Suisse
Politique

Initiative sur la neutralité: un comité genevois entre en jeu

Jean-Daniel Ruch et Samuel Sommaruga, du Comité pour la Genève internationale et sa neutralité (Cogin).
Jean-Daniel Ruch et Samuel Sommaruga feront campagne aux côtés de ProSuisse.watson (montage)

«Trop vague»: ce comité genevois veut rendre la Suisse plus neutre encore

Un nouveau comité genevois rejoint la campagne de l'initiative «sur la neutralité». Voulant prendre ses distances de l'UDC, il veut mettre l'accent sur le rôle de médiatrice de la Suisse et de Genève, quitte à remettre en cause certaines sanctions et les orientations de Berne.
14.07.2026, 18:5414.07.2026, 19:15

En novembre, la Suisse vote sur l'initiative «sur la neutralité» qui veut renforcer ce principe fondateur de la Suisse, selon les initiants. Ce comité, proche de l'UDC et de l'association souverainiste ProSuisse, veut inscrire dans le dur le non-rattachement de la Suisse à «aucune alliance militaire». Dans leur viseur, depuis l'invasion russe de l'Ukraine: l'Otan.

Mardi matin, les partisans ont pu compter sur un petit coup de pouce inattendu. Le Comité pour la Genève internationale et sa neutralité (Cogin), fondé en septembre dernier à l'invitation de ProSuisse, a annoncé se lancer dans la campagne.

Le comité Cogin: Comité pour la Genève internationale et sa neutralité.
Alexandre Elinine, Samuel Sommaruga, Lena Rey et Jean-Daniel Ruch.watson

Le comité est composé de Samuel Sommaruga, médecin, Jean-Daniel Ruch, ancien diplomate, Alexandre Elinine, vice-président du Parti suisse du travail, et Lena Rey, journaliste indépendante et conseillère communale MCG en ville de Genève.

La neutralité, un «capital de confiance»

Le président du comité, Samuel Sommaruga, insiste sur le rôle que la Suisse devrait continuer à jouer dans un contexte international toujours plus fragmenté. A ses yeux, «la neutralité est un capital de confiance accumulé dans le temps». Sa définition actuelle est «trop vague et manque de clarté». En effet, la notion de neutralité n'existe que dans la Constitution, sans être définie dans une loi dédiée.

«Lorsque le monde se déchire, il faut un endroit neutre où les puissants peuvent se parler»
Samuel Sommaruga
Samuel Sommaruga, président du Comité pour la Genève internationale et sa neutralité (Cogin).
Image: watson

Selon lui, le principal problème réside dans la manière dont la Suisse est perçue hors de ses frontières. «A l’étranger, de nombreux interlocuteurs pensent que notre position est ambiguë», soutient Samuel Sommaruga. Un problème pour le comité, qui souhaite ainsi renforcer la «prévisibilité» de la politique étrangère suisse. «Ce que nous voulons, c’est que nos partenaires sachent qui nous sommes», explique-t-il.

«Cela ne sert à rien de se considérer comme neutre si nous ne sommes pas perçus comme tels à l’étranger. Un peu neutre, ce n’est plus neutre»
Samuel Sommaruga

«Je veux préserver une Genève internationale qui puisse rester une médiatrice et une faiseuse de paix», confie-t-il après la conférence de presse. «Genève doit garder son aura de neutralité pour en faire profiter toutes les institutions qui gravitent autour d’elle. C’est ça, notre objectif. Derrière, c’est tout un écosystème humanitaire, diplomatique et économique que l’on tente de sauver.»

Une élite «veut mettre fin à la neutralité»

Du côté de la Confédération, cependant, «les exigences de l’initiative correspondent aux obligations d’un Etat neutre et sont du reste déjà observées dans la pratique», indique le Conseil fédéral.

Mais tous ne sont pas de cet avis. Jean-Daniel Ruch, ancien ambassadeur de Suisse en Israël et en Turquie, fait partie du comité. Et pour lui, à Berne, le ver est dans la pomme. «Une majorité dirigeante tente d'être dans les petits papiers de Washington et de Bruxelles. Les milieux pro-Américains sont très actifs à Berne, notamment au Département de la défense. Mentalement, nous sommes déjà alignés sur l'Otan.»

«Sans neutralité, il n'y a pas de Suisse»
Jean-Daniel Ruch
Jean-Daniel Ruch, président du Comité pour la Genève internationale et sa neutralité (Cogin).
Image: watson

Selon lui, la neutralité suisse a commencé à perdre de sa superbe au début des années 2020, avant même l'invasion russe de l'Ukraine. Et les autorités ne sont pas les seules à être critiquées:

«Il y a en Suisse une élite intellectuelle qui veut mettre fin à la neutralité»
Jean-Daniel Ruch

C'est bien sur le dossier du Moyen-Orient, celui qui l'a le plus concerné, qu'il est le plus vocal. «Nous continuons à envoyer des biens à double usage à l'armée israélienne alors que nous sommes au courant du massacre en cours à Gaza», dit-il. Il critique également l'interdiction du Hamas par le Parlement.

Pour lui, il y a eu «un tournant Ignazio Cassis». Jean-Daniel Ruch pointe du doigt une partie des instances bernoises qui auraient été «graduellement plus influencées par des lobbies pro-israéliens, très influents en Suisse» et une critique de l'UNRWA, l'organisme d'aide aux réfugiés palestiniens des Nations Unies, qu'il juge motivée politiquement. «Alors que nous parlons, le chef de l'armement se trouve en Israël», glisse-t-il.

Un «trade-off»

Samuel Sommaruga dénonce par ailleurs ce qu’il considère comme une politique à géométrie variable. Il cite notamment les décisions différentes prises par le Parlement après l’invasion russe de l’Ukraine, les bombardements américains en Iran ou la capture de Nicolas Maduro au Venezuela. Autant de situations qui illustreraient, selon lui, un certain «deux poids, deux mesures» dans l’application des principes défendus par la Suisse.

Le Parti socialiste accuse les initiants d'être «pro-Poutine» et de vouloir abandonner les sanctions contre la Russie. Une ligne «plus neutre» pourrait-elle conduire la Suisse à renoncer à certaines sanctions internationales? Le président du comité reconnaît l’existence d’un compromis.

«C’est une forme de trade-off: moins de sanctions contre un certain nombre de pays, mais cela permet de conserver la légitimité d’accueillir tout le monde et maintenir cette capacité de discussion sur notre territoire»
Samuel Sommaruga

Quelles affiliations politiques?

A propos du PS, le nom du président du comité n’est pas inconnu: il est le fils de Carlo Sommaruga, conseiller aux Etats socialiste genevois, et le petit-fils de Cornelio Sommaruga, qui a présidé le Comité international de la Croix-Rouge dans les années 1990. Samuel Sommaruga lui-même a été vice-président de la Jeunesse socialiste genevoise.

Va-t-il devoir faire campagne contre son propre père? Interrogé sur son héritage familial, il répond: «J’admire mon père, qui est courageux et intelligent. Il m’a transmis les valeurs d’ouverture sur le monde et de la Genève internationale.»

«Mais nous ne sommes pas d’accord sur tout»
Samuel Sommaruga

Samuel Sommaruga explique avoir même penché côté marxiste, dans sa jeunesse. Il se définit aujourd’hui comme «plus centriste». Et il revendique son soutien à l’initiative, indépendamment de son origine politique:

«ProSuisse a lancé cette initiative, je la défends pour son contenu, pas pour son étiquette. La neutralité appartient à tous les Suisses, pas à un parti»
Samuel Sommaruga

Au sein du comité, Alexandre Elinine revendique une ligne «anti-impérialiste», concédant que la présence de l'UDC dans ses rangs était «embarassante», et que le Parti suisse du travail menait une «campagne strictement séparée de ce parti».

Jean-Daniel Ruch, de son côté, affirme ne pas être affilié politiquement. Et critique tous les partis s'il le juge nécessaire. «Regardez l'UDC. Ils veulent être neutres entre l'Ukraine et la Russie, mais veulent que nous soyons pro-Israéliens au Moyen-Orient. Ce genre de ligne, qui influence fortement le Parlement, fait du mal à la réputation de la Suisse.»

«Ma boussole, c'est le droit international, dans la lignée de Carla del Ponte»
Jean-Daniel Ruch
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Video: watson
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