Cette commune suisse met à l'honneur un pro-nazis: un élu riposte
Le quartier résidentiel de Glattpark, situé à Opfikon, dans le canton de Zurich, a été construit sur un terrain vierge. Entre 2001 et 2020, il a vu le jour à proximité de l’aéroport de Zurich. Il pouvait accueillir 7000 habitants et offrait autant d’emplois.
En raison de la proximité de l’aéroport, les noms des rues et des places rendent donc hommage à des pionniers de l’aviation. Le boulevard qui traverse le quartier porte le nom de l’Allemand Otto Lilienthal, un pionnier de l’aéronautique. L’avenue Chavez rend hommage à Jorge Chávez, un aviateur franco-péruvien, premier pilote à avoir franchi les Alpes par les airs.
Et puis il y a Charles Lindbergh. En 1927, cet Américain avait réalisé la première traversée de l’Atlantique en solitaire et sans escale. Pour cet exploit, à Glattpark on lui avait non seulement attribué une avenue, mais en 2008, son nom avait également été donné à une place qui est un point névralgique d’Opfikon.
Un admirateur des nazis
Mais l’exploit aéronautique n’est qu’une face de le personnalité de Charles Lindbergh. Une médaille qui, d'un côté, brille peut-être d’un éclat doré, mais dont l’autre côté est affiche un brun sale. Lindbergh était en effet un fervent sympathisant du régime nazi.
Cette situation dérange Yuri Fierz, conseiller communal socialiste à Opfikon:
Charles Lindbergh s’était rendu à plusieurs reprises auprès du gouvernement nazi. En 1938, Hermann Göring, le commandant en chef de la Luftwaffe directement impliqué dans l'Holocaust, lui avait même remis la croix de l’ordre du Mérite de l’aigle allemand.
Un texte déposé au conseil communal
Yuri Fierz a récemment déposé une motion auprès de la municipalité de sa commune. Neuf élus du PS, des Verts et des Vert’libéraux l’ont cosignée, soit un quart des membres du conseil communal. Le texte demandait à l'exécutif d’Opfikon de prendre clairement position sur les opinions antisémites de Charles Lindbergh et d'en faire une publication sur le site internet de la ville.
Pour l’heure, la municipalité s'est contente d’indiquer que les noms des personnes honorées à Glattpark l'étaient pour leurs «mérites dans le domaine de l’aviation», et non pour leurs «opinions personnelles ou politiques».
Elle a toutefois précisé que certaines opinions de personnalités ayant donné leur nom à des rues ou à des places du quartier pouvaient faire l’objet d’un examen critique. Yuri Fierz a estimé:
Dans leur motion, les élus demandaient également qu’un panneau explicatif ou un code QR soit installé sur les plaques portant le nom de la place et de l’avenue Lindbergh, afin d’informer les passants sur les aspects controversés du parcours de l’aviateur américain.
Yuri Fierz suggère à la municipalité d’installer des codes QR sur toutes les plaques de rues et de places de Glattpark:
Un exemple romand inspire
Neuchâtel offre un exemple de ce qui pourrait être fait. À la suite du débat suscité en 2022 par le mouvement Black Lives Matter, les autorités de la ville avaient décidé d’ajouter un panneau explicatif à la statue du banquier neuchâtelois David de Pury, érigée en 1855. La fortune de David de Pury, dont il a légué une grande partie à la ville après sa mort, reposait notamment sur le commerce des esclaves.
La ville de Zurich avait elle aussi réagi au débat sur le racisme. Fin 2025, elle avait recouvert deux inscriptions sur des façades du quartier de Niederdorf. L’une de ces inscriptions portait la mention «tête de Maure» (ou la fameuse «tête de nègre») Mohrenkopf, l’autre «à la danse des Maures», également appelée Moresque. Sur les deux sites, des panneaux munis de codes QR expliquent les raisons de cette mesure.
À Berne, un lieu de mémoire dédié aux victimes de l’Holocauste et du national-socialisme en lien avec la Suisse est par ailleurs en cours de création, à la demande du Conseil fédéral.
Les entreprises sont plutôt pour
Et à Opfikon, quelles sont les réactions? Le groupe hospitalier Hirslanden réagit via son porte-parole, Claude Kaufmann. Ce dernier reconnaît que le passé controversé de l'aviateur devrait être mentionné:
Accor, qui exploite un Novotel directement sur la place Lindbergh, se dit lui aussi favorable à «un débat ouvert, qui tienne compte des faits établis ainsi que de l’opinion des citoyens et des riverains», selon sa porte-parole, Elisabeth Leeb.
Lufthansa, qui emploie du personnel sur place, refuse de commenter le sujet, estimant qu’il s’agit «d’un débat relevant de la politique communale». Le groupe pharmaceutique japonais Takeda, qui a établi son siège européen à Glattpark, ne souhaite pas non plus s’exprimer, pas plus que la société immobilière Allreal ou encore le groupe Coca-cola.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
