La Jeunesse socialiste suisse a été se former auprès de Mélenchon
Vous êtes-vous rendus aux universités d’été de La France insoumise (LFI) à votre initiative ou à l’invitation de ce parti?
Julien Berthod: C’était à notre initiative. Nous sommes allés, un petit groupe d'une quinzaine de camarades, aux universités de LFI. Afin de pouvoir rencontrer des camarades en France, mais surtout pour pouvoir profiter de l’espace de formations offert à cette occasion, sachant qu’étaient présents des experts et expertes de nombreux sujets.
De quelles formations s’agit-il?
Les formations auxquelles nous avons assisté étaient des formations allant des formes d’actions, sur les réseaux sociaux par exemple, à travers l’usage de la photographie, à des tables rondes sur des sujets proprement politiques, avec des universitaires et des députés LFI.
Si, en tant que Jeunes socialistes suisses, vous aviez à choisir entre Jean-Luc Mélenchon, candidat LFI à la présidentielle française de 2027, et un candidat issu ou proche du Parti socialiste français, pour qui voteriez-vous?
Nous appelons évidemment à voter pour le seul candidat de gauche qui a actuellement une chance de l’emporter. Et c’est indéniablement Jean-Luc Mélenchon. Il porte un véritable programme politique, dont on connaît le contenu. La ligne politique du PS français a, elle, bien changé durant ces dernières années en se droitisant sur des questions économiques.
Votre choix pro-Mélenchon est-il seulement lié à ses chances de gagner la présidentielle ou aussi aux idées qu’il défend?
C’est clairement aussi une question d’adhésion aux idées. On a besoin d’un renouveau, d’une rupture politique. Or, la ligne du PS français ne propose pas d’alternative.
Une rupture avec le système capitaliste?
Oui, notre choix en faveur de Mélenchon en France est lié à la nécessité d’une dynamique de rupture avec le système capitaliste qui fragilise toujours plus les travailleuses et travailleurs. L’avantage, avec Mélenchon, c’est qu’il propose un changement de société et pas seulement quelques réformes avec le système actuel. Il propose une révolution citoyenne par les urnes.
Raphaël Glucksmann en France, qui va participer à la primaire socialiste, n’est pas trop mal placé dans les sondages avec plus de 10% d’intentions de vote, devant les cadres du PS actuels. Est-il pour vous de gauche?
Si je me place un peu dans la caricature, je dirais que Raphaël Glucksmann est un Macron bis. Ses positions flirtent avec celles de la droite. Il est dans cette ligne du «en même temps» pour nous illusoire. Sur le fond et sur la forme, il n’a aucune chance de gagner.
Jean-Luc Mélenchon s’est signalé ces dernières années par des sous-entendus antisémites, cela va du questionnement sur la temporalité des attentats de Mohamed Merah en 2012, à Jésus mis sur la croix «par ses propres compatriotes», en passant par l’ironie en meeting sur la consonance de patronymes juifs. Cela ne vous dérange-t-il pas?
Nous, la JS suisse, avons été confrontés aux mêmes accusations d’antisémitisme au prétexte de notre dénonciation du génocide en cours à Gaza. Nous avons donc un peu de peine à croire les médias dans cette situation de propagande visant à diaboliser Jean-Luc Mélenchon et son parti, quand il nous semble que l’extrême droite, à l'exemple du Rassemblement national, est davantage ménagée.
Où situez-vous le PS suisse entre LFI et le PS français d’Olivier Faure?
C’est une très bonne question. Je pense que la situation politique suisse rend les comparaisons assez difficiles. Je ne suis pas sûr que la comparaison soit même possible.
Cela dit, trouvez-vous le PS suisse trop participatif au système politique et économique actuel?
A la Jeunesse suisse socialiste, nous sommes critiques sur la participation du PS au gouvernement sous sa forme actuelle. Le PS fait partie d’une certaine manière de l’Etat bourgeois. Dans les pratiques du PS, il manque de réelles ruptures avec le gouvernement. On le constate lorsque la ministre genevoise de la sécurité, Carole-Anne Kast, nie, et soutient même, les violences policières contre les manifestants anti-G7 de juin, par exemple.
Carole-Anne Kast ne soutient pas comme vous le dites les violences policières.
Elle ne le dit pas ainsi, mais concrètement, elle couvre l’action, à notre sens violente et illégitime, de la police, lors du G7 d’Evian. Elle n’a pas empêché les nasses policières et l’usage de lacrymogène. La JS suisse est aussi critiques vis-à-vis des conseillères d’Etat socialistes vaudoises qui n’ont pas rompu la collégialité comme elles auraient dû le faire, lorsqu’il a été décidé, avant rétropédalage du Conseil d’Etat, de couper dans le budget de la fonction publique.
Par ses statuts, la Jeunesse socialiste suisse appartient-elle au PS Suisse?
Nous sommes une organisation indépendante, avec une ligne autonome, qui représente la jeunesse du Parti socialiste. Nous bénéficions d’un soutien financier du PS suisse. Nous ne sommes donc pas de ce point de vue là entièrement indépendants. Notre ligne, en revanche, est indépendante.
