«Opération d'enfumage» ou décision unanime: on a voté sur la neutralité
C'est non. La Suisse ne veut pas changer sa recette de la neutralité, telle qu'elle existe actuellement. Le peuple a fait confiance à la «neutralité évolutive» d'Ignazio Cassis, celle privilégiée par le parlement et l'ensemble de la classe politique, à l'exception de l'UDC.
Pour la conseillère aux Etats Mathilde Crevoisier-Crelier (PS/JU), le fait que la décision du peuple soit «aussi nette» est réjouissant. «Nous avons rappelé durant la campagne que le droit de la neutralité se limitait aux interventions militaires et qu'il était possible de reprendre ou non des sanctions économiques tout en étant neutre. Ce message, le peuple l'a entendu», indique la Jurassienne.
«Geler les avoirs des oligarques russes, par exemple, c'est la moindre des choses au vu des violations du droit commises par les Russes en Ukraine, la Suisse étant par ailleurs dépositaire des Conventions de Genève.»
Quid des nations qui estiment que la Suisse n'est plus neutre? «Il est logique que la Russie nous critique sur ce point. Si Moscou préfère aller dialoguer en Turquie ou au Qatar, des pays qui ne sont pas neutres, cela montre que la neutralité n’est pas toujours considérée comme le critère principal en matière de bons offices.»
Un «capital confiance» en diminution?
C'était justement l'argument phrase du Comité genevois qui défendait lui aussi cette initiative: ne pas prendre le risque d'être perçu différemment à l'international. «La Genève internationale va souffrir de cette décision», estime Samuel Sommaruga, président du comité. «On peut anticiper une baisse des bons offices, qui va se faire au détriment d'autres pays. Nous n'avons pas les pétrodollars du Qatar. Le Vatican va peut-être aussi récupérer certaines médiations.»
«J'entends la discussion sur la manière dont la neutralité peut être perçue à l'étranger», indique, de son côté, Mathilde Crevoisier-Crelier. «Mais l'impact aurait été bien plus grave si cette initiative avait été acceptée, car cela aurait été une forme de musellement. Respecter quelques lignes rouges de droit international permet de maintenir la crédibilité de la Suisse intacte», indique-t-elle.
Pour Samuel Sommaruga, le fait que les opposants «aient associé systématiquement cette initiative à Poutine ou à Blocher a fait peur à beaucoup de personnes». Le débat a toutefois permis de «révéler que la neutralité est une valeur qui fait partie intégrante de l'identité suisse. Nous n'étions pas d'accord sur le moyen de la protéger.»
Une «opération d'enfumage»
De son côté, le conseiller national Jean-Luc Addor (UDC/VS) tire la grimace. «Cette campagne était l'occasion d'avoir un vrai débat sur la neutralité, une valeur fondamentale de la Suisse et de son avenir. La plupart des citoyens sont en faveur de la neutralité. Mais laquelle? Les opposants ont réussi à faire dire à ce concept le contraire de ce qu'il est vraiment».
Il y voit aussi ce qu'il nomme un «agenda caché»: «la quasi-totalité de la classe politique suisse veut adhérer de manière plus ou moins rampante à l'Otan et à l'Union européenne (UE).» Pour l'UDC, ceux qui veulent «nous y conduire et imaginent que le peuple leur a donné un blanc-seing sur cette voie se trompent». L'élu UDC l'assure:
