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Les Romands soutiennent plus la musique moderne que les Alémaniques

Musique
Genève consacre deux fois plus d’argent à la musique moderne que Bâle ou Berne.Image: shutterstock/watson

Un phénomène inédit sur la musique en Suisse vient d'être révélé

Une vaste étude a suivi l’argent public consacré à la musique dans six grandes villes suisses. Et sa répartition réserve quelques surprises.
03.10.2026, 12:0803.10.2026, 12:08
Stefan Künzli / ch media

En Suisse, la scène musicale est dominée par la musique populaire: pop, rock ou encore hip-hop. La musique classique et l’opéra arrivent nettement derrière, avec à peine 20% des entrées de concert. Pourtant, entre 76 et 95% des subventions publiques à la musique sont consacrées à la musique classique. Pour la musique dite «actuelle» – c’est-à-dire la pop, le rock, le jazz, la musique électronique, la world music ou le hip-hop –, il ne reste généralement qu’une petite partie des moyens disponibles. C’est ce que vient de communiquer Musikvielfalt-Initiative.

Dans une étude, l'association compare pour la première fois l’ensemble des subventions publiques à la musique dans les principales villes de Suisse: Lausanne, Genève, Bâle, Berne, Lugano et Zurich. Tous les financements provenant des villes, des cantons et des fonds de loterie ont été pris en compte. Afin de pouvoir comparer les villes, l’ensemble des dépenses a été calculé par habitant. Une étude de cette ampleur n’avait encore jamais été réalisée en Suisse.

La Romandie, plus moderne

Dans le détail, les différences entre les villes sont considérables. Alors que Berne consacre près de 178 francs par habitant à la musique, Genève en dépense plus du double. Lausanne dépense environ 56 francs de plus par habitant que Bâle. Au total, les montants vont de près de 100 à 375 francs par personne.

Les écarts sont encore plus frappants lorsqu’on regarde la répartition des fonds. La Suisse romande investit nettement plus dans les musiques actuelles que la Suisse alémanique. Genève, par exemple, consacre par habitant environ deux fois plus d’argent à la musique moderne que Bâle ou Berne. Zurich se distingue particulièrement: environ 90% des fonds publics y sont consacrés à la musique classique, contre seulement 3% à la musique actuelle.

Des subventions à contre-courant

Cette orientation de la politique suisse de soutien à la musique contraste fortement avec les goûts de la population. Selon l’Office fédéral de la statistique, la pop et le rock sont de loin les genres musicaux les plus populaires en Suisse. Autrement dit: les genres musicaux les plus consommés ne reçoivent qu’une part relativement faible des subventions publiques.

L’étude met également en lumière un autre phénomène. En effet, les subventions musicales sont largement verrouillées. Plus de 80%, voire plus de 90% dans certains cas, des fonds sont attribués pendant plusieurs années aux mêmes institutions et organisations. Cette concentration des moyens est particulièrement marquée dans le domaine de la musique classique. Entre 70 et 90% des fonds qui lui sont consacrés sont engagés sur le long terme. Il reste donc peu de marge pour de nouveaux projets. Seul le domaine de la musique actuelle bénéficie d’une répartition à peu près équilibrée entre les contributions pluriannuelles et les aides attribuées de manière flexible à des projets.

L’enquête montre clairement qu’une grande partie des fonds publics est durablement consacrée aux structures classiques, tandis que les genres musicaux qui attirent le plus large public reçoivent relativement peu de soutien public. Plus concrètement: quatre francs de subvention sur cinq vont à la musique classique – alors même que la majorité de la population écoute de la pop.

La diversité comme objectif politique

Avec leur politique culturelle, la Confédération et les cantons poursuivent explicitement l’objectif de renforcer la diversité culturelle et la participation de la population à la vie culturelle. L’étude soulève donc nombre de questions.

  • Comment le secteur public promeut-il la réalisation de ces objectifs dans le domaine musical?
  • Dans quelle mesure le soutien à la musique est-il diversifié?
  • La répartition actuelle des subventions correspond-elle encore aux intérêts musicaux de la population?
  • Le système de soutien privilégie-t-il des institutions qui se sont historiquement développées au détriment de nouvelles formes musicales?
  • Le système actuel de soutien à la musique remplit-il réellement son mandat légal?
  • Et si ce n’est pas le cas, comment corriger ce déséquilibre?

Les initiateurs de l’étude se montrent prudents dans leur interprétation des résultats. Ils laissent au monde politique le soin de déterminer si la répartition actuelle des subventions correspond encore aux objectifs de politique culturelle de la Confédération et des cantons. Fabian Gisler, membre du comité, explique:

«Nous ne voulons pas fournir de recettes toutes faites, mais nous voulons lancer un débat sur le soutien public à la musique. Nous nous intéressons surtout à la question suivante: à quoi doit ressembler une politique culturelle capable de toucher le plus largement possible toutes les couches de la population?»

Adapté de l'allemand par Tanja Maeder

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