Oui, le petit renne au nez rouge qui conduit le traîneau du père Noël (vous l'avez?) Eh bien, Rodolphe est depuis 34 ans la mascotte de l'association Nez Rouge. Son rôle? Arpenter les rues du Suisse pour rappeler aux chauffeurs (et chauffeuses) avinés qu'ils peuvent contacter le 0800 802 208 pour se faire accompagner gratuitement chez eux. En cette soirée du 31 décembre, watson a décidé de suivre Rodolphe le renne, ou plutôt Mathieu, qui joue la mascotte de la section est vaudoise de Nez Rouge depuis une dizaine d'années. De Vevey au Flon en passant par Servion, «vis ma vie» de mascotte, c'est par ici 👇🏽
Stade de la Saussaz, Montreux, 19h45, une dizaine de bénévoles se préparent à vivre une longue soirée. Les ordinateurs sont branchés, les consignes données, ce 31 décembre, l'association Nez Rouge attend des centaines de coups de fil. «Je suis bénévole à Nez Rouge depuis mes 18 ans et c'est toujours la même excitation», raconte Sandra, la quarantaine, responsable de la mascotte.
En ce soir de Nouvel An, la Vaudoise donne les instructions à son équipe formée de Mathieu (Rodolphe le renne) Béatrice et Chantal (vendeuses de goodies) et Christophe, le garde du corps de Rodolphe (oui, vous avez bien lu, un garde du corps). Devant mon regard étonné, Sandra explique que le garde du corps est nécessaire pour éviter tout débordement de la part du public, mais aussi pour éviter que la tête de notre grand renne s'accroche aux guirlandes, aux ventilateurs ou ne «se prenne les portes».
En effet, la cheffe d'équipe qui a enfilé plusieurs fois le costume de Rodolphe, connaît toutes les astuces. «Parfois on a des personnes qui tapent à l'arrière de la tête, cela peut provoquer des douleurs cervicales», poursuit-elle. Dans son costume, Mathieu alias Rodolphe abonde: «mon champ de vision est de trente centimètres et je ne vois pas sur les côtés et pratiquement pas mes mains, j'ai beau me rappeler des marches de certains restos, mais j'ai besoin d'être accompagné». Le plus difficile à gérer dans son rôle de renne? «La respiration», nous répond spontanément Mathieu. Bien qu'il y ait un système de ventilation intégré dans le costume, le simple fait de danser ou de sauter peut rapidement faire monter la température corporelle de notre mascotte.
On se penche sur le costume de Rodolphe qui nous paraît très encombrant, Sandra nous rassure: «si vous l'enfilez, vous verrez que c'est plus léger que l'on ne croit». Promis, je l'essaierai plus tard.
Sandra donne les dernières instructions à «l'équipe mascotte», une liste des lieux à visiter, certains demandant à l'association de venir chaque année. Nous nous rendons vers la voiture et Rodolphe doit déjà être mis à contribution👇🏽
Installés sur la banquette arrière entre Christophe le garde du corps et Chantal la vendeuse de goodies, nous nous rendons à la première étape de notre tournée qui est le centre-ville de Vevey. «On va commencer calmement, il est seulement 21h», annonce gaiement notre mascotte. Arrivés sur les lieux, nous passons par le marché de Noël où se trouvent quelques enfants. Rodolphe sautille, les salue, les prend dans ses bras avec une grande aisance, sous les rires des parents, mais aussi du regard complice de son équipe «et dire qu'il ne voit pas grand-chose là-dessous», s'amuse Béatrice, une des vendeuses de goodies. A le voir porter des bambins avec aisance, on se dit que Mathieu est fait pour le job.
L'ambiance est bon enfant, les goodies se vendent bien et le discours est rodé. Le public qui est encore à l'apéro connaît bien l'opération Nez Rouge et semble s'être organisé pour rentrer en transports en commun ou avec l'aide d'un ami. L'équipe fait le tour des bistrots de la ville.
Alors que Rodolphe s'approche d'un café, nous entendons un client dire que notre renne marche comme s'il avait trop bu, Christophe son garde du corps répond tout de go: «Il n'est pas bourré, il ne voit rien, c'est tout», l'assemblée rit de bon cœur. A la vue de nos vendeuses de goodies, les clients déjà bien éméchés nous répondent qu'ils n'ont pas besoin d'être raccompagnés en voiture, car ils ont tous perdu leur permis de conduire. Petit instant de silence, regard gêné, mais approbateur de notre équipe. «Connaissant cet endroit, ils disent probablement la vérité», me glisse Béatrice.
Notre tournée du réveillon se poursuit dans le restaurant du Lac de Bret à Puidoux où se déroule une soirée dansante. Comme chaque année l'établissement demande à l'association de venir passer un moment. «La visite du Nez Rouge permet de sensibiliser nos clients à ne pas rentrer chez eux fatigués ou sous l'emprise de l'alcool, c'est toujours un plaisir de voir Nez Rouge débarquer ici, ça plaît au client, regardez-les», lance, tout sourire, Stéphane, le fils du gérant. En effet, Rodolphe se trémousse sur la piste de danse et accorde des selfies telle une star hollywoodienne.
Mais alors que notre mascotte semble profiter de sa meilleure vie, elle alerte Christophe le garde du corps et lui fait signe de quitter les lieux.
Pendant que Mathieu se remet de sa montée de chaleur, des clientes nous alpaguent: «vous ne partez pas déjà, on veut prendre des photos avec lui». Une vraie star, on vous avait prévenu.
Nous nous accordons un moment de répit entre deux destinations, je demande alors à l'équipe ce qui les a poussés à devenir bénévoles pour Nez Rouge. Pour Mathieu, c'était une évidence:
La joie de notre mascotte est partagée au sein de l'équipe, Christophe, Chantal et Béatrice sont aussi des fidèles de Nez Rouge. «J'ai commencé à conduire pour nez rouge il y a dix-huit ans, à l'époque je n'avais rien à faire à Nouvel An, car mon fils partait à l'étranger chaque année avec son père. Je me retrouvais donc seule chez moi et j'ai décidé de devenir bénévole», raconte Chantal. Mathieu, lui, voit le bénévolat chez Nez Rouge comme une tradition. «Ma famille sait que je fête Noël avec elle, mais que le réveillon, c'est Nez Rouge, c'est comme ça et ça me rend heureux.»
L'enthousiasme de notre Rodolphe fait des émules, après Vevey, le lac de Bret, nous faisons une halte improvisée à la salle communale de Mézières avant de nous rendre au café théâtre Barnabé pour le décompte de minuit. Vers 1h du matin, Sandra la cheffe de l'équipe mascotte, nous demande de nous rendre à la place du Flon, à Lausanne. «Vous allez me voir me déhancher au Mad», lance Mathieu en riant.
Malheureusement pour nous, le périple lausannois sera de très courte durée, à peine sortis du parking du Flon que nous sommes rappelés à la centrale montreusienne.
En effet, Mathieu et Béatrice sont aussi chauffeurs bénévoles, ils doivent prêter main-forte à l'équipe, car les coups de fil affluent. Arrivée à Montreux, notre mascotte file sous la douche, mets ses habits de ville et repart pour sa première course de la nuit. Sandra, la responsable des mascottes me fait signe à l'arrière de la salle. «Vous avez dit que vous essaierez le costume, vous vous en souvenez?» Oups, impossible de me défiler cette fois.
Au final, elle n'avait pas tort, c'est beaucoup plus léger que je ne le pensais, par contre, ne voyant pas mes pieds, je me souviens des sages conseils de mon prédécesseur, «le plus dur c'est de ne pas shooter un gosse». En effet.