Suisse
Politique

La Suisse a voté sur la neutralité et cet UDC voit rouge

Initiative sur la neutralité: Jean-Luc Addor et Mathilde Crevoisier-Crelier.
Mathilde Crevoisier-Crelier (PS/JU) salue le rejet de l’initiative sur la neutralité, tandis que Jean-Luc Addor (UDC/VS) dénonce une «opération d’enfumage».montage watson

«Opération d'enfumage» ou décision unanime: on a voté sur la neutralité

La Suisse ne veut pas graver une nouvelle définition de sa neutralité dans le marbre et confirme le maintien de la pratique actuelle. À gauche, le résultat est lu comme un vote de confiance. Mais à l’UDC, on dénonce une campagne qui aurait brouillé le sens même du concept.
27.09.2026, 16:0727.09.2026, 17:58

C'est non. La Suisse ne veut pas changer sa recette de la neutralité, telle qu'elle existe actuellement. Le peuple a fait confiance à la «neutralité évolutive» d'Ignazio Cassis, celle privilégiée par le parlement et l'ensemble de la classe politique, à l'exception de l'UDC.

Pour la conseillère aux Etats Mathilde Crevoisier-Crelier (PS/JU), le fait que la décision du peuple soit «aussi nette» est réjouissant. «Nous avons rappelé durant la campagne que le droit de la neutralité se limitait aux interventions militaires et qu'il était possible de reprendre ou non des sanctions économiques tout en étant neutre. Ce message, le peuple l'a entendu», indique la Jurassienne.

«C'est une confirmation de la confiance portée en la pratique de la neutralité suisse»
Mathilde Crevoisier-Crelier (PS/JU)
Mathilde Crevoisier Crelier, SP-JU, spricht zur Kleinen Kammer, an der Sommersession der Eidgenoessischen Raete, am Donnerstag, 11. Juni 2026 im Staenderat in Bern. (KEYSTONE/Alessandro della Valle)
Mathilde Crevoisier-Crelier.Keystone

«Geler les avoirs des oligarques russes, par exemple, c'est la moindre des choses au vu des violations du droit commises par les Russes en Ukraine, la Suisse étant par ailleurs dépositaire des Conventions de Genève.»

Quid des nations qui estiment que la Suisse n'est plus neutre? «Il est logique que la Russie nous critique sur ce point. Si Moscou préfère aller dialoguer en Turquie ou au Qatar, des pays qui ne sont pas neutres, cela montre que la neutralité n’est pas toujours considérée comme le critère principal en matière de bons offices.»

«D'autres pays ont également intérêt à nous pousser dans cette case»
Mathilde Crevoisier-Crelier (PS/JU)

Un «capital confiance» en diminution?

C'était justement l'argument phrase du Comité genevois qui défendait lui aussi cette initiative: ne pas prendre le risque d'être perçu différemment à l'international. «La Genève internationale va souffrir de cette décision», estime Samuel Sommaruga, président du comité. «On peut anticiper une baisse des bons offices, qui va se faire au détriment d'autres pays. Nous n'avons pas les pétrodollars du Qatar. Le Vatican va peut-être aussi récupérer certaines médiations.»

«Le capital confiance que nous avons accumulé depuis des décennies diminue et va continuer à diminuer»
Samuel Sommaruga, Cogin
Samuel Sommaruga, Vorsitzender des Komitees fuer das internationale Genf und seine Neutralitaet (CoGIN), spricht zur Abstimmungskampagne Ja zur Neutralitaetsinitiative, am Dienstag, 4. August 2026, in ...
Samuel Sommaruga.Keystone

«J'entends la discussion sur la manière dont la neutralité peut être perçue à l'étranger», indique, de son côté, Mathilde Crevoisier-Crelier. «Mais l'impact aurait été bien plus grave si cette initiative avait été acceptée, car cela aurait été une forme de musellement. Respecter quelques lignes rouges de droit international permet de maintenir la crédibilité de la Suisse intacte», indique-t-elle.

Pour Samuel Sommaruga, le fait que les opposants «aient associé systématiquement cette initiative à Poutine ou à Blocher a fait peur à beaucoup de personnes». Le débat a toutefois permis de «révéler que la neutralité est une valeur qui fait partie intégrante de l'identité suisse. Nous n'étions pas d'accord sur le moyen de la protéger.»

Une «opération d'enfumage»

De son côté, le conseiller national Jean-Luc Addor (UDC/VS) tire la grimace. «Cette campagne était l'occasion d'avoir un vrai débat sur la neutralité, une valeur fondamentale de la Suisse et de son avenir. La plupart des citoyens sont en faveur de la neutralité. Mais laquelle? Les opposants ont réussi à faire dire à ce concept le contraire de ce qu'il est vraiment».

«Il s'agit d'une véritable opération d'enfumage. Notre campagne a échoué à convaincre les Suisses que cette neutralité-là est une imposture»
Jean-Luc Addor (UDC/VS)
Nationalrat Jean-Luc Addor, SVP-VS, spricht an der Fruehjahrssession der Eidgenoessischen Raete, am Mittwoch, 18. Maerz 2026, in Bern. (KEYSTONE/Peter Schneider)
Jean-Luc Addor.Keystone

Il y voit aussi ce qu'il nomme un «agenda caché»: «la quasi-totalité de la classe politique suisse veut adhérer de manière plus ou moins rampante à l'Otan et à l'Union européenne (UE).» Pour l'UDC, ceux qui veulent «nous y conduire et imaginent que le peuple leur a donné un blanc-seing sur cette voie se trompent». L'élu UDC l'assure:

«Ceux qui croient ça nous trouveront toujours en travers de leur chemin»
Jean-Luc Addor (UDC/VS)
L'initative sur la neutralité expliquée
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Swiss Olympic doit se serrer la ceinture
Swiss Olympic doit faire des économies. Comme le rapporte le «SonntagsBlick» de ce dimanche, l'organisation faîtière du sport helvétique doit combler un déficit de 5 millions de francs pour 2027.
Swiss Olympic souhaite réduire ses coûts au sein de son secrétariat de 1,7 million de francs, et supprimer 6,6 postes à temps plein. Cela correspond à un poste à temps plein sur douze. «Cela entraîne malheureusement trois licenciements», a déclaré Fabio Gramegna, porte-parole de Swiss Olympic.
L’article