Suisse
Politique

Le retour du nucléaire continue de diviser le Parlement suisse

Rouvrir la porte au nucléaire? Le Parlement se déchire

Dampf stroemt aus dem Kuehlturm des Kernkraftwerks Leibstadt, aufgenommen am Montag, 10. Juni 2024 in Leibstadt, Kanton Aargau. (KEYSTONE/Gaetan Bally)
Un possible retour du nucléaire continue de diviser le Parlement suisse.Image: KEYSTONE
Le retour possible de nouvelles centrales nucléaires en Suisse suscite un vif affrontement politique. Alors que la droite et une majorité du Centre veulent conserver cette option pour garantir l’approvisionnement électrique du pays, la gauche, les Vert’libéraux et une partie des centristes dénoncent une technologie coûteuse, risquée et incompatible avec le développement des énergies renouvelables.
08.06.2026, 20:4608.06.2026, 20:52

La possibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse divise sous la Coupole. Lors du débat au National lundi soir, le PLR, l'UDC et une partie du Centre ont dit y être favorables. La gauche, le PVL et une minorité centriste n'en veulent pas.

Les élus débattent du contre-projet indirect du Conseil fédéral à l'initiative populaire «De l'électricité pour tous en tout temps (Stop au black-out)». Les deux textes souhaitent rouvrir la porte à l'atome, en tablant sur de nouvelles technologies plus sûres. Le Conseil des Etats s'est prononcé nettement en faveur du contre-projet en mars dernier. Au National, le dossier est plus controversé. La commission préparatoire a soutenu le contre-projet (qui modifie uniquement la loi) par seulement 13 voix contre 12.

Se garder une option

«Le contre-projet ne préjuge pas d'une future décision de construire de nouvelles centrales. (...)», a déclaré pour la commission Simone de Montmollin (PLR/GE).

Il vise uniquement à supprimer une interdiction générale afin de préserver toutes les options susceptibles de contribuer à la sécurité d'approvisionnement dans un contexte marqué par des incertitudes géopolitiques et une demande d'électricité en hausse
Simone de Montmollin

«Les énergies renouvelables ne suffiront pas à couvrir les besoins supplémentaires de 35 TWh», a ajouté le co-rapporteur de commission Mike Egger (UDC/SG).

Bundesrat Albert Roesti, rechts, begruesst die Kommissionssprecher der Debatte um die Volksinitiative "Jederzeit Strom fuer alle", welche das Verbot des Baus von Kernkraftwerken aufheben wil ...
Simone de Montmollin et Albert Rösti ce lundi, à Berne.Keystone

La question centrale est de savoir si la Suisse peut se trouver une technologie pour remplacer le nucléaire qui fournit aujourd'hui environ 30% de l'électricité. Une pénurie de cette ampleur en hiver pourrait entraîner des dégâts économiques à hauteur d'un milliard de francs par jour, a-t-il mis en garde.

Au Centre, la prudence est de mise. Pour Stefan Müller-Altermatt (Centre/SO), «le nucléaire d'aujourd'hui est tout simplement ruineux.» Il a déposé une proposition de moratoire jusqu'à fin 2035 afin de mieux identifier les besoins énergétiques et d'évaluer les avancées technologiques, notamment nucléaires.

Dans la même logique, Priska Wismer-Felder (Centre/LU) propose de renvoyer le contre-projet au Conseil fédéral afin de clarifier le financement de nouvelles centrales. Elle s'inquiète des risques qui y sont liés, sachant que toute production électrique nécessite un soutien étatique. Pour elle, le projet en l'état revient «à naviguer à l'aveugle».

Mais le Centre est divisé, a indiqué pour son groupe Christine Bulliard-Marbach (Centre/FR). Une majorité est pour le contre-projet, tandis qu'une minorité est contre. Outre le financement, les déchets sont une autre raison de la réticence d'une partie des élus de ce parti.

Gauche et PVL vent debout contre

La gauche, elle, plaide pour une non-entrée en matière. Pas question d'accepter ce contre-projet sans qu'il y ait un réel approfondissement sur les questions financières, sécuritaires et de gestion des déchets, a relevé Martine Docourt (PS/NE). Mais pour Susanne Vincenz-Stauffacher (PLR/SG), ce n'est qu'en cas de projet concret que toutes ces questions devront être résolues.

Christophe Clivaz (Vert-e-s/VS) s'est irrité des lobbies du nucléaire et du pétrole qui brandissent le spectre d'une pénurie.

«On a tendance à exagérer l'augmentation attendue des besoins en électricité»
Christophe Clivaz

Les centrales nucléaires cannibaliseront les investissements dans les renouvelables, a renchéri Marionna Schlatter (Vert-e-s/ZH). Les Vert-e-s ont d'ores et déjà promis le référendum au cas où le contre-projet passerait.

Les réacteurs récemment construits, à l'image de celui de Flamanville (F), ont vu leurs coûts exploser et ont pris des années de retard, a rappelé Céline Weber (PVL/VD). Selon elle, préciser le financement est indispensable. Sans parler du risque sécuritaire; les centrales sont des cibles de choix pour des actes terroristes, estime-t-elle.

Le débat, très animé, se poursuit. Quelque 90 parlementaires ont demandé à parler à la tribune. Il faudra donc attendre mardi pour les votes. (mbr/ats)

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Cette étude romande ne va pas plaire aux partisans du nucléaire
Des chercheurs romands ont calculé les conséquences que pourraient avoir de nouvelles centrales nucléaires en Suisse, château d’eau de l’Europe.
Alors que les responsables politiques débattent encore de l’opportunité d’abroger l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, des scientifiques ont déjà calculé les conséquences possibles pour l’énergie hydraulique, si importante dans notre pays. Les résultats ne devraient guère rassurer les exploitants d’installations hydroélectriques.
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